Breivik et Merah, c'est la faute aux jeux vidéo violents, selon Le Point

Image promotionnelle du jeu Call of Duty: Black Ops 2

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Si vous n'étiez pas encore convaincus de l'évidence, la journaliste Claire Gallois vous le démontre de manière implacable: les jeux vidéo sont à l'origine des pires tueries du XXIe siècle.

C'est bien connu, les jeux vidéo violents, c’est mal. Tuer un adversaire à coup de couteau dans Call of Duty fait de vous une personne plus violente, et c’est encore plus vrai chez les enfants et les adolescents qui n’ont pas le recul nécessaire.

Si vous n’étiez pas encore convaincus par cette série d’évidences, vous n’avez plus aucune excuse depuis ce mardi 27 novembre 2012: la journaliste Claire Gallois, jurée du Prix littéraire Femina, écrivain et «éditorialiste sur les faits de société à Mediapart» (EDIT: Claire Gallois a retiré la mention «à Mediapart» de sa biographie Twitter après la publication de l'article. Elle tient un blog sur le site d'information), vient de signer dans Le Point un article définitif à coups d’arguments implacables sur le sujet.

Le chapeau annonce la couleur:

«Breivik, Merah et beaucoup d'autres en étaient accros. Un passe-temps qui peut se révéler mortel...»

En tant que personne normalement constituée, c’est-à-dire qui ne passe pas son temps sur des jeux vidéo violents et qui a un travail stable, vous n’aurez sans doute pas le temps de lire l'article de Claire Gallois dans sa totalité.

Slate a donc décidé de compiler pour vous ses 10 arguments chocs, et ce malgré les insultes et autres moqueries des utilisateurs de Twitter, qui sont probablement tous des tueurs de masse en puissance, à l’encontre de la journaliste:

1. «A côté de ces jeux, le cannabis, c'est "la santé par les plantes", comme le disent certains habitués.»

On sort l’artillerie lourde. Vous avez sans doute déjà entendu parler du cannabis, cette plante dangereuse et illégale fumée par les jeunes et qu’une frange de la classe politique veut dépénaliser de manière totalement irresponsable.

Eh bien, à côté des jeux vidéo, le cannabis, c’est de la gnognote. C’est dire.

2. «Le premier Permis de tuer a été attribué au seul James Bond, en 1989, suivi de Tuer n'est pas jouer. Maintenant, c'est l'inverse: jouer, c'est tuer, plus besoin d'être James Bond.»

Bon, sur ce coup, avouons-le, j’ai du mal à suivre le raisonnement de Claire Gallois, sans doute la faute à trop d’heures passées devant GTA.

A moins qu’il ne s’agisse d’un simple bon mot qui offre à l’article son titre bien senti appelant à la prise de conscience générale, «Jeux vidéo: permis de tuer». L’auteure aurait d’ailleurs dû en profiter pour souligner l’influence indéniablement néfaste des jeux violents sur le cinéma (cf. Resident Evil, Mortal Kombat etc.)

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3. «Voyez Andy qui, à 16 ans, abat à coups de fusil ses parents et ses deux petits frères en Corse. […] Andy, grand amateur de jeux vidéo.»

On entre dans le vif de l’argumentation.

Si Andy n’avait pas joué à Assassin's Creed, il n’aurait jamais tué sa famille (Andy, c'est le jeune garçon qui avait tué par balles ses parents et ses deux frères jumeaux en 2009 près d'Ajaccio).

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D’ailleurs, ses meutres n’ont rien à voir avec le «trouble mental ayant aboli le discernement au moment des actes» qui a poussé la cour à le déclarer irresponsable. D'autres internautes s'avouent déjà prêts à passer à l'acte:

4. «Quant à Breivik, l'assassin de 72 jeunes en Norvège, il s'est déclaré "fan absolu" de Call of Duty et reconnaît avoir passé des semaines à "se former" sur la manière de tuer.»

L’efficacité de la répétition pour convaincre son auditoire n’est plus à prouver. On se rappelle tous du «Moi, Président…» de François Hollande lors de la campagne présidentielle.

Claire Gallois fait donc elle aussi dans la succession d’exemples chocs, avec une montée en puissance dans l’horreur. Andy + jeux vidéo = 4 morts < Breivik + jeux vidéo = 72 morts. Et qu’importent les experts militaires qui affirment que les jeux vidéo ne servent à rien pour préparer une tuerie.

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Et puis, si Breivik a réussi à tuer autant de gens, ce n’est certainement pas à cause de sa minutieuse préparation matérielle ni de son fanatisme idéologique. En fait, les jeux vidéo peuvent expliquer une bonne partie de notre histoire, comme le souligne un internaute sur Twitter:

5. «Mohamed Merah aussi y consacrait un temps considérable.»

Le coup de grâce.

Vous avez bien lu, Mohamed Merah était fan de jeux vidéo. Et dire qu’on nous a parlé d’autoradicalisation, d’entraînement au Pakistan, d’une enfance violente, de contacts avec des extrémistes islamistes, alors que la solution pour prévenir ses crimes était là, sous nos yeux: débrancher sa Playstation.

Pour un aperçu du processus qui vous fait passer du jeu vidéo violent à l’acte violent, cette vidéo est édifiante:

6. «Il suffit de se rendre sur jeuxvideo.com et de découvrir les commentaires quasi pros des amateurs.»

Ah, l’Internet et les forums. Les gamers ne se contentent pas de jouer tous seuls dans leur coin, ils prennent contact entre eux à travers des forums de discussion et même des vrais sites sur les autoroutes de l’information, où ils créent de véritables réseaux d’entraide, d’échange de conseils et d’interaction.

Par souci d’information, Claire Gallois (ou peut-être celui qui a mis son article en ligne) a inclus un lien vers la page de jeuxvideo.com, mais attention: vous y pénétrerez à vos risques et périls.

7. «Même les services secrets ignorent peut-être ce langage codé.»

Oui, les gamers utilisent un langage codé compréhensible seulement par eux-mêmes, et auquel les autorités ne sont pas du tout préparées.

Espérons que Manuel Valls lira cet article et qu’il décide enfin de créer l’Unité de surveillance des forums de gamers (l’USFG) au sein de la DCRI, avec des formations en vocabulaire gamer pour ses agents.

8. «Sur ce même site, un gentil papa écrit: "Vingt millions de personnes jouent à Warcraft et il n'y a pas vingt millions de serial killers." Excellent argument. Une gentille maman ajoute: "J'ai quand même dit à mon fils qu'écraser les gens pour le plaisir, cela ne se fait pas dans la vraie vie." Quel bon sens!»

Eh toi, le parent irresponsable qui lis ces lignes, cet article s’adresse d’abord à toi. Oui toi qui ne vois aucun problème à laisser ton enfant seul avec sa console.

Si les parents de Mohamed Merah et de Breivik avaient été sensibilisés plus tôt, des dizaines de vies auraient pu être sauvées. Et dire que certains gamers sont désormais aussi des parents, et initient leur progéniture de plus en plus tôt et sans aucun remords à leur passe-temps préféré.

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9. «François Hollande, après l'échec de la taxe Nutella censée protéger les jeunes de l'obésité, auriez-vous l'idée de leur épargner une addiction à la violence? […] Il vous suffit de booster un peu Aurélie Filippetti. Le 29 octobre, elle a annoncé "une réponse graduée sur le streaming, étendue aux jeux vidéo... et la mise en place d'un service en ligne pour les déclarations de décès... Cela ne s'invente pas.»

Au lieu de légiférer sur des sujets sans importance comme l’obésité, l’environnement ou le streaming illégal, le gouvernement ferait mieux de s’occuper des vrais sujets. Claire Gallois a apparemment contacté le ministère de la Culture pour lui ouvrir les yeux.

Mais «ce n'est pas un souci au ministère de la Culture. On ne perd pas son temps avec des distractions qui ne contribuent pas à la promotion des arts».

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10. «En 2011, lors de son lancement, Call of Duty a généré un milliard de dollars de revenus en 15 jours. Ici, des milliers d'adolescents vont demander Call of Duty pour Noël. Et si vous nous faisiez une petite taxe de plus pour les fêtes de fin d'année?»

L’industrie des jeux vidéo est très lucrative. Alors pourquoi ne pas la taxer, comme on le fait avec tout produit toxique et dangereux pour la santé (cigarettes, alcool, etc.)? CQFD.

PS. Si vous cherchez des articles sérieux ou des études scientifiques sur le lien supposé entre les jeux vidéo violents et l’agressivité chez les adolescents, vous pouvez lire ça, ça, ça ou encore ça. Et pour un débat sensé et raisonné, rendez-vous dans les commentaires de l'article du Point.

Grégoire Fleurot