Et s'il n'y avait aucun vainqueur au Vendée Globe?

La question est provocatrice, certes, mais le nombre d'abandons déjà enregistrés lors de la septième édition est très élevé: si la casse du bateau de Jean-Pierre Dick, dans la nuit du 21 au 22 janvier finit par le conduire à l'abandon, il ne resterait plus que onze bateaux en courses.

Départ du Vendée Globe 2012 depuis les Sables d'Olonne, le 10 novembre. REUTERS/Stéphane Mahé.

- Départ du Vendée Globe 2012 depuis les Sables d'Olonne, le 10 novembre. REUTERS/Stéphane Mahé. -

Après la perte de la quille du monocoque de Jean-Pierre Dick, dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 janvier, cette édition du Vendée Globe confirme qu'elle est particulièrement casse-bateaux. Dick, qui se trouvait à environ 500 milles au nord-ouest des îles du Cap Vert au moment de l’avarie, est sain et sauf. Celui qui était encore il y a 24 h candidat au podium, derrière François Gabart et Armel Le Cléac'h, réfléchit actuellement à la suite à donner à sa course: abandonner ou finir son tour du monde dans des conditions plus que risquées. S'il finit par jeter l'éponge, il ne resterait plus que 11 bateaux en lice sur les 20 qui ont pris le départ le 10 novembre aux Sables-d’Olonne. Nous republions cet article paru le 25 novembre après une vague d'abandons.

Combien seront-ils à l’arrivée du Vendée Globe aux Sables-d’Olonne à partir du mois de février? La question intrigue alors que se terminent seulement les deux premières semaines de course.

En effet, après quinze jours d’odyssée, la flotte a déjà maigri de 35%. Sur vingt skippers au départ, sept marins ont dû renoncer à poursuivre l’aventure.

Marc Guillemot, qui avait perdu sa quille, a été le premier à rentrer au port. Il a été suivi de Kito de Pavant et Louis Burton, victimes tous les deux d’avaries consécutives à des collisions avec des chalutiers, de Samantha Davies, dont le bateau a démâté, de Jérémie Beyou, trahi également par sa quille, de Zbigniew Gutkowski, confronté à des soucis multiples, et enfin, dimanche 25 novembre, de Vincent Riou, qui a heurté une grosse pièce métallique. A qui le tour?

40% à 65% à l'arrivée

En 2008, lors de la précédente édition du Vendée Globe, la première phase de course avait été également mouvementée à cause notamment d’une traversée agitée du Golfe de Gascogne, qui s’est montré moins cruel cette fois. Quatre abandons, dus pour trois d’entre eux à des démâtages, avaient eu lieu lors de la semaine initiale.

Le cinquième jet de l’éponge, signé déjà de Jérémie Beyou, n’était intervenu que le quatorzième jour, cinq jours plus tard qu'en 2012. Les sixième et septième, les 7 et 10 décembre, soit un mois après le coup d’envoi de la course. Cette sixième édition du Vendée Globe paie donc un lourd tribut, d’autant plus remarqué qu’il y a dix partants de moins qu’en 2008.

Depuis sa première édition, en 1989, le Vendée Globe, épreuve terriblement éprouvante pour les bateaux et les hommes, n’a jamais été épargné par la casse. En 1989-1990, treize marins s’étaient élancés et sept avaient bouclé leur tour du monde (54% de la flotte). En 1992-1993, le rapport avait été de 50% (quatorze marins, sept classés). En 1996-1997, édition la plus dramatique avec la disparition du Canadien Gerry Roufs, il y avait eu quinze partants pour six classés (40%).

En 2000-2001, la balance avait été de 24 partants pour 15 classés (62,5%), en 2004-2005 de 20 partants pour 13 classés (65%), en 2008-2009 de 29 partants pour 11 classés (40%). En 2012, nous voilà avec un curseur déjà ramené à 65%, soit autant que pour l'édition 2004-2005 au terme de son tour du monde.

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Abandons divers et variés

Cette édition démarre donc «fort», en quelque sorte, si bien que dans des dépêches de l’AFP, le mot «rescapés» commence même déjà à apparaître alors que les navigateurs sont encore loin des difficultés immenses de l’Océan Indien avant, plus tard, l’approche du cap Horn.

Tirer quelques conclusions sur cette petite épidémie serait prématuré dans la mesure où les abandons en question sont divers et variés. La relative solidité des bateaux utilisés, tous de la classe Imoca (60 pieds de long, 18,28m), reste prouvée à ce jour.

