Présidence de l'UMP: nos dix idées pour départager Jean-François Copé et François Fillon

Une électrice de Meaux prend les bulletins de vote lors de l'élection du président de l'UMP, le 18 novembre 2012. REUTERS/Benoît Tessier.

Une électrice de Meaux prend les bulletins de vote lors de l'élection du président de l'UMP, le 18 novembre 2012. REUTERS/Benoît Tessier.

Parce qu'il n'y a pas que le recomptage des voix, la médiation et les commissions dans la vie politique, nous avons cherché des méthodes pour enfin donner un président au principal parti d'opposition.

La situation est toujours bloquée à l’UMP, où le clan Copé clame avoir gagné avec 98 voix d’avance tandis que le clan Fillon revendique la victoire pour 24 voix, le tout sur fond d’accusations de fraude.

Cinq jours après le vote des adhérents, vendredi 23 novembre, Alain Juppé, chargé d’organiser une médiation entre les candidats, a annoncé qu’il les rencontrerait dimanche soir. Mais son pouvoir sur la commission des recours, qui se réunira dimanche matin, reste incertain, de même que son autorité sur les deux concurrents.

Pour venir en aide au principal parti d’opposition, Slate a listé une série de propositions permettant de choisir entre deux candidats que les adhérents du parti ont été incapables de départager de manière claire.

1. Refaire l’élection

Pourquoi ne pas soumettre à nouveau les noms de Jean-François Copé et François Fillon au vote des militants —d’autant qu’il existe un réservoir de nouveaux électeurs, le taux de participation le 18 novembre étant inférieur à 60%?

C’est par exemple ce qu’avaient fait les Verts pour désigner leur candidat à la présidentielle 2007, après un premier vote où Yves Cochet et Dominique Voynet n’étaient séparés que de deux voix sur 5.200: lors du second vote, l’ancienne ministre l’avait emporté de 57 voix. C’est aussi l’option utilisée par certains Etats américains en cas d’égalité parfaite.

Elle a d’ailleurs été suggérée ces derniers jours par plusieurs cadres de l’UMP, comme Benoist Apparu ou Nathalie Kosciusko-Morizet.

2. Elire le président au bénéfice de l'âge

Cela peut paraître saugrenu, mais la méthode est prévue par le code électoral en cas de stricte égalité: être élu au bénéfice de l’âge est notamment possible pour un maire ou un président de conseil général ou régional.

Le cas s’est présenté lors des dernières élections cantonales en Savoie: le président sortant du département Hervé Gaymard (UMP) a été réélu par les conseillers généraux au bénéfice de l’âge au troisième tour, lui et son adversaire socialiste ayant totalisé 18 voix chacun.

Lors des dernières municipales, la petite ville de Givry (Saône-et-Loire) avait elle vu deux listes récolter 968 voix chacune: comme le prévoit le code électoral, c'est la liste de gauche, dont la moyenne d’âge est la plus élevée, qui l’a emporté.

Ici, c'est François Fillon qui bénéficierait de ce scénario, puisqu'il est l'aîné de dix ans de Jean-François Copé.

3. Recalculer les résultats à l’américaine

Avant le duel Barack Obama/Mitt Romney, nous vous avions expliqué pourquoi l’élection présidentielle française serait bien plus amusante en appliquant dans chaque département le système du collège électoral à l’américaine, le candidat vainqueur y remportant un nombre de délégués égal au nombre de parlementaires du département.

Que donnerait ce système avec l’élection du président de l’UMP? Selon notre pointage, François Fillon l’emporterait avec 470 grands électeurs contre 454, soit près de 50,9% des délégués, en faisant basculer en sa faveur les swing départements de l’Ariège, la Lozère et l’Allier. Autant dire, dans le contexte actuel, une victoire écrasante.

4. Faire voter les députés

Que ce serait-il passé si Barack Obama et Mitt Romney étaient arrivés à égalité parfaite en nombre de grands électeurs le 6 novembre dernier? Le choix du président des Etats-Unis serait revenu à la Chambre des représentants, à raison d’un vote par délégation étatique (que celle-ci comporte un seul membre ou cinquante).

Si l’on applique ce mode de scrutin aux députés UMP en utilisant le pointage des soutiens réalisé par Le Monde, François Fillon l’emporterait, là encore, par 29 voix contre 24. Et en incluant les sénateurs, sa victoire serait encore plus large.

5. Faire appel à un électeur impartial...

Au Canada, avant une réforme électorale votée en 2000, quand deux candidats à une élection étaient à égalité parfaite, la tâche de les départager revenait au returning officer, le fonctionnaire chargé de superviser les opérations électorales, qui bénéficiait d’un vote «décisif».

Qui choisir pour occuper ce rôle à l’UMP? On pourrait citer le sénateur Patrice Gélard, président de la désormais culte Cocoe, ou Alain Juppé, envoyé jouer les forces d’intermission entre les deux belligérants, mais leur crédit paraît entamé chez les deux camps. Reste un choix évident, celui de l'homme qui n’a assisté que comme témoin à cette élection, du seul poids lourd de l’UMP qui s’est abstenu dimanche, n’a pas été critiqué depuis par les deux candidats et s’est abstenu de toute réaction: Nicolas Sarkozy.

