La contraception «naturelle», c'est tendance mais est-ce que ça marche?

L’invention de la pilule contraceptive aura été une vraie révolution pour les femmes, libres de pouvoir faire l’amour sans courir le risque d’une grossesse non désirée. Aujourd’hui, certaines femmes abandonnent pourtant les contraceptifs classiques au profit de méthodes naturelles.

Thermomètre médical  / Andres Ruedavia Flickr CC License by

- Thermomètre médical / Andres Ruedavia Flickr CC License by -

Pour des raisons idéologiques, culturelles ou médicales, certaines femmes se détournent de la contraception classique (pilule contraceptive, dispositif intra-utérins, etc.) au profit de moyens de contraception dits «naturels». Pour éviter une grossesse, les couples renoncent aux rapports sexuels vaginaux non protégés lors des jours féconds. Concrètement, il s’agit pour la femme d’observer les signaux qu’émet son corps afin d’identifier la période de l’ovulation.

Au cours du temps, différentes méthodes ont été décrites, chacune se fondant sur différents paramètres, tels que la courbe de la température basale, la consistance de la glaire cervicale (méthode Billings), la position du col de l’utérus, le calcul de la fenêtre fertile en fonction de la date des dernières règles et de la longueur habituelle des cycles (méthode dite du calendrier ou Ogino-Knaus) ou encore la méthode sympto-thermique qui combine plusieurs paramètres d’observation. L’allaitement et le retrait du pénis avant le moment de l’éjaculation font également partie de ce qu’on appelle également la «planification familiale naturelle».

C'est fiable ou non?

Les méthodes de contraception naturelles sont généralement contestées en raison de leur manque de fiabilité. Toutefois selon l’Organisation mondiale de la santé, leur taux d’efficacité en cas d’utilisation correcte et systématique est d’environ 96% (96% pour le retrait et jusqu’à 97% pour les méthodes de planification familiale naturelle ou abstinence périodique). Mais, dans la pratique courante, ce taux chute à... 75% (à 73% pour le retrait)!

La plus efficace d’entre elles s’appelle la méthode sympto-thermique. Le Dr Saira-Christine Renteria, responsable de l’Unité de gynécologie psychosociale du  CHU de Lausanne, nous explique pourquoi:

«Le fait qu’elle se base sur l’observation de plusieurs symptômes liés au cycle féminin augmente la sécurité contraceptive. Mais elle est contraignante, car pour que le taux d’échec soit bas, il faut faire preuve d’une stricte autodiscipline dans son application et avoir été formée au préalable par un spécialiste

La méthode sympto-thermique, c’est quoi?

La méthode sympto-thermique repose donc sur l’observation de symptômes permettant d’identifier la «fenêtre fertile» pour éviter (ou favoriser,lire plus bas) une grossesse.

En bref:

La température

La température corporelle, qui se situe autour de 37°C environ, augmente d’un degré en moyenne au milieu du cycle, soit au moment de l’ovulation et ce, pendant trois jours environ. Pour repérer cette hausse, la femme devra d’abord définir sa température individuelle en la mesurant durant une période de trois mois. Ensuite, elle prendra sa température le matin au lever, toujours à la même heure, au même endroit (rectal, vaginal, bucal par exemple) et avec le même thermomètre.

Seul, le suivi de la courbe de température n’est pas fiable pour se protéger d’une grossesse non désirée. Et pour cause, de nombreux facteurs (la fièvre,  les infections, les médicaments, les heures de sommeil, etc.) –en dehors de l’ovulation elle-même– peuvent la faire varier et induire en erreur. Pour pouvoir interpréter ces valeurs avec justesse et éviter les échecs contraceptifs, la femme devra donc noter scrupuleusement ces événements et, bien sûr, tenir compte des autres symptômes (lire ci-dessous). Autre inconvénient, si le cycle est irrégulier, à savoir fréquemment sans ovulation ou avec des ovulations parfois tardives, il sera d’autant plus difficile de se repérer. 

La glaire cervicale

Le col de l’utérus produit des sécrétions dont la consistance se modifie à mesure qu’on approche la phase ovulatoire. La glaire cervicale devient filante, élastique et a une certaine viscosité pour favoriser la montée des spermatozoïdes.

Pour savoir où elle se situe dans son cycle (présence ou arrivée de l’ovulation), la femme doit examiner sa glaire en la touchant, voire en mettant ses doigts dans le vagin, ce qui nécessite de bien se connaître et d’être à l’aise avec son corps. Mais plusieurs facteurs peuvent modifier la nature de la glaire cervicale (l’excitation sexuelle, les infections, les pertes vaginales, etc.), et donc induire en erreur.

