France

Les partis politiques servent-ils encore à quelque chose?

Eric Dupin, mis à jour le 21.11.2012 à 6 h 34

La bataille de chiffonniers pour la présidence de l'UMP n'est pas susceptible d'améliorer l'image de ces institutions court-circuitées par les primaires, de moins en moins fréquentées et en panne idéologique.

Le siège de l'UMP, le 18 novembre 2012. REUTERS/Benoît Tessier.

Le siège de l'UMP, le 18 novembre 2012. REUTERS/Benoît Tessier.

La bataille de chiffonniers pour la présidence de l'UMP n'est pas susceptible d'améliorer l'image, déjà pas fameuse, des partis politiques. Elle intervient quatre ans après le violent conflit qui avait opposé Ségolène Royal et Martine Aubry pour la direction du Parti socialiste. Il n'en faudra pas plus pour achever de convaincre l'opinion que, de la droite à la gauche, les formations politiques sont peuplées de personnage aussi ambitieux qu'agressifs, doublés de tricheurs sans scrupules.

L'affaire est pourtant plus grave encore. Au fond, c'est la question de l'utilité même des partis politique qui est désormais posée de plus en plus crûment.

Les militants contournés par les primaires

Grossièrement, les formations politiques remplissent trois types de fonctions qui sont toutes plus ou moins en crise.

La première est celle de la sélection des candidats. Cette fonction traditionnelle est sans doute celle qui résiste le mieux. Les partis permettent toujours de trier le personnel politique qui dirigera les différentes collectivités locales. Ils filtrent la technostructure politique.

La mode des primaires a toutefois atteint cette fonction en son sommet. La désignation des candidats à l'élection présidentielle échappe de plus en plus aux militants. Les socialistes et les écologistes ont commencé par confier aux électeurs et à leurs sympathisants le soin de choisir leur champion à l'élection-phare de la vie politique française. Les adhérents du principal parti de droite les imiteront prochainement.

Cette nouvelle procédure relativise l'intérêt de contrôler les partis politiques et de s'y engager. Si elle devait se répandre au niveau local, ceux-ci deviendraient rapidement des coquilles vides occupées par des apparatchiks.

La fin des partis de masse

Les partis politiques servent encore traditionnellement d'instruments de socialisation politique. Au plus fort, ils assurent une participation populaire aux activités publiques. Du temps de sa splendeur, le Parti communiste permettait ainsi à une fraction défavorisée de la population de se sentir représentée dans les institutions.

Tout ceci est largement de l'ordre du passé. Les partis de masse ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes alors qu'ils n'ont jamais été très puissants en France. Les plus grosses formations d'aujourd'hui rassemblent moins de 200.000 militants, c'est à dire des adhérents actifs. Quelques 170.000 adhérents ont participé à l'élection du président de l'UMP. Et seulement 80.000 socialistes environ ont départagé les motions de leur prochain congrès.

Ce sont desormais des partis de cadres très largement structurés par les élus locaux. Leurs racines dans la société sont peu profondes. La gauche s'est largement coupée des militants syndicaux et du monde associatif. Faiblement implanté localement, le Front national n'a aucunement remplacé le parti communiste dans la fonction tribunitienne qui était la sienne.

Des partis desséchés idéologiquement

L'animation du débat public est une troisième fonction habituellement dévolue aux partis politiques. Ceux-ci ne sont certes pas véritablement des laboratoires d'idées: elles ne sont jamais créées en leur sein, mais elles y sont traitées et traduites en projets politiques. Dans les années 70, le concept d'autogestion a ainsi été forgé à la CFDT et dans des cercles intellectuels avant d'être repris par certains courants du PS.

Force est de constater que les formations d'aujourd'hui sont non seulement stériles idéologiquement mais incapables d'écouter les idées nouvelles qui peuvent surgir ici et là. L'UMP n'est guère plus attentive aux réflexions libérales que le PS aux tentatives de rénovation de la pensée socialiste. Au sein de chaque parti, les postures l'emportent sur les convictions. Et les batailles se résument souvent à des jeux d'égos.

Les partis sont largement indifférents au monde intellectuel. En France, ils ne sont pas adossés à de puissantes fondations qui les nourriraient de leurs travaux.

Tout ceci accentue la superficialité des joutes politiciennes pour leur contrôle. L'affaiblissement des fonctions remplies par les partis est un symptôme de plus de la crise de la démocratie représentative. Ils ne retrouveront sans doute leur raison d'être qu'en renouant des liens forts avec les électeurs ainsi qu'en redevenant des lieux de débats de fond.

Cela suppose de nouvelles formes d'organisation, beaucoup plus ouvertes et utilisant pleinement les ressources de la modernité technologique. Ségolène Royal en avait eu l'intuition en parlant de démocratie participative. Reste à en inventer les mécanismes concrets pour que cette belle idée ne soit pas dévoyée en simples gadgets.

Eric Dupin

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte