Jacques Attali: Il faut sauver Erasmus
Faute de financement, le programme européen qui permet à des étudiants d’aller étudier six mois dans un autre pays de l’Union court un grave danger.
- Une étudiante française en Erasmus dans une université espagnole, à Madrid en octobre 2012. REUTERS/Susana Vera -
Parmi les innombrables sujets en suspens en Europe, il en est un, dont on ne parle pas assez et qui est pourtant déterminant pour l’avenir: le programme Erasmus, qui permet à des étudiants d’aller étudier six mois dans un autre pays de l’Union. Ce programme (dont la survie même est aujourd’hui menacée) est pourtant un très grand succès: depuis sa création en 1987, près de 3 millions d’étudiants de 33 pays (ceux de l’Union, les pays candidats, et ceux de l’AELE) l’ont utilisé.
Il garantit la validité dans le cursus des études faites à l’étranger et le maintien des droits sociaux acquis dans le pays d’origine. Les échanges durent en moyenne 6 mois pour les études et 4 mois pour les stages. L’Espagne est la première destination comme le premier pays d’origine des échanges, comme le montre si bien le cinéma avec «L’Auberge Espagnole» de Cédric Klapisch.
Erasmus concerne maintenant aussi les enseignants et s’intègre dans un programme d’échange à tous niveaux: Comenius pour les écoles, Erasmus pour les études supérieures, Leonardo da Vinci pour l’enseignement et la formation professionnelle, Grundtvig pour l’éducation des adultes.
Pour l’année scolaire 2012-2013, 270.000 étudiants doivent en bénéficier, grâce à un budget annuel de 450 millions d’euros. En France, l’Etat y a consacré 52 millions en 2012 et 31.000 étudiants français suivent ce programme. Même si la bourse moyenne est faible (200 euros pour les études et 358 euros pour les stages), le nombre d’étudiants, en particulier non-boursiers, progresse rapidement.
Ce programme est essentiel pour l’avenir. Il assure l’équivalence des diplômes, l’émulation des universités, la mobilité et l’intégration culturelle européenne au meilleur niveau, celui de la jeunesse.
Il est aujourd’hui menacé: il manque 90 millions pour boucler le budget 2012, en remboursement des prépaiements effectués par les Etats. Et si ce déficit n’est pas comblé, 15% des étudiants pourraient perdre leurs bourses, et des échanges seraient annulés à partir de la rentrée 2103.
Ne pas trouver les ressources nécessaires pour en assurer la pérennité et le développement serait une folie, à un moment où il faudrait au contraire l’étendre aux étudiants en alternance, qui ont plus de difficulté que les autres à financer par eux-mêmes un séjour à l’étranger.
Ce risque sur Erasmus s’inscrit dans un débat plus large sur le budget de l’Union. Pour 2013, la Commission a proposé un budget de 138 milliards d’euros, en hausse de 9 milliards (+6,8%) par rapport à 2012. Mais de nombreux pays, dont la France l’Allemagne, le Royaume Uni, la Suède, les Pays-Bas, refusent toute augmentation; certains veulent même réduire la hausse du budget à l’inflation, ou même le voir décroitre. Et, à l’intérieur de cette enveloppe, chacun a sa priorité: l’agriculture pour la France; l’aménagement du territoire pour l’Europe du Sud et de l’Est. Personne ne fait de la recherche, et encore moins des étudiants, les programmes prioritaires. Aussi, dans l’état actuel des discussions, Erasmus pourrait purement et simplement disparaitre du budget 2013.
Tout cela sera à l’ordre du jour du sommet extraordinaire de l’Union européenne du 22 et 23 novembre. Il faudra veiller à ce qu’une fois de plus on n’y sacrifie pas l’avenir.
