Facebook aimerait mettre un terme à son expérience de la démocratie…

Un logo de Facebook à travers une loupe à Berne le 19 mai 2012, REUTERS/Thomas Hodel

Un logo de Facebook à travers une loupe à Berne le 19 mai 2012, REUTERS/Thomas Hodel

... si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

Facebook souhaite mettre un terme à son expérience de la démocratie. Elle aura duré trois ans. Mais auparavant, la société de Mark Zuckerberg vous offre une dernière occasion de vous faire entendre.

A l’heure où j’écris ces lignes, Facebook est en train d’envoyer un e-mail à chacun de ses utilisateurs (environ un milliard) afin de les informer des mises à jour proposées pour ses documents constitutifs.

Plus exactement, l’entreprise propose de révoquer un droit qu’elle a accordé à ses utilisateurs il y a trois ans: celui de voter pour donner son avis sur des changements proposés, comme c’est précisément le cas aujourd’hui.

Facebook n’ayant pas encore révoqué ce droit, il est encore temps pour vous de faire campagne afin de le conserver si vous le souhaitez. En théorie, du moins. En effet, Facebook sait très bien qu’il est fort peu probable que vous le fassiez. Il s’avère en effet que, en dépit de tous les cris d’orfraies que l’on entend sur la Toile à chaque fois que Zuckerberg et sa société opèrent un petit changement sur leur site, la plupart des gens ne se sentent pas assez concernés pour passer à l’action. Du moins, pas pour le type de changements à propos desquels Facebook les autorise à s’exprimer.

Un peu d’histoire: au printemps 2009, Facebook a mis en place un système plutôt radical pour répondre à la réaction brutale qu’avaient eu ses utilisateurs un peu plus tôt dans l’année face aux changements opérés dans les modalités de service.

A partir de ce moment, Facebook s’est engagé à ce que toute proposition de changement apporté aux documents constitutifs soit soumise, pour un certain temps, aux commentaires du public. Si 7.000 utilisateurs ou plus commentaient la proposition, cela conduisait automatiquement à l’organisation d’un vote, auquel tous les utilisateurs de Facebook étaient conviés. Et si le taux de participation à ce vote atteignait 30%, la société était contrainte de se plier à la volonté des votants.

Le souci est que cela ne s’est appliqué qu’aux changements relatifs aux termes des modalités de service. Les changements opérés sur certaines caractéristiques, comme la reconnaissance faciale ou les pages pour les couples, n’ont jamais fait l’objet d’un référendum.

Depuis la mise en place de ce système, seuls deux ensembles de propositions ont entraîné assez de commentaires pour qu’un vote soit organisé. Cependant, dans aucun des cas, la participation n’a été assez importante pour influer sur la décision, dans un sens ou dans l’autre. Et la proposition a donc été adoptée.

La dernière, présentée en juin dernier, a rassemblé 342.632 votes en tout. Cela fait beaucoup, mais c’est bien peu comparé aux quelque 300 millions de voix qui auraient été nécessaires pour contrer la décision. Ce faible taux de participation, que certains ont reproché au manque de communication de Facebook en la matière, a fait de ce système de vote une sorte de grand raté des relations publiques.

Arrêtez d'inonder votre fil avec des copié-collé

Aussi, cela n’a pas choqué grand-monde lorsque le vice-président en charge de la communication de l’entreprise, Elliot Schrage, a annoncé que Facebook proposait de révoquer ce système de vote en réformant «le processus de gouvernance du site». Schrage écrit ainsi:

«Nous accordons une grande importante aux commentaires dont vous nous faites part au cours de la période de commentaires. Par le passé, vos nombreux commentaires se sont traduits en modifications de nos suggestions initiales. Les votes générés par un nombre défini de commentaires avaient créé un système qui faisait primer la quantité des commentaires sur leur qualité. Afin de faire en sorte que nous continuions à recevoir un feedback pertinent de votre part, nous pensons qu’il serait préférable de supprimer le vote du processus.»

A en croire l’annonce de Shrage, le nouveau système comprendra une fonction «Demandez au Chief Privacy Offer» et des webcasts seront régulièrement organisés par Erin Egan, la «chief privacy officer» en question, afin de répondre aux questions et aux inquiétudes des utilisateurs. La société espère également que cela apportera des arguments plus pertinents sur les changements proposés, puisqu’il n’y aura plus de raison d’inonder Facebook en copiant/collant une lettre-type dans les commentaires afin d’atteindre le seuil nécessaire au déclenchement d’un vote.

Un «comité de délibération»?

Certains observateurs de Facebook ont déjà commencé à critiquer le changement proposé. Josh Constine, de TechCrunch, propose par exemple que la société règle le problème en élevant le palier déclenchant un vote, voire en ne faisant voter qu’un «comité de délibération» choisi au hasard plutôt que de demander leur avis à tous les utilisateurs.

C’est une idée intéressante, mais disons-le tout de go: il est très peu probable qu’une multinationale pesant 52 milliards de dollars sur les marchés financiers accepte de donner à des inconnus le pouvoir de prendre des décisions importantes sur des sujets clés. En outre, Facebook possède déjà un «comité de délibération»; c’est son conseil d’administration.

Donc, allez-y, commentez la fin de la démocratie sur Facebook si vous le souhaitez, cela vous permettra peut-être même de pouvoir voter la décision (bien que l’annonce de Schrage n’ait pas été entièrement claire à ce propos). Le site accepte les commentaires ici jusqu’au 28 novembre, 18h heure de Paris (9h heure du Pacifique).

Il serait très intéressant de voir ce qui se passerait si, par un hasard incroyable, 300 millions de personnes prenaient vraiment le temps de réclamer leur droit de voter sur Facebook. Mais étant donné que cela n’arrivera sans doute pas, vous pouvez toujours vous rassurer en vous disant que Facebook s’est au moins assez soucié de l’opinion de ses utilisateurs pour essayer de leur donner la parole.

Et souvenez-vous que, si la société de Mark Zuckerberg n’est plus une démocratie, ce n’est pas non plus un Etat totalitaire. Aussi, si jamais Facebook venait à faire des changements si radicaux que vous ne pouviez les supporter, sachez que vous avez toujours la possibilité de partir.

Will Oremus

Traduit par Yann Champion