Economie

L'intérim en première ligne... pour une relance

Gilles Bridier, mis à jour le 28.11.2012 à 12 h 12

L'emploi intérimaire, qui épouse les fluctuations de l’activité en temps réel, est à nouveau en baisse. Comme l'emploi en général. Mais il pourrait rebondir sous l’effet du plan de compétitivité.

REUTERS/Eric Gaillard

REUTERS/Eric Gaillard

Dans une entreprise, l’emploi intérimaire fait office de variable d’ajustement, c’est même sa raison d’exister. Quand l’activité décline, il est le premier touché. A l’inverse quand elle reprend, il est le premier sollicité.

A la fin du premier semestre 2009, la crise avait décimé l’intérim qui ne comptait plus, selon Pôle emploi, que 485.000 personnes, soit 30% de moins sur douze mois. 

«En un an, un emploi intérimaire sur trois a été supprimé dans l’ensemble des secteurs concurrentiels, un sur deux dans l’industrie, et quatre sur cinq dans l’automobile», notait alors le ministère du Travail. Avant de passer aux plans de licenciements, les directions avaient commencé par stopper le recours à l’intérim. A l’époque, le chômage de catégorie A (sans aucune activité professionnelle) en France métropolitaine touchait 2,5 millions de personnes. 

Un indicateur des à-coups de l’économie

Le chômage a ensuite continué de progresser, touchant 2,7 millions de personnes en catégorie A à l’été 2011. L’intérim, lui, a repris du poil de la bête, évoluant sur cette période au rythme des à-coups de l’économie. Ainsi en 2010, après la grande dépression de l’année précédente, il remontait de près de 18%. En 2011, il prenait encore 9%: on comptait alors 576.000 intérimaires en équivalent temps plein.

Pourtant, le tableau est trompeur. La fin de l’année 2011 a été marquée par un sérieux fléchissement. Les missions se sont raccourcies: moins de 2 semaines en général. Et en moyenne, les intérimaires ne cumulaient plus que 2,6 mois de mission dans l’année. S’il s’est maintenu au premier trimestre 2012, l’emploi temporaire s’est de nouveau replié au deuxième trimestre 2012, avec un nombre d’intérimaires contenu à 548.800 salariés en juin.

En trois ans, entre l’été 2009 et l’été 2012, le nombre d’intérimaires a malgré tout augmenté d’environ 13%. On pourrait y voir un signe de reprise de l’emploi, mais ce serait une erreur. La hausse du chômage n’a pas été enrayée, et le seuil des 3 millions de chômeurs de catégorie A a été franchi cet été. Au cours de ces trois années, le nombre de chômeurs en France a augmenté de 20%!

Manque de visibilité

Cette progression de l’intérim traduit surtout le manque de visibilité des employeurs sur leur activité à moyen et long terme. D’où le recours au travail temporaire. Quant aux fluctuations du nombre des intérimaires, elles induisent une plus grande précarisation pour les personnes qui y ont recours, et qu’on retrouve aujourd’hui dans les statistiques de Pôle emploi sur les chômeurs de catégories B et C, en activité réduite.

Actuellement, la tendance à la baisse de l’intérim a repris. D’après le baromètre Prisme Emploi, l’emploi intérimaire a enregistré une baisse de 13,4% en septembre et de 15% en octobre, par rapport aux mois correspondants de 2011, avec des reculs plus marqués parmi les ouvriers que les employés et les cadres. Cette tendance a été confirmée en novembre par l’Insee, qui considère que, en un an, l'intérim a perdu 73.600 postes, soit 12,5% de ses effectifs.

Pas étonnant: la situation est particulièrement sombre pour l’emploi industriel qui représente la moitié des débouchés de l’emploi intérimaire. On remarque d’ailleurs que cette baisse accompagne l’augmentation du nombre des chômeurs, les deux phénomènes confirmant l’assèchement des portefeuilles de commandes.

Dans ce contexte, il ne sera pas facile d’inverser le mouvement. Les révisions à la baisse de la croissance française (0,1% en 2012 selon les prévisions d’octobre du FMI au lieu de 0,3% escompté en juillet, et 0,4% pour 2013 au lieu de 0,8%) laissent bien mal augurer de l’avenir proche. En-dessous de 1,5% de croissance, une économie détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée.

Regain de compétitivité

Malgré tout l’an prochain, dans l’intérim, on pourrait assister à une reprise de la demande à la suite des dispositions prises par le gouvernement en faveur de la compétitivité des entreprises.

Certes, une mesure comme le nouveau crédit d’impôt ne devrait produire son plein effet qu’en 2017, et les 300.000 emplois espérés par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault sont reportés à cet horizon. Mais, avant même cette échéance, l’emploi intérimaire dans l’industrie pourrait être le premier bénéficiaire de ce regain de productivité.

Dès qu’un frémissement sera perceptible sur les carnets de commandes, les entreprises commenceront par réembaucher des intérimaires, en attendant d’avoir une meilleure visibilité pour passer aux CDD et aux CDI.

Manpower, spécialiste de l’intérim, souligne déjà les anticipations relativement optimistes des employeurs de l’industrie manufacturière pour le dernier trimestre 2012. Ce qui n’est malheureusement pas encore le cas dans la construction, la restauration, les transports et la logistique.

Gilles Bridier

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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