Le col de l’utérus

L’autopalpation du col de l’utérus est un indicateur supplémentaire pour définir la fenêtre fertile. Lors de l’ovulation, il s’ouvre légèrement tandis que sa position se modifie.  

En parallèle, la femme sera attentive à tous les autres signaux qui pourraient indiquer la phase ovulatoire (tensions des seins, douleurs abdominales, menstruations, symptômes qui la précèdent, etc.). Toutes ces observations seront répertoriées dans un «journal» du cycle ou via des outils modernes (applications sur smartphones).

Pourquoi une méthode de contraception naturelle?

Le choix d’une contraception naturelle ne se fait jamais au hasard. Aussi, il est utile de se demander pourquoi on se détourne des contraceptifs classiques.

La Dr Saira-Christine Renteria encourage les femmes et couples à aborder ces interrogations et projets dans le cadre de la consultation médicale ou de l’entretien avec une conseillère en santé sexuelle-planning familial, surtout si on veut à tout prix éviter une grossesse:

«Le rôle des professionnels est d’informer des risques et des bénéfices et de s’assurer que sa patiente et son partenaire les ont bien compris et qu’ils ont pu bénéficier d’instructions appropriées.»

Car plus que tout autre moyen contraceptif, les méthodes naturelles ne tolèrent aucun compromis, si on veut que leur sécurité soit satisfaisante. De son côté, Harri Wettstein, co-fondateur de la Fondation Sympto Therm, milite pour un choix de contraception éclairé et libre. Selon lui, la sympto-thermie est ouverte à toutes:

«Chaque cas est individuel, mais toutes les femmes peuvent en bénéficier, quel que soit leur âge et la nature de leur cycle, du moment qu’elles s’informent auprès des spécialistes de la méthode et qu’un suivi par une conseillère est assuré.»

La Dr Renteria y voit pour sa part quelques restrictions:

«La contraception naturelle s’adresse davantage aux couples durables qui ont une sexualité stable et qui ont une bonne communication. Dans ce contexte, elle peut très bien être utilisée temporairement pour espacer les naissances, à condition que le couple puisse assumer une grossesse non désirée, ce qui n’est souvent pas le cas chez les jeunes. D’ailleurs, ce type de contraception n’est pas très adapté à la sexualité de ces derniers. D’un point de vue plus médical, elle convient moins aux adolescentes chez qui les cycles peuvent être irréguliers. Chez les femmes en péri-ménopause aussi, le risque d’échec contraceptif est plus grand, malgré une fertilité qui tend à diminuer, en raison des cycles toujours plus irréguliers

Ecologie et dialogue au sein du couple

Les adeptes de la sympto-thermie revendiquent ses nombreux avantages: «Cette méthode suscite le dialogue au sein du couple tant sur la contraception, que la sexualité ou les projets de famille. Elle n’induit aucun effet secondaire, est écologique pour le corps et l’environnement. De plus, elle permet à la femme d’être plus autonome et de mieux connaître son corps», argumente Harri Wettstein.

Certes, mais elle n’en est pas moins une pratique contraignante à plusieurs égards. Elle demande une attention et une prise en charge quotidienne de son intimité, ce qui n’est pas toujours compatible avec un train de vie moderne. Sur le plan de la sexualité, si elle peut ouvrir un nouvel espace de dialogue dans le couple, elle peut aussi peser sur la vie sexuelle puisque le rythme des rapports sera dicté en fonction de cette fameuse « fenêtre fertile », à moins d’utiliser le préservatif. Avant de choisir ce genre de contraception, il est donc préférable de se demander ce qu’on attend de la sexualité (fréquence des rapports, implication de l’homme dans la contraception, etc.). Par ailleurs, il faut savoir que la protection contre les infections sexuellement transmissibles n’est pas assurée.

Pour conclure, il ne faut pas l’oublier, les méthodes fondées sur la connaissance de la fécondité peuvent aussi servir à favoriser une grossesse. Les couples en désir d’enfants peuvent cibler leurs rapports sexuels en fonction des jours féconds. Mais, prévient le Dr Saira-Christine Renteria, «les rapports sexuels dirigés, pratiqués pendant de longues périodes, peuvent influencer négativement le désir. Les hommes et les femmes qui peinent à concevoir devraient faire appel à un médecin au plus tard après un an de tentatives infructueuses voire même plus tôt en fonction de l’âge ou de la présence de cycle très irréguliers». Selon cette dernière, l’auto-observation ne peut se substituer à un traitement de fertilité le cas échéant.