6. ... ou aux grands anciens

Dans le même ordre d'idée, l'UMP pourrait utilement s'inspirer de l'expérience d'une autre organisation de masse, le parti communiste chinois, où les noms des neuf nouveaux membres du comité permanent sont soumis au veto des membres sortants.

Pour sortir de la crise, le parti pourrait réunir dans une pièce ses deux anciens présidents (Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy —Valéry Giscard d'Estaing, qui avait soutenu la création de l'UMP, roule désormais pour l'UDI) et ses quatre anciens premiers ministres (Edouard Balladur, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin —François Fillon étant forcé de se déporter) pour trancher. Une solution qui ne déplairait sans doute pas à Raffarin, amoureux de la Chine et de ses pandas qui lui font oublier le moment difficile que traverse son parti.

7. Tirer au sort le vainqueur

Aux Etats-Unis, en cas d’égalité parfaite à une élection, le nom du vainqueur peut être déterminé par tirage au sort: c’est ce qui pourrait par exemple se produire cette année dans deux circonscriptions du Nouveau-Mexique et de l’Alaska où les deux candidats arrivés en tête ont recueilli le même nombre de voix.

Les Américains disposent de moyens variés pour trancher, qui pourraient être réutilisés par l’UMP: le pile ou face (Bernadette Chirac devrait pouvoir fournir une pièce de 10 centimes d’euro), le tirage au sort d’une carte à jouer ou encore les petits papiers dans un chapeau.

8. Mesurer la popularité médiatique des candidats

Les sondages donnaient depuis plusieurs mois un net avantage à François Fillon auprès des sympathisants de l’UMP. On sait à présent à quel point leur publication a été trompeuse... Y a-t-il d’autres indices pour mesurer la popularité des deux candidats au-delà des seuls militants?

Mercredi, les deux concurrents étaient chacun l’invité d’un 20 heures. TF1 pour François Fillon puis, quelques minutes plus tard, France 2 pour Jean-François Copé. Jusqu’à 8,3 millions de téléspectateurs auraient suivi le premier, contre 5,6 millions pour le second.

Si on passe aux indicateurs web, l’outil Google Trends montre que, depuis 2007, jamais Copé, simple président du groupe UMP jusqu’en 2010 puis secrétaire général du parti, n’a pu se hisser au niveau de l’ancien Premier ministre.

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La comparaison plus fine des trente derniers jours de campagne interne le place également derrière.

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Une avance confirmée par la popularité des candidats sur Facebook, qui donne l’avantage à François Fillon. Sa page fédérait 30.141 likes vendredi à 17h11, contre 29.044 pour son rival. En revanche, sur Twitter, Fillon dispose de 41.802 abonnés contre... 101.204 pour Copé.

Plus insolite, la popularité sexuelle des deux candidats auprès des femmes mariées a été mesurée par le site de rencontres Gleeden. Résultat: Fillon l’emporte en sex-appeal, avec 59% de ce qu’on pourrait appeler des opinions sexuelles favorables.

9. Fermer les portes de la rue de Vaugirard

Cinq jours et toujours pas de vainqueur, la durée de l’élection du président de l’UMP va finir par se rapprocher dangereusement de celle d’un conclave papal. Et justement, les lecteurs des Rois maudits de Maurice Druon se souviennent d’une astuce utilisée au XIVe siècle par le roi de France Philippe V pour mettre fin à un conclave qui s’éternisait: enfermer les cardinaux dans une église de Lyon, dans des conditions de confort minimales, pour accélérer le processus conduisant à l’élection du pape Jean XXII.

En verrouillant les portes du 238 rue de Vaugirard sur les membres du bureau national de l’UMP, nulle doute qu’une fumée finira par sortir. Mais sera-t-elle rouge ou bleue?

10. Organiser un duel

Jean-François Copé a regretté vendredi, lors d'une énième conférence de presse, «les mots blessants et injurieux» qu'aurait eus François Fillon. La solution pour le décomplexé de Meaux serait alors de jeter, en retour, son gant à la figure du gentilhomme de la Sarthe pour demander réparation.

Après tout, il avait suffi d’un simple «Taisez-vous, abruti!» lancé par Gaston Defferre au député gaulliste René Ribière dans l’hémicyle de l’Assemblée nationale, en 1967, pour que ce dernier lui demande réparation en duel. C’est d’ailleurs le dernier duel officiel de l’histoire de France, gagné par Defferre après que ce dernier ait blessé deux fois son adversaire.

Au pistolet ou à l’épée, Fillon et Copé pourraient s’affronter jusqu’au «premier sang versé», en bénéficiant de la bienveillance du premier flic de France Manuel Valls. A défaut, d’autres confrontations plus pacifiques peuvent être envisagées: un bras de fer, une partie de baby-foot ou encore un concours d'alcool comme dans Les Aventuriers de l'Arche perdue.

Jean-Laurent Cassely et Jean-Marie Pottier

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