Oubliez la Floride ou le congrès de Reims, l'UMP, c'est la Côte d'Ivoire!

 Laurent Gbagbo en octobre 2010. REUTERS/Luc Gnago

Laurent Gbagbo en octobre 2010. REUTERS/Luc Gnago

Chez Slate, on trouve que l’UMP ne ressemble ni au congrès de Reims, ni à la Floride, mais à la Côte d’Ivoire! Les parallèles sont en effet nombreux entre l’élection présidentielle ivoirienne de 2010 et celle du président de l’UMP.

Alors que le camp Fillon vient d’annoncer que d’après son propre recompte, François Fillon a en fait remporté l’élection avec 26 voix d’avance et qu’il demande à la Cocoe de recompter tous les bulletins, les comparaisons vont bon train.

L’analogie la plus courante depuis dimanche soir est celle avec le congrès de Reims du PS en 2008, lors duquel les militants socialistes élisaient leur nouvelle première secrétaire. A l’époque les deux adversaires s’appellent Ségolène Royal et Martine Aubry. Le scrutin est marqué par des soupçons de fraude dans les deux camps et la victoire de Martine Aubry est contestée par Ségolène Royal.

D’autres comparent l’élection à l’UMP avec la Floride où les résultats de l’élection présidentielle mettent toujours des jours à être clairs et définitifs et font l’objet de nombreuses contestations, comme lors de l’élection présidentielle de 2000 qui opposa George Bush et Al Gore.

Que nenni! Chez Slate, on trouve que l’UMP ne ressemble, ni au congrès de Reims, ni à la Floride, mais à la Côte d’Ivoire (Gilbert Collard a lui aussi osé cette comparaison, mais cet article a été commencé avant la déclaration du député Front national). Les parallèles sont en effet nombreux entre l’élection présidentielle ivoirienne de 2010 et celle du président de l’UMP.

Jean-François Copé nous rappelle Laurent Gbagbo et François Fillon Alassane Ouattara. Gbagbo défendait le concept de «l’ivoirité» et se présentait comme un vrai Ivoirien, en comparaison avec un Alassane Ouattara de l’élite, aux origines burkinabaises et accusé d’être la marionnette de la France et de servir les intérêts des occidentaux.

Jean-François Copé se présente lui comme «le premier des militants», un homme du terrain, en opposition à François Fillon, qui se démarque du sarkozysme, et que Jean-François Copé accuse, de manière à peine masquée dans un tweet, d’être «l’homme politique d’un tout petit quartier parisien qui depuis des années veut imposer à toute la France ce qu’elle doit penser».

En Côte d’Ivoire, c’est le Conseil constitutionnel qui annonce la victoire de Laurent Gbagbo et fait l’objet de vives critiques de la part du camp Ouattara qui l’accuse d’être favorable à Gbagbo puisque c’est le président qui en nomme les membres.

En France, la Cocoe, chargée de superviser l’élection et d’en annoncer le vainqueur est également suspectée de manquer d’objectivité, par les deux camps pendant la campagne, puis par le camp Fillon après la campagne.

François Fillon, comme Alassane Ouattara, refuse de s’avouer vaincu, se considère comme le président légitime et conteste les résultats officiels.

Cependant, quelques inconnues demeurent. Qui jouera l’Onuci (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) à l’UMP pour régler la crise? Alain Juppé comme le demande le camp Fillon? Ce dernier s'y déclare prêt, si les deux parties l'acceptent.

Nicolas Sarkozy, comme en appelle de ses voeux le député pro-Fillon Gérald Darmanin?

Nul doute que les deux hommes sont qualifiés pour régler la situation, puisqu’ils ont activement participé à la résolution de la crise ivoirienne, Nicolas Sarkozy en tant que président de la République et Alain Juppé en tant que ministre des Affaires étrangères.

Les deux camps, en Côte d’Ivoire comme à l’UMP se divisent profondément et la sécession guette. Gageons que l’UMP n’en arrivera pas jusqu’à la terrible guerre civile fratricide qui a suivi l’élection ivoirienne.

Jamal El Hassani