Elodie Lavigne


Autres questions sur la contraception

Pourquoi la méthode dite «du calendrier» ne marche pas

Pour définir la phase ovulatoire, d’autres méthodes dites «du calendrier» (ou Ogino-Knaus) s’appuient sur des calculs plus ou moins complexes visant à déterminer les jours féconds en fonction de la date des règles. Une méthode très répandue notamment sur Internet et les smartphones, mais qui, si on en croit le Dr Saira-Christine Renteria du Chuv à Lausanne, n’est pas adaptée si on veut à tout prix éviter une grossesse:

«En théorie, l’ovulation intervient entre douze et quatorze jours après les menstruations, mais de nombreux paramètres (physiologie individuelle du cycle, état de santé, état psychologique, stress, fatigue, variations de poids, déplacements) peuvent l’avancer ou la retarder. Aussi, il faut se méfier tout particulièrement des applications sans nuances qui prétendent indiquer les jours sans risque en se basent sur un cycle de 28 jours, car toutes les femmes n’ont pas un cycle aussi régulier ! Plus longue chez les unes et plus courte chez les autres, la durée des cycles est susceptible de varier chez une même femme. En conséquence, tous les calculs à valeur prédictive sont peu fiables d’un point de vue contraceptif. En réalité, ce n’est véritablement qu’après la phase ovulatoire identifiée, soit dans la deuxième partie du cycle, que le risque de grossesse peut vraiment être écarté!»

On ne peut pas tomber enceinte lorsqu’on allaite. Vrai ou faux?

Faux. Dans de nombreux pays, l’allaitement est utilisé comme une méthode de contraception temporaire à la suite d’une grossesse, mais, prévient le Dr Saira-Christine Renteria, «il y a beaucoup de grossesses non désirées ou d’interruption volontaires de grossesses en raison de fausses croyances qui demeurent à ce sujet».

Tout d’abord, pour que l’allaitement empêche la survenue d’une grossesse, il doit être exclusif (jour et nuit) avant le retour de couches, à raison de six à dix (longues) tétées par 24 heures. Aussi, on attend à tort la reprise des règles comme signal du retour de la fertilité. «On peut ovuler et tomber enceinte avant cet événement. Non seulement il est très difficile d’établir avec exactitude la période sans ovulation, mais surtout, le retour des règles signifie que l’ovulation a eu lieu précédemment!», précise la spécialiste.

Conclusion, l’allaitement ne peut être envisagé comme un moyen sûr pour éviter une grossesse.

Pas de pénétration, pas de grossesse. Vrai ou faux?

Faux. La méthode dite «du retrait» figure effectivement parmi les moyens de contraception naturels. Elle consiste, pour l’homme, à retirer son pénis du vagin de sa partenaire juste avant l’éjaculation. Elle est très pratiquée dans les pays méditerranéens. Mais son efficacité est très discutable, en particulier si la femme est en période ovulatoire.

Premièrement, il est difficile, pour l’homme, de déterminer à quel moment il doit se retirer. Deuxièmement, parce que la concentration de spermatozoïdes est très élevée dans le premier jet de liquide séminal. Elle l’est d’autant plus après une période d’abstinence.

Aussi, si l’homme éjacule à l’entrée du vagin (au niveau de la vulve), du sperme peut très bien y pénétrer. Les risques sont semblables en cas de frottements des sexes, sans pénétration.

Par ailleurs, sur le plan sexuel, cette pratique n’est pas idéale car elle peut engendrer des frustrations tant chez la femme que chez l’homme. Ainsi, si on désire à tout prix éviter une grossesse, cette pratique n’est pas suffisamment sûre.

Devenez fan sur , suivez-nous sur
 
L'AUTEUR
Planetesante.ch est un site suisse romand d'informations sur la santé de haut niveau réalisé par des journalistes spécialisés et des médecins. Il a pour vocation de développer et rassembler des contenus et des services permettant à chaque visiteur de mieux prendre en charge sa santé et celle de son entourage. Le site Internet accompagne l'internaute dans ses recherches quotidiennes en matière de santé, l'aide à mieux comprendre certains mécanismes de santé et à orienter ses démarches. Planète Santé a pour vocation de fournir des informations complémentaires à la consultation médicale et non de se substituer à elle. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
SLATE CONSEILLE
D'autres ont aimé »
Publié le 21/11/2012
Mis à jour le 22/11/2012 à 9h24
4 réactions