Culture

Bloguons les Beatles: Les Beatles enregistrent leur premier Numéro un

Temps de lecture : 3 min

Premier épisode: nous commençons avec le premier n°1, «Please Please Me», enregistré le 26 novembre 1962.

Couverture du triple CD Anthology sorti en novembre 1995. REUTERS/Kevin Lamarque
Couverture du triple CD Anthology sorti en novembre 1995. REUTERS/Kevin Lamarque

A partir d’aujourd’hui, Slate va suivre les Beatles toutes les semaines, en «temps réel», avec un décalage de cinquante ans, en partant de leur premier succès au hit-parade jusqu’à leur dernier concert donné sur le toit de l’immeuble Apple. Nous commençons avec le premier n°1, Please Please Me, enregistré le 26 novembre 1962.

***

John Lennon écrit Please Please Me dans la maison de sa tante Mimi à Liverpool, mais ce n’est que des mois plus tard –il y a 50 ans jour pour jour– que les Beatles parviennent à en faire une chanson qui tienne la route. Lorsqu’ils la jouent pour la première fois dans un studio devant George Martin, le 11 septembre 1962, le producteur ne se montre guère impressionné. C’est une chanson lente, assez bluesy, sur le modèle de chansons de Roy Orbison comme Only the Lonely et George Martin la rejette. «C’est une marche funèbre», dit-il.

Martin – et la maison de disque des Beatles, Parlophone Records –veulent faire de How Do You Do It? une chanson du compositeur britannique Mitch Murray, le prochain single du groupe. Martin est persuadé qu’elle va faire un carton. Mais les Beatles détestent cette chanson. Ils considèrent que sa mélodie, certes entraînante, est totalement veillotte, à la limite du ridicule –comment pourraient-ils rentrer à Liverpool la tête haute en ayant remporté un succès avec ce truc?

Mais s’ils veulent devenir célèbres comme ils l’entendent, il leur faut naturellement faire la preuve de leurs talents de compositeurs –et Martin ne leur fait guère confiance dans ce domaine. «Leurs compositions étaient merdiques, dira-t-il plus tard. Le premier disque qu’on a sorti, c’était Love me Do et P.S. I Love You –pas vraiment du Cole Porter, si vous voyez ce que je veux dire.»

Alors les membres du groupe se remettent au travail. Ils commencent par accélérer le tempo —le terme même de tempo est nouveau pour eux— et ajoutent des harmonies, comme Martin l’a suggéré, et rajoutent, pour finir, un nouveau riff de guitare, trouvé par George Harrison.

Si la chanson est, musicalement, inspirée par Roy Orbison et, pour les paroles, par Please de Bing Crosby, la nouvelle version ressemble davantage à Cathy’s Clown des Everly Brothers, particulièrement dans les harmonies: McCartney maintient un mi aigu tandis que la voix de Lennon descend, un des trucs du répertoire des Everly Brothers.

Quand ils jouent pour la première fois leur nouvelle version en studio, le 26 novembre 1962, Martin se met à reconsidérer leurs talents d’écriture et ne propose que l’ajout d’un harmonica pour doubler le nouveau riff de guitare de George Harrison (vous pouvez entendre la version sans harmonica sur l’album Anthology).

Après avoir enregistré la 18e et dernière prise, la voix de George Martin retentit dans l’Intercom du studio:

«Félicitations, messieurs. Vous venez d’enregistrer votre premier numéro un.»

Martin avait raison –ou presque. En 1962, il n’y a pas à proprement parler de hit-parade «officiel» en Grande-Bretagne et les divers classements ne s’accordent pas sur la place de Please Please Me. Les hit-parades du Melody Maker et du New Musical Express le placent ainsi en tête, mais dans d’autres journaux, la chanson atteint seulement la deuxième place, derrière Wayward Wind de Frank Ifield, qui ne lésine pas, elle non plus, sur l’harmonica.

La pochette de Please, Please Me.

Mimi, la tante de Lennon qui avait émis de sérieux doutes sur le choix de carrière de son neveu après avoir entendu le premier single des Beatles –Love Me Do écrit par McCartney et sorti en octobre n’atteindra qu’une modeste 17e place en décembre– se montre plus enthousiaste en entendant Please, Please Me. «C’est plus ça qu’il faut faire, dit-elle. Ça, ça va marcher.»

Forrest Wickman

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Traduit par Antoine Bourguilleau

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