Non, l’UMP n’est pas mûre pour la scission

Le siège de l'UMP, le 23 novembre 2012. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

Le siège de l'UMP, le 23 novembre 2012. REUTERS/Gonzalo Fuentes.

On peut parier que le parti n'éclatera pas car les divergences idéologiques entre Copé et Fillon sont moins profondes que ne le laisse croire leur affrontement et car la droite a besoin d'un parti uni à des fins électorales.

Ce qui est proprement fascinant, dans la guerre sans fin pour le contrôle de l’UMP, c’est l’étroitesse de son fondement politique. On peut certes avancer, comme mon excellent confrère Thomas Legrand, qu’une bataille aussi violente «ne peut pas être qu’une confrontation de deux ego» et qu’elle finit par renvoyer à «deux visions» de l’avenir de la droite.

Mais on peut aussi soutenir que le combat auquel se livrent Jean-François Copé et François Fillon est d’autant plus furieux qu’ils ne se distinguent guère sur le fond.

Le choc des ambitions personnelles nues est toujours plus brutal que la confrontation d’orientations idéologiques. Les socialistes en ont fait l’expérience. L’affrontement entre Lionel Jospin et Laurent Fabius dans les années quatre-vingt, et celui qui opposa Martine Aubry et Ségolène Royal plus récemment, furent encore plus haineux que la bataille, lestée de profondes divergences de fond, entre François Mitterrand et Michel Rocard dans les années soixante-dix.

Un jeu de rôle et deux postures

Si l’UMP se déchire spectaculairement à son sommet, les conditions d’une scission ne semblent pas réunies pour autant. Ce sont deux ambitions présidentielles qui s’affrontent, pas deux orientations politiques.

La logique de la compétition électorale a certes attribué à Copé et Fillon deux rôles distincts. Le secrétaire général sortant, bon connaisseur de l’appareil, a misé sur le créneau de l’exaspération militante. Il a joué de la provocation et n’a pas hésité à flatter les sentiments d’une base radicalisée. L’ancien Premier ministre, au rebours, s’est campé en futur candidat présidentiel de rassemblement, tout entier empreint de rigueur et de sérieux.

Ce jeu de rôles a généré deux postures contrastées par le style comme par le langage. Copé et Fillon sont ainsi identifiés, par les militants et par l’opinion, comme des personnages très différents. L’image du premier est celle d’un courageux/méchant capable de séduire à la droite de l’UMP. Le second est, à l’inverse, perçu comme un rassembleur/hésitant susceptible de reconquérir le centre.

Une scission privée de sens

Il en faudrait pourtant bien plus pour dessiner les contours d’un éclatement du grand parti de droite. A la lecture de leurs écrits de campagne, Copé et Fillon apparaissent en accord sur l’essentiel.

Mieux, leur originalité n’est pas toujours là où on le croit. Qui propose de «réserver l’accès aux prestations sociales aux étrangers ayant séjourné régulièrement sur le territoire pendant plus d’un an»? L’affreux Copé obnubilé par l’électorat lepéniste? Non, le très sage et modéré Fillon.

Qui suggère l’instauration d’un contrat de travail unique qui pourrait être rompu par l’employeur moyennant le paiement d’une indemnité au salarié ainsi qu’une contribution à un fond public? Le libéral Fillon? Non, le supposé populiste Copé.

L’hétérogénéité des soutiens des deux candidats à la présidence de l’UMP trahissait, à sa manière, ces ambiguïtés. On le sait, nombre de figures centristes (Jean-Pierre Raffarin) et libérales (Hervé Novelli) ont appuyé Copé tandis que l’aile conservatrice et réactionnaire (Eric Ciotti) est bien présente chez Fillon.

Dans ces conditions, une scission n’aurait pas grand sens. La droite française n’est plus divisée, comme elle le fut dans les décennies antérieures, par de réels clivages de fond comme sur l’Europe ou l’intervention de l’Etat. Elle abrite certes un éventail de sensibilités, mais celles-ci ne se cristallisent pas en deux orientations antagonistes.

On peut certes imaginer une opposition potentielle entre une droite doublement libérale, économiquement et sociétalement, et une droite à la fois autoritaire et protectionniste. Dans la réalité, les tenants de ces deux orientations cohérentes sont cependant très marginaux à l’UMP. Roselyne Bachelot, qui a quitté la scène politique active, ne pèse pas plus lourd que Lionnel Luca, député de la Droite populaire.

Un solide GIE

Au-delà des péripéties actuelles, l’UMP devrait perdurer pour une raison moins idéologique et plus triviale: elle constitue un fort utile groupement d’intérêt électoraux.

La stratégie de candidature unique de la droite républicaine s’impose aujourd’hui avec d’autant plus de nécessité que le FN menace. Or c’est précisément à l’UMP d’organiser de tels arbitrages. Les rivalités actuelles ne peuvent gommer cette réalité. C’est pourquoi le tout nouveau groupe parlementaire filloniste se rattache toujours, financièrement parlant, à l’UMP.

Au demeurant, la droite est rompue de longue date à vivre avec la guerre des chefs, et celle-ci ne recouvre pas forcément les frontières partidaires. En 1995, Edouard Balladur et Jacques Chirac s’étaient sévèrement mesurés sur le pré électoral alors qu’ils appartenaient tous les deux au RPR. Le jeu de primaires légitime par ailleurs la compétition de personnalités issues de la même formation.

Pour toutes ces raisons, parions que l’UMP n’éclatera pas. Qui plus est, la seule scission raisonnablement envisageable s’est déjà produite avec la création de l’UDI. La formation de centre-droit de Jean-Louis Borloo a vocation à servir de refuge aux «modérantistes» de tous poils. De ce fait, elle bloque l’espace pour un hypothétique troisième parti de droite.

Cela ne signifie pas que l’UMP sortira indemne de ses vicissitudes actuelles, loin s’en faut. Un parti meurtri par les haines de personnes et les rivalités internes est aussi malade qu’une formation amputée d’une partie de ses membres.

La tradition de la guerre des chefs risque de relancer, à son tour, la célèbre «machine à perdre». D’ores et déjà, l’image de Copé et Fillon sort abîmée de leur invraisemblable bras de fer. Et pas plus d’un quart des Français ont désormais une «bonne opinion» de la très secouée UMP.

Eric Dupin