Les Imoca sont conçus pour la course au large en solitaire ou en double. Capables d’atteindre des vitesses de pointe de 25 nœuds, ces bateaux sont fabriqués selon des règles qui limitent la puissance et donnent la priorité à la sécurité.

Depuis 2000, ils doivent notamment démontrer leur capacité à se remettre à l’endroit sans assistance extérieure, assurer le cloisonnement intérieur et conserver une flottabilité importante dans l’hypothèse d’une voie d’eau ou d’un chavirage. Il n’empêche… Le rythme imposé n’est peut-être pas étranger à toutes ces avaries.

Aucun bateau à l'arrivée, aucun classement?

Alors, est-il possible qu’aucun navigateur ne rallie les Sables-d’Olonne après l’abandon de la totalité de la course? Et dans ce cas, qui l'emporterait?

La question est évidemment provocatrice. Le règlement intérieur du Vendée Globe se contente d’indiquer qu’«un classement au temps réel sera établi pour la course après application des pénalités ou des bonifications accordées par le jury de la course» en ajoutant que «des classements annexes pourront être établis selon les modalités fixées par les instructions de course».

Le but du Vendée Globe reste bien de faire le tour du monde sans assistance et sans escale, et quiconque n’arriverait pas à atteindre cet objectif sera mis hors course. «Pour être classé dans une course, il faut, selon la règle 28.1 des Règles de Course à la Voile (RCV) applicables à toutes les régates, qu’un bateau prenne le départ, effectue le parcours prescrit, et finisse, nous a confirmé Bernard Bonneau, président du jury international de ce Vendée Globe. D’autre part, la règle 90.3 prévoit qu’une course peut donner lieu à un classement seulement si un bateau effectue le parcours et finit. En conséquence, selon les règles de course, dans le cas où aucun bateau ne finit une course, aucun classement ne peut être établi.»

Cela aurait inévitablement des répercussions sur la distribution des gains: 600.000 euros sont promis aux seuls skippers classés (dont 160.000 pour le vainqueur).

En 2008, Riou avait été classé sans finir

Quelques exceptions rarissimes existent toutefois. Lors de la précédente édition, Vincent Riou avait ainsi terminé 3e ex-aequo malgré le fait d’avoir démâté quelques heures seulement après avoir porté secours à Jean Le Cam, qui avait chaviré au large du Cap Horn.

Le jury international de l’épreuve avait aussitôt pris la décision de donner réparation au navigateur selon la règle fondamentale en voile qui veut que tout bateau doit porter assistance à une personne ou à un navire en danger. Troisième au moment du sauvetage, Vincent Riou avait ainsi gardé cette place sur les tablettes malgré son tour du monde largement inachevé. En théorie, il serait donc possible de remporter le Vendée Globe sans franchir la ligne d’arrivée.

«Quand un bateau a droit à réparation selon la règle 62.1, le jury "doit prendre un arrangement aussi équitable que possible pour tous les bateaux affectés" (règle 64.2), précise Bernard Bonneau. Si le jury établit que le bateau qui a droit à réparation était, au moment de l'incident, assuré de remporter la course, la décision de réparation peut être de reclasser ce bateau à la première place. Généralement, ce reclassement ne doit pas affecter le score des autres bateaux, et il y aurait en conséquence, deux ex-aequo à la première place.»  

Personne ne souhaite pareille déroute à cette course légendaire, mais il n’est pas exclu qu’au terme de ce 7e Vendée Globe, il ne reste plus grand monde au bout de l’aventure, à l’instar de la cuvée 2002 de la Route du Rhum, victime notamment d’un coup de tabac dans l’Atlantique, quand 18 trimarans de 60 pieds étaient partis de Saint-Malo, mais trois seulement avaient rallié Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.

Heureusement, les monocoques, à l’instar des Imoca, n’ont pas la fragilité des multicoques, même si ce début de Vendée Globe tendrait à prouver (un peu) le contraire.

Yannick Cochennec

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L'AUTEUR
Yannick Cochennec, rédacteur en chef adjoint de Tennis Magazine de 1997 à 2007, collabore aujourd'hui à L'Equipe Magazine, Golf Magazine et Golf Européen. Ses articles
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Publié le 25/11/2012
Mis à jour le 22/01/2013 à 17h10
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