Economie

Les Etats-Unis vont-ils rejoindre l’Opep?

Brian Palmer

Les Etats-Unis seront exportateurs nets de pétrole dans vingt ans, comme l’Iran, l’Irak, le Venezuela et les autres pays de l’Opep. Ce n'est pas pour autant qu'ils rejoindront l'organisation...

Au Nouveau-Mexique, en mars 2012.  REUTERS/Jason Reed

Au Nouveau-Mexique, en mars 2012. REUTERS/Jason Reed

Les États-Unis vont devenir le plus gros producteur de pétrole du monde d'ici 2020 et exportateurs nets d'ici 2030, selon des prévisions publiées lundi 12 novembre par l’Agence internationale de l’énergie. Les États-Unis vont-ils pouvoir rejoindre l’OPEP dans 20 ans?

Probablement pas. Les pays cherchant à adhérer à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole doivent afficher «de substantielles exportations nettes de pétrole brut» et «des intérêts foncièrement similaires» à ceux des membres actuels. Les États-Unis ne rempliront pas la seconde condition. Même s’il devient le plus gros producteur de pétrole du monde, le pays en restera l’un des plus gros consommateurs et ne verra pas autant d’intérêt à faire grimper le cours du baril de brut que des pays comme le Qatar.

Obstacle politique

La demande d’adhésion des États-Unis se heurterait aussi à un obstacle politique non négligeable. Les candidats doivent obtenir l’aval des trois quarts des membres actuels et de tous les États fondateurs, qui comprennent le Venezuela et l’Iran. Nul ne peut prévoir quelles seront les conditions politiques de ces pays dans vingt ans, mais aucun gouvernement à la Chavez ou à la Ahmedinejad n’acceptera une alliance avec les États-Unis. Un vote pour l’adhésion des États-Unis recèlerait un gros potentiel de malaise diplomatique, car même l’Arabie Saoudite et l’Irak pourraient s’opposer à l’accession américaine à l’Opep.

Les États-Unis auraient de toute façon beaucoup de mal à se soumettre aux règles de l’Opep. Le cartel influence les cours du pétrole en décidant du volume de brut que produisent ses États membres pour une année donnée. Pour des pays comme l’Arabie Saoudite, dont la compagnie pétrolière est la propriété de l'État, le gouvernement n’éprouve aucune difficulté à faire respecter les quotas de production. Mais cela fait des décennies que les États-Unis ne disposent plus de mécanisme légal de contrôle de la production nationale de pétrole.

En outre, il ne serait pas dans l’intérêt des États-Unis de rejoindre l’OPEP. Quand l’OPEP réduit la production, ce sont les cours mondiaux du pétrole qui sont touchés, pas seulement ceux du pétrole de ses membres (qui produisent actuellement 40% du brut mondial). Cela signifie qu’un pays peut tout à fait bénéficier des actions du cartel de l’OPEP sans se soumettre à ses limites de production.

Une seule adhésion en 40 ans

Le Mexique, par exemple, profite des prix gonflés de l’OPEP tout en continuant de se présenter aux États-Unis comme un producteur indépendant et fiable. La Russie, autre grand absent de l’OPEP, se sert de ses vastes ressources énergétiques et de son total contrôle de sa production comme d’un levier dans ses relations diplomatiques avec les pays européens. Quand la Chine deviendra le plus grand consommateur mondial de pétrole, les États-Unis chercheront peut-être à utiliser leurs réserves pétrolières de la même façon.

À ce stade, la question n’est pas tant de savoir si le cartel accepterait un nouveau membre mais ce qui pourrait pousser un pays à le rejoindre. Adhérer signifie céder la maîtrise de sa production énergétique, et l’on peut difficilement imaginer qu’un gros producteur veuille y souscrire dans un avenir proche. Un seul nouveau pays a rejoint les rangs de l’OPEP au cours des 40 dernières années, l’Angola, en 2007.

L’Angola a probablement demandé à y adhérer pour consolider ses liens avec les membres les plus riches et montrer une plus grande indépendance vis-à-vis des États-Unis, son plus grand acheteur de pétrole. Notons que l’Opec a accepté de ne pas imposer de quota à l’Angola pendant les premières années de son adhésion. L’organisation a même diminué récemment, puisque le Gabon a quitté ses rangs en 1995 et l’Indonésie en 2009.

Brian Palmer

Traduit par Bérengère Viennot

L’Explication remercie Nathan Citino de la Colorado State University, auteur de From Arab Nationalism to Opec: Eisenhower, King Sa'ud, and the Making of U.S.-Saudi Relations, Charles Doran de la Johns Hopkins School of Advanced International Studies et Benjamin Zycher de l’American Enterprise Institute.

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