France

L'UMP désespère aussi les patrons

Eric Le Boucher, mis à jour le 26.11.2012 à 16 h 29

C'est l'autre effet de la crise entre Jean-François Copé et François Fillon: détourner les entrepreneurs plutôt acquis à la droite et les persuader de travailler avec François Hollande.

Au siège de l'UMP, le 18 novembre 2012. REUTERS/Benoit Tessier

Au siège de l'UMP, le 18 novembre 2012. REUTERS/Benoit Tessier

Ce cirque entre Jean-François Copé et François Fillon les exaspère. La rivalité de deux hommes à ce point-là, c’est trop. Le manque total de sens des responsabilités alors que la France est en crise, c’est non. Le monde patronal ne pardonne pas.

Les conséquences de la guerre de l’UMP sont lourdes pour les relations de la droite avec les milieux économiques et, en conséquence, pour le regard que va porter le monde de l’entreprise sur ceux qui sont eux, «en responsabilité», la gauche.

François Hollande avait bien besoin de ressouder ses liens avec les hommes et femmes d’affaires. Sa tirade «je n’aime pas les riches» et nombre de ses premières décisions ont glacé l’ambiance. Un Arnaud Montebourg au front pour dénoncer quotidiennement l’incurie des Peugeot et autre Mittal, ajoutait à l’aigreur. Les mesures fiscales du projet de loi de finance 2013, avec les trop fameux 75%, avec les 10 milliards prélevés sur les entreprises, 10 autres milliards prélevés sur les revenus élevés (et revenus moyens en vérité), et, last but not the least, les projets de taxation des créateurs de start-up, tout ça a provoqué un divorce des socialistes avec les chefs entreprises.

Il y a peu, la tentation de la grève des investissements

Les conséquences pouvaient être très négatives. Le monde patronal était tenté par une grève de l’investissement: puisqu’on ne m’aime pas, j’irai ailleurs. Et cet ailleurs ne manque pas: la Chine, le Brésil, l’Afrique, les pays émergents mais aussi les «vieux» pays comme les Etats-Unis ou l’Europe de l’est. Toutes ces destinations sont attrayantes et il faut en vérité rester «patriote» pour continuer d’investir en France, pays de la bureaucratie, des impôts et des tracas de licenciements. Les grands groupes du CAC font leurs marges dans cet ailleurs. Pourquoi investiraient-ils dans une France  qui ne les aime pas?

Ce désamour, voire cette haine de classe, entre le Parti socialiste et le patronat risquait de ruiner tout espoir de «redressement». On ne se redresse pas un pays avec son monde patronal remonté unanimement contre votre politique. La croissance approche le zéro, sans investissement privé, elle risquait de basculer dans la récession. Le gouvernement qui veut tout faire pour «préserver» la consommation,  d’où le renvoi par François Hollande du projet de TVA sociale de Nicolas Sarkozy, pouvait voir l’autre moteur de l’activité s’éteindre.

Le rapport Gallois a permis un premier revirement. Les déclarations avant sa publication laissant entendre que rien n’en serait fait, semblaient confirmer que décidément les socialistes «ne comprennent rien à l’entreprise». François Hollande a déjoué ces pronostics. Finalement Louis Gallois a été entendu: le coût du travail est trop élevé, voilà 20 milliards de crédit d’impôts pour l’abaisser. La compétitivité est devenue une cause de la gauche.

Premier revirement ne valait pas retrouvailles. La droite, pour en venir à elle, jouait tout ce qu’elle pouvait pour «pourrir» le climat entre la gauche et les patrons. Malignement, Jean-François Copé a sorti une première version du rapport Gallois dans... Le Figaro. Histoire de mettre en avant que le contenu de ce rapport allait plaire aux entreprises et donc déplaire, par réflexe, à la gauche de la gauche. Ce rapport était «de droite»,  les élus PS ne pouvaient pas le voter!

La gauche? Sûrement mieux que cette droite-là...

Le monde patronal pouvait hésiter. Une partie moderne en son sein a conscience que la France a besoin des mesures Gallois, tout comme elle a besoin de changer les relations du travail en France pour les rendre moins conflictuelles, le deuxième grand sujet sur la table entre Hollande et le Medef.

Mais une autre partie des patrons a une adhérence naturelle à droite, par amitié, par tradition, par intérêt de classe, justement. Cette fraction-là du patronat, sans doute minoritaire mais importante, pouvait penser que les 20 milliards pour la compétitivité étaient loin de suffire et que donc, non, il ne fallait rien conclure avec cette gauche «archaïque». Un quinquennat de combat? Eh bien oui, militons discrètement et «attendons le retour de la droite».

La guerre de l’UMP met à terre cette stratégie. Attendons? Mais attendons quoi? Ou plutôt qui? Ces deux-là? Ces clowns de cirque? Le patronat qui a apprécié la dernière conférence de presse de François Hollande, ce patronat qui peut faire affaire avec un social-démocrate si affirmé, ce patronat n’attend plus rien de la droite française. A-t-elle d’ailleurs jamais osé faire de vraies réformes favorables aux entreprises? Non! Alors... alors on va travailler avec ce président et son gouvernement.

Alors François Hollande a bien de la chance décidément. Les obstacles tombent devant lui: DSK, Aubry, Mélenchon, Sarkozy si haï et voilà maintenant que l’UMP s’autodétruit. Napoléon n’aimait pas les généraux qui n’ont pas de chance. De Copé et Fillon, les réalistes patrons peuvent le penser aussi.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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