Jacques Attali
Mis à jour le 20/11/2012 à 12h41















































Ce mal qui touche Erasmus n'est-ce pas un nouveau symptome du naufrage européen ? L'Europe n'est devenue qu'une coquille vide qui ne survit que par inertie historique. En tout cas de mon point de vue. Si rien n'est fait, qu'une tempête un peu violente la frappe et elle disparaîtra pour ne devenir qu'une ligne de plus dans les cours d'histoire. Compte tenu de ce qu'elle est devenue : est-ce si mal ?
A rapprocher du naufrage de l'agenda de Lisbonne (consacrer 3 % du PIB de l’UE aux dépenses de recherche et développement.)
Il y a certaines filières scientifiques pour lesquelles il y a plus de places pour partir en Erasmus que de postulants. Où est le mérite ?
Il y a certains déplacements du type étudiant de l'université de Liège qui part un an à l'université... de Lyon, qui mériteraient qu'on pense à l'utilité du déplacement.
Parler d'équivalence de diplôme à l'international est illusoire alors qu'il n'y a déjà pas d'équivalence réelle entre une université de renom (je ne parlerais même pas des grandes écoles) et une université basique.
Erasmus a surtout pour avantage de preparer les jeunes de l'europe du sud (France, Espagne, Italie etc...) de se preparer a l'expatriation vers le Nord (GB, PaysBas, Allemagne, etc..) quand ils auront finis leurs etudes et voudront trouver du travail
Erasmus = Orgasmus... un adage que beaucoup connaissent. Soyons honnête, Erasmus (pour une majorité des étudiants) c'est faire la fête quasi tous les soirs, 15 heures / semaine de cours grand max et un apprentissage de la langue du pays visité somme toute réduite. Ne parlons même pas des diplômes octroyés dont les recruteurs se fichent pertinemment. D'ailleurs que de meilleur pays que l'Espagne pour aller en Erasmus! Pourquoi pas l'Angleterre ou l'Allemagne dont les universités sont plus prestigieuses que leurs équivalentes espagnoles. L'Espagne c'est mieux pour faire la fête. Moi même vivant à Séville après être passé par Cambridge je vous le dit...ici en Espagne les étudiants Erasmus sont dans la rue tous les soirs! A Cambridge...je ne me souviens pas en avoir vu...et pourtant je travaillais en contact direct avec les étudiants. Cambridge meilleure université d'Europe, Séville: université en banqueroute...mais bon pour faire la fiesta c'est plus sympa! Par ailleurs, l'anglais étant la langue à s'approprier pour faire aussi bien du business que des sciences il parait logique d'aller davantage en Angleterre qu'en Andalousie. Bref, ce petit exposé afin de minimiser la portée de l'échange Erasmus. Cependant il est facheux de voir les budgets fondre de manière générale et de laisser sur le carreaux des étudiants motivés...
Vous connaissez très mal le programme pour en parler de cette manière. Je suis partie en Erasmus (en Espagne oui, mais dans une petite ville où finalement nous étions que 20 Erasmus, donc on était pas monnaie courante, pas de cadeau de la part des enseignants, même charge de travail que les étudiants espagnols, en collocation avec des espagnols, moi qui ne parlait pas cette langue à la fin de mon année je la parlais parfaitement)
Mais peut être que parler espagnol est inutile...Il n'y a pas que l'anglais dans la vie, la langue que vous choisissez de pratiquer dépend de votre projet professionnel. Et pour le business comme vous dites l'espagnol n'est pas parlé qu'en Espagne, elle est utile en Amérique Latine, et même aux Etats Unis où parler les deux langues est devenu nécessaire. (je parle de l'espagnol mais le polonais se défend aussi même si je pense que les étudiants allant en Pologne améliorent leur anglais plutôt qu'ils n'apprennent le polonais)
Pour finir vous dites que les étudiants devraient aller en masse dans les pays du Nord. Mais c'est déjà le cas, sauf que les places disponibles et les partenariats (qui change d'une université à l'autre) sont peu nombreux dans ces pays. On a l'impression que les étudiants "choisissent" en masse l'Espagne, mais c'est l'Espagne qui "accueille" en masse. Faites le calcul : 130 étudiants postulent dans 3 villes d'Angleterre où il y a 2places dans chacune d'elles(c'est pas théorique c'était ce scénario les 2 fois où j'ai assisté au sélection), 20 postulent dans 5 universités espagnols où il y a 4 places dans chacune d'elles => au final 20 iront en Espagne et 6 en Angleterre mais ça ne montre clairement pas l'engouement des étudiants pour ce pays.
Arrêter avec Erasmus ""c'est une vie de débauche", c'est une vie étudiante comme une autre. L'apport d'Erasmus n'est pas quantifiable : apprentissage d'une langue, nouvelle méthode de travail, sentiment européen, capacité d'adaptation, meilleure aptitude à l'expatriation etc
A l'aube d'une decennie difficile, ne serait il pas judicieux de selectionner un peu plus les beneficiaires des bourses Erasmus? Plus de 75% des universitaires actuels n'ont tout simplement pas les capacites requises que pour exercer une profession exigeant a la fois leadership, creativite, reactivite, adaptation rapide au changement etc, ce qu'on attend finalement d'un universitaire. Le but d'un sejour a l'etranger etant normalement de favoriser l'apprentissage d'une langue/culture differente mais, surtout, de favoriser l'emergence de ces capacites dans un environnement "hostile" car non familier. En selectionnant la creme de la creme des auditoires et en choisissant un peu mieux les lieux d'echange (Seville? Serieusement?) peut etre que cet argent servirait a autre chose qu'a developper les capacites bibitives de ces assoifes d'Erasmus?
Bien sur, il existe deja des bourses d'excellences (Fulbright, Rhodes, etc), mais si peu mediatisees... . Face a la montee de l'elitisme asiatique, indien et l'elitisme anglo-saxon qui domine actuellement tous les classements academiques, il serait peut etre temps de prendre des mesures qui s'imposent...
Mes deux enfants ont suivi des programmes Erasmus. Tous les deux ont trouve immediatement du travail (a Stockholm et a Londres) a la fin de leurs etudes. L'une (ingenieur) parle 4 langues couramment et ses progres en Suedois sont encourageants (5eme langue), l'autre (Business, Maths, Eco) parle 3 langues. On ne peut qu'encourager Erasmus pour le futur de l'Europe.
Au delà de son utilité première, aujourd'hui, Erasmus est l'unique programme visant à rapprocher les peuples composant l'Union Européenne.
Ce ne sont pas la PAC ni le FEDER qui contribuent à faire se rencontrer des individus issus des nombreux pays composant l'Union Européenne.
A mon avis, sans ce programme, l'Union Européenne n'aura plus aucun moyen de fabriquer des "citoyens européens".
Car il s'agit bien de cela. Qui aujourd'hui, se sent "européen" ? Vous sentez-vous appartenir à un ensemble supra-national ? Qu'est-ce qui vous relie à un(e) irlandais, un(e) suédois(e), une(e) portugais(e), un(e) chypriote, un(e) roumain(e) ou une(e) tchèque ? Vous en croisez beaucoup au quotidien ? Vous échangez avec eux ?
Pour la plupart d'entre nous, non. Pour les étudiants Erasmus, oui.
En mettant en relation des citoyens issus de tous les pays de l'Union, et en les considèrant comme une même catégorie, sans distinction d'origine, qu'est l'Erasmus, ce programme est le seul contributeur à une identité européenne.
Et une fois l'année Erasmus terminée, il maintient des liens entre les citoyens de l'Union, les rencontres qu'ils ont pu effectuer, et surtout, le pays d'accueil.
Le programme d'Erasmus concerne avant tout la jeunesse, et bien qu'on commence à en voir les bienfaits au sein de l'Union, il est encore jeune, mais attendez encore une dizaine d'années (voire plus en France), et vous commencerez à voir nos élites passées par ce programme, devenir plus euro-conscientes et moins "nationalistes".
Le paroxysme d'un problème politique c'est le moment où les solutions envisagées par les différent(e)s parti(e)s deviennent paradoxales. C'est alors le moment le plus dramatique car il faut trancher et choisir une voie d'issue.
L'objectif premier du programme Erasmus est la promotion de la performance linguistique des jeunes en leur donnant la possibilité de vivre une immersion linguistique dans un pays étranger. En lançant ce programme d'apparence généreux, les responsables de l'UE avaient-ils la conscience qu'ils créaient plus un problème que d'apporter une solution ?
Car il y a un problème linguistique en Europe. Actuellement il y a 23 langues officielles dans une UE de 27 pays. Cela pourrait être pire dans l'avenir si l'UE continue à s'étendre. Cette situation est-elle gérable de façon efficace ? Non. Quel est le coût des problèmes linguistiques ? Énorme.
En théorie, l'UE a choisi trois langues majoritaire pour la gestion des grands sujets communautaires: français au début, puis se sont ajoutés l'anglais et plus tard l'allemand. Au lieu de s'en tenir à cette bonne décision et d'encourager son application, l'UE encourage aussi l'autonomie des régions qu'elle finance et n'essaie pas de limiter les multiplications des langues minoritaires ou même les dialectes locaux. Cela s'appelle la démocratie dont le résultat est la résurgence de partis nationalistes un peu partout. Si les nationalistes catalans l'emportent ce week-end, adieu à une Europe forte , première puissance économique, qui pourrait faire face aux autres grandes puissances. Après suivront l'Ecosse, la Flandre, l'Italie du Nord, etc. Je sais cela peut choquer les régionalistes, mais il faut savoir ce qu'on veut. Les États-Unis n'ont pas un programme Erasmus pour faire voyager leurs jeunes entre les 50 états et ils déposent dix fois plus de brevets grâce à leur langue unique devenue universelle.
Voici le genre de misères dans lesquelles vivent les habitants francophones de la périphérie bruxelloise:
http://archives.lesoir.be/l-humeur-flamandisation-le-fil-conducteur_t-20121123-026ENA.html?query=michelle+lamersch&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=michelle+lamersch&pos=0&all=7031&nav=1
Le paroxysme d’un problème politique c’est le moment où les solutions envisagées par les différent(e)s parti(e)s deviennent paradoxales. C’est alors le moment le plus dramatique car il faut trancher et choisir une voie d’issue.
L’objectif premier du programme Erasmus est la promotion de la performance linguistique des jeunes en leur donnant la possibilité de vivre une immersion linguistique dans un pays étranger. En lançant ce programme d’apparence généreux, les responsables de l’UE avaient-ils la conscience qu’ils créaient plus un problème que d’apporter une solution ?
Car il y a un problème linguistique en Europe. Actuellement il y a 23 langues officielles dans une UE de 27 pays. Cela pourrait être pire dans l’avenir si l’UE continue à s’étendre. Cette situation est-elle gérable de façon efficace ? Non. Quel est le coût des problèmes linguistiques ? Énorme.
En théorie, l’UE a choisi trois langues majoritaire pour la gestion des grands sujets communautaires: français au début, puis se sont ajoutés l’anglais et plus tard l’allemand. Au lieu de s’en tenir à cette bonne décision et d’encourager son application, l’UE encourage aussi l’autonomie des régions qu’elle finance et n’essaie pas de limiter les multiplications des langues minoritaires ou même les dialectes locaux. Cela s’appelle la démocratie dont le résultat est la résurgence de partis nationalistes un peu partout. Si les nationalistes catalans l’emportent ce week-end, adieu à une Europe forte , première puissance économique, qui pourrait faire face aux autres grandes puissances. Après suivront l’Ecosse, la Flandre, l’Italie du Nord, etc. Je sais cela peut choquer les régionalistes (dont Herman Van Rompuy et son frère Erik sont les plus ardents architectes parmi d'autres membres du CD&V tel que Wilfrid Martens président du PPE, mais il faut savoir ce qu’on veut. Les États-Unis n’ont pas un programme Erasmus pour faire voyager leurs jeunes entre les 50 états et ils déposent dix fois plus de brevets grâce à leur langue unique devenue universelle.