Life

«Hello There, Racists!»: fichez donc la paix à ces ados paumés

Emily Bazelon, mis à jour le 28.11.2012 à 2 h 34

Relayer les propos idiots et répugnants que ces gamins tiennent sur Internet ne sert à rien. Surtout pas à les rendre moins racistes.

Twitter Trekkyandy via FlickrCC Licence by

Twitter Trekkyandy via FlickrCC Licence by

Un Tumblr, baptisé Hello There, Racists! (Coucou les racistes!) rassemble la prose des plus enragés et des plus réactionnaires adversaires d’Obama. Une occasion de rire et/ou de se désoler.

La plupart d’entre eux sont des adolescents et leurs tweets ainsi que leurs messages Facebook sont diffusés avec des photos de leurs portraits, le nom de la ville où ils résident et l’école qu’ils fréquentent.

Honnêtement, je suis tellement scandalisée par la teneur des messages diffusés que j’en viendrais presque à oublier pourquoi ce Tumblr est une très mauvaise idée. Mais heureusement, ma collègue Laura Anderson m'a remis les idées en place lors d’un échange d’emails:

«Je considère pour ma part que des inconnus n’ont pas à poster des informations permettant d’identifier et de contacter des mineurs sur Internet, point final.»

L’idée que des sortes de milices d’auto-défense de l’Internet, s’attaquant à des mineurs, puissent voir le jour est une idée terrible, au vu, déjà, de la jeunesse des personnes prises pour cible, et du fait que leur cerveau n’est pas encore à pleine maturité, particulièrement dans les régions contrôlant les impulsions.

Je doute également que l’exposition, au grand public, de leurs turpitudes, puisse pousser ces enfants à reconsidérer leur point de vue –je pense que cela risque au contraire de les radicaliser encore. Si vous étiez soudainement pris à partie pour quelque chose que vous croyez avoir dit dans la sphère privée –quand bien même vous vous trompez complètement– ne pensez-vous pas que vous seriez bien plus indignés que désolés?

Un autre de mes collègues, Farhad Manjoo, pense, au contraire, que les personnes qui vont lire le site et «constater les conséquences sur le long terme de l’expression d’idées racistes, pourraient être dissuadés de tels comportements».

Des accusations qui vont rester

J’aimerais bien que ce soit comme cela que ça marche. Mes enquêtes sur le harcèlement en ligne m’ont persuadée que la raison pour laquelle des enfants (et des adultes) postent semi-publiquement des trucs stupides est que dans presque toutes les situations, ces commentaires et témoignages passent inaperçus ou que ceux qui tombent dessus s’en moquent.

Les probabilités de se retrouver embarrassé apparaissent donc si faibles qu’elles ne traversent pas l’esprit de celui qui s’apprête à appuyer sur le bouton envoyer/publier/tweeter –alors que les conséquences peuvent être dramatiques quand vous vous retrouvez à faire partie des malheureux à connaître leurs 15 minutes d’infamie sur Internet.

Je pense que c’est sans doute de moins en moins vrai à chaque fois que quelqu’un crée ce genre de Tumblr. Mais ce processus d’apprentissage devrait se faire aux dépens des plus gros trolls de la Toile, comme Michael Brutsch. Comme Emily Yoffe l’a, à mon sens, bien résumé, «ces sites ne font qu’épingler des gamins en les montrant du doigt comme des racistes permanents. Leurs remarques idiotes et répugnantes vont donc les poursuivre des années durant et risquent d’avoir des effets négatifs sur leur possibilité d’entrer dans une université ou de trouver un travail. Il nous faut donc faire preuve de beaucoup de prudence à l’égard de la vie privé des mineurs».

Je suis également persuadé que le site Hello There, Racists! est moins coupable que Jezebel, qui a également compilé des tweets racistes après la réélection d’Obama, a ensuite pris le soin de contacter les proviseurs et chefs d’établissements des gamins qui les avaient écrits et nous a ensuite raconté quels enfants avaient été suffisamment humiliés pour effacer leur compte Twitter, se défendre ou, au contraire, passer à l’attaque.

Il est vrai que ce Tumblr utilise des informations que ces gamins ont rendu publiques et n’est donc pas allé fouiner pour localiser leur ville de résidence et leur école. Mais je pense aussi que la plupart des adolescents n’ont AUCUNE idée d’à quel point ils sont exposés sur les différents réseaux sociaux et des sociétés comme Facebook se sont fait même la froide spécialité de ne jamais le leur rappeler –car plus les adolescents partagent de données, mieux ces sociétés se portent financièrement.

Mais les adolescents racistes n’ont pas besoin que la police de l’Internet les traque. Ils ont déjà bien assez de problèmes comme ça.

Emily Bazelon

Traduit par Antoine Bourguilleau

Emily Bazelon
Emily Bazelon (21 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte