France

UMP: Copé et Fillon sont désespérément anachroniques

Thomas Legrand, mis à jour le 27.11.2012 à 9 h 12

L'impression que les deux belligérants sont dans l’incapacité totale de renoncer à accumuler les pouvoirs, quoi qu’il en coûte, ne passe plus à l’heure de la transparence, de l’info continue et de l’aspiration à plus de simplicité et de proximité.

Jean-François Copé et François Fillon, en septembre 2010. REUTERS/Régis Duvignau.

Jean-François Copé et François Fillon, en septembre 2010. REUTERS/Régis Duvignau.

L'UMP donne l’image de ce qu’il y a de plus détestable en politique: la triche, les manœuvres et les faux-semblants… mais surtout cette impression que Jean-François Copé et François Fillon sont dans l’incapacité totale de renoncer à accumuler les pouvoirs, quoi qu’il en coûte. Les militants UMP, qui travaillent bénévolement, défendent leurs idées, prennent de leur temps pour faire vivre le débat public, semblent être le cadet des soucis de ces deux monstres froids.

Tous les Français observent ces professionnels de la politique, richement dotés de leurs indemnités de cumulards, dépenser le produit de l’argent public qui finance les partis (parce qu’il ne faut pas oublier que c’est avec l’argent du contribuable qu’ils caricaturent la politique). L’argent public et aussi les cotisations des 300.000 militants UMP qui ne sont pas tous des emperlousés de Neuilly, mais aussi des retraités d’Evreux, des étudiants de Lyon, des agriculteurs d’Ardèche, des petits commerçants du Raincy. Ni Fillon, ni Copé (surtout pas Copé!) ne semblent songer à lâcher prise et dire «On va travailler ensemble, mais aucun de nous deux ne peut être président dans ces conditions».

La conquête sarkozienne du pouvoir fait office d'exemple

Le combat pour la conquête de l’appareil dans un parti sans culture démocratique est forcément peu glorieux, et en plus, maintenant, ne peut plus se dérouler dans l’ombre. La conquête sarkozienne du pouvoir, de la prise de la mairie de Neuilly en 1983 par trahison interne au sein de la majorité municipale à la prise de l’UMP contre ses mentors fait office d’exemple et d’épopée fantastique pour cette génération de politiciens!

Dans ce monde de voraces et de carnassiers, on se gargarise de victoires internes, de triomphes d’appareil. L’époque n’est pas épique: on a les gloires, les guerres et les conquêtes que l’on peut. Dans ce monde de «mecs qui en ont» et qui ne cèdent rien, on répète à l’envi qu’on a obtenu tout ce que l’on détient avec les dents, en se battant, en l’arrachant aux autres, de son propre camp de préférence.

Jean-François Copé est maire d’une grande ville, député chargé de faire la loi et de contrôler le gouvernement, avocat d’affaires et il veut aussi être président de l’UMP, à tout prix! François Fillon, député qui, pour le reste de sa vie, en tant qu’ancien Premier ministre, aura à disposition une voiture, un chauffeur, un garde du corps-policier-porte valise, un bureau et une secrétaire, veut à tout prix que Copé ne soit pas président de l’UMP.

Pourquoi ne pas s'éloigner un peu de la cagnotte?

Aucun de ces deux personnages qui ambitionnent d’être un jour président de la République ne semble pouvoir simplement imaginer s’éloigner un peu de la cagnotte, se consacrer à ses multiples mandats et fonctions, donner du temps aux autres, réfléchir aux idées politiques, lire, voyager, concevoir un programme patiemment, travailler, conceptualiser… bref se préparer à proposer une vision de la France, du monde et de l’avenir à ses futurs électeurs. Non, ils semblent vouloir d’abord contrôler leur parti, maîtriser les fédérations, les réseaux, les finances, les investitures, se constituer une armée d’obligés pour paver leur route vers l’Elysée à laquelle ils pensent depuis tout petit.

Cette boulimie de pouvoirs d’appareil ne passe plus à l’heure de la transparence, de l’info continue et de l’aspiration à plus de simplicité et de proximité. Finalement, la plus grosse faute politique de Copé et Fillon dans cette histoire, c’est d’être tragiquement, désespérément anachroniques.

Thomas Legrand

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