France

La droite, une grande famille qui a connu de nombreux divorces

Laure Beaulieu, mis à jour le 29.11.2012 à 2 h 56

Scissions, sécessions, départs: l'histoire de la droite en France ne manque pas de déchirements, petits ou grands. Récapitulatif à l'heure où l'unité de l'UMP est remise en cause.

Edouard Balladur et Jacques Chirac à La Rochelle en 1993. Reuters/Regis Duvignau

Edouard Balladur et Jacques Chirac à La Rochelle en 1993. Reuters/Regis Duvignau

«Je ne crois pas du tout qu'il y ait un risque de scission», a déclaré Jean-François Copé, mardi 27 novembre, après l’annonce par François Fillon de la formation d’un nouveau groupe parlementaire, le Rassemblement UMP (R-UMP), riche de 68 membres issus du groupe élu lors des législatives de juin. L’UMP «canal historique» se retrouve elle avec les 126 députés restants, toujours dirigés par Christian Jacob.

Une scission du parti n’est pas inimaginable pour certains, qui la voient comme la seule solution pour mettre fin au conflit Copé/Fillon.

Un scénario rare au sein de la droite gaulliste, qui s’est en revanche plus souvent concrétisé au sein du centre-droit. Petit rappel des déchirements de la droite française sous la Ve République, des simples fractures aux véritables scissions.

Philippe de Villiers et Charles Pasqua lors de la création du RPF en 1999. Reuters/Philippe Wojazer

La droite gaulliste est peu habituée des véritables scissions. Pour Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique, «le parti est au service d’une ambition et d’un chef, dans une culture gaulliste de l’unité et du rassemblement derrière celui-ci».

Une seule sécession majeure a eu lieu en 1999, lorsque Charles Pasqua a quitté le RPR pour rejoindre Philippe de Villiers, qui avait quitté l’UDF cinq ans plus tôt, et former le RPF en vue des élections européennes de 1999. Avec 13,1% des voix, ils devanceront le RPR.

«Pour Charles Pasqua et Philippe de Villiers, c’était une tentative de retrouver une authenticité du gaullisme, de revenir à l’identité souverainiste», explique Jean Garrigues. «Cette scission a eu surtout lieu pour des raisons idéologiques», résume Jérôme Grondeux, maître de conférences à Paris IV et à Sciences Po.

Elle a cependant été un échec car, selon Jean Garrigues, «Charles Pasqua avait la légitimité historique et le charisme, mais il lui manquait les moyens financiers et la maîtrise de l’appareil du parti».  

Résultat, une «catastrophe d’un point de vue électoral», précise Thomas Guénolé, politologue à Sciences Po: Villiers quitte le parti dès 2000 et, aux législatives de 2002, le RPF obtient seulement 0,3% des voix après que Pasqua a échoué à se présenter à la présidentielle.

L'appel des 43: une fracture majeure mais pas de scission

Les fractures majeures au sein du parti gaulliste, elles, n’ont débouché ni sur la création de nouveaux partis ni sur la formation de nouveaux groupes parlementaires. La première a lieu en 1974, avec l’appel des 43 lancé par quatre ministres, dont Jacques Chirac, et 39 parlementaires, qui appellent à voter pour Valéry Giscard d’Estaing au premier tour de la présidentielle plutôt que pour le candidat officiel de l’UDR, Jacques Chaban-Delmas.

«Il y a comme deux lignes qui fracturent le parti de droite: le gaullisme historique et les pompidoliens. Mais le parti ne casse pas, il n’y a pas de scission mais une guerre civile au sein de l’UDR», explique Thomas Guénolé. Cette fracture interne entraînera la prise de pouvoir de Jacques Chirac au sein du parti, rebaptisé RPR en décembre 1976.

Edouard Balladur et Jacques Chirac à La Rochelle en 1993. Reuters/Regis Duvignau

Sous Jacques Chirac, le parti traversera aussi une crise grave à partir de 1993, quand «le leadership de Jacques Chirac est contesté par Edouard Balladur qui s’appuie sur une nouvelle légitimité, puisqu’il est Premier ministre, et sur sa popularité supérieure à celle de Chirac à l’époque», note Jean Garrigues.

Une crise qui atteint son paroxysme en 1995 quand Edouard Balladur est soutenu, au premier tour de la présidentielle, par l’UDF et une partie du RPR (dont son porte-parole de campagne Nicolas Sarkozy et François Fillon), tandis que le reste du parti gaulliste (dont Philippe Séguin, Alain Juppé, qui deviendra Premier ministre, et Jean-François Copé, qui sera élu député-maire de Meaux en juin) reste derrière Chirac. Ce dernier remporte finalement cette «primaire» fratricide de deux points et bat Lionel Jospin au second tour.

Le parti est déchiré, mais reste en place: «Il y a une coupure, une division au sein du RPR, mais  pas de scission», résume Jean Garrigues.

Des «mini-scissions» depuis 2007

Depuis 2007, des «mini-scissions» ont également eu lieu à l’UMP, dont quelques membres sont partis pour un autre parti. Avec différents cas de figure: Nicolas Dupont-Aignan a quitté l’UMP en 2007 pour former Debout la République; Dominique de Villepin a créé son propre mouvement en 2010, République solidaire, mais n’a quitté l’UMP qu’un an plus tard; enfin, Jean-Louis Borloo a sorti son Parti radical valoisien de l’orbite de l’UMP (avec qui il avait un contrat d’association) en 2011 pour former l’UDI un an plus tard.

Pour Jérôme Grondeux, néanmoins, «cette scission vers le centre-droit n’est pas une véritable scission, car l’UDI est héritière de l’UDF», et donc plus de la famille politique centriste que de la droite la plus conservatrice. On a davantage affaire ici à une prise d’autonomie de la partie centriste de l’UMP.

Jean-Louis Borloo (à droite) et Hervé Morin lors du congrès du Parti radical en 2011. Reuters/Pascal Rossignol

Au centre-droit, des scissions récurrentes

Le centre, lui, pratique moins que la droite gaulliste la culture du chef et de la discipline partisane. «C’est une culture modérée, il n’est pas facile d’être unis quand on cherche un équilibre», explique Jérôme Grondeux.

L’histoire du centre est donc ponctuée de scissions. En 1962, Valéry Giscard d’Estaing quitte ainsi le CNIP, une des composantes centristes de la majorité, pour former les Républicains indépendants: une manifestation de soutien au gouvernement Pompidou, que le CNIP vient de contribuer à faire tomber. Les Républicains indépendants feront partie des formations à l’origine de l’UDF, principale composante de la droite française avec le RPR dans les années 1980-90.

Mais pas toujours une composante unie. En 1988, une partie des députés UDF forme un groupe autonome à l’Assemblée, l’Union du centre, prêt à coopérer avec le gouvernement de Michel Rocard. En 1998, l’élection de cinq présidents de régions avec les voix du Front national déchire Démocratie libérale, un des sous-partis de l’UDF: Alain Madelin, qui n’y est pas opposé, lui fait prendre son autonomie, tandis que François Léotard et Gilles de Robien, qui refusent cette manœuvre, restent à l’UDF.

En 2002, une majorité des cadres du parti lâche François Bayrou pour rejoindre l’UMP. Et la plupart de ceux qui sont restés, comme Hervé Morin, partiront en 2007 pour créer le Nouveau Centre, qui regroupe ceux qui, après avoir soutenu Bayrou au premier tour, se sont rangés derrière Nicolas Sarkozy au second. Bayrou fonde lui alors le MoDem sur les décombres de l’UDF.

A l’extrême droite, peu de scission

Bruno Mégret, président du MNR, et sa femme Catherine, en 2002. Reuters/Stringer

«A l’extrême droite s’est développée avec le Front national, depuis les années 1970, une culture dynastique», note Jean Garrigues. Ce qui n’a pas empêché une importante scission en 1999, lorsque Bruno Mégret, alors député européen et époux de la maire de Vitrolles, est parti pour créer le MNR, ralliant notamment à lui une des filles Le Pen, Marie-Caroline.

Pour le chercheur, «c’est une scission obligée, il est poussé à la porte du FN. A partir du moment où il a voulu infléchir sa stratégie en une stratégie d’alliance avec le RPR, il est mis en minorité et doit partir.» Sans connaître le succès: «L’histoire du MNR est une trajectoire d’échec, de déclin.»

Le 21 avril 2002, lors du premier tour de la présidentielle, Bruno Mégret ne recueille qu’un peu plus de 2% des voix pendant que Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour.

Laure Beaulieu

Laure Beaulieu
Laure Beaulieu (107 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte