Présidence de l'UMP: Copé vainqueur sur le fond, perdant sur la forme

Jean-François Copé proclame sa victoire pour la présidence de l'UMP, le 18 novembre 2012 au soir. REUTERS/Benoît Tessier.

Jean-François Copé proclame sa victoire pour la présidence de l'UMP, le 18 novembre 2012 au soir. REUTERS/Benoît Tessier.

Si les résultats très serrés de dimanche soir reflètent la réalité de la droite militante et décomplexée dont il se réclame, il a, en se proclamant vainqueur dans un pronunciamento à la sud-américaine, commis une erreur politique grave.

La démocratie, cela s’apprend, c’est une école. Là, visiblement, l’UMP n’est qu’en maternelle… et encore, dans la cours de récréation. Le fait que les résultats soient serrés à ce point montre pourtant que la campagne était vivante et réelle.

Cela aurait d’ailleurs pu être l’argument suprême de la maturité d’un mouvement politique issu d’une tradition bonapartiste, qui a su se départir de ses habitudes d’autoritarisme interne. Les contestations, les tricheries ici ou là, auraient pu apparaître comme des péchés véniels, à mettre sur le compte du zèle et de la passion militante.

Mais ce qui vient tout gâcher, et qui fait que cette nuit ridicule ne sera pas qu’un aléa classique des soirées électorales incertaines, c’est bien la déclaration de victoire, en bonne et due forme, de Jean-François Copé. Le secrétaire général de l’UMP prend la couronne de président et se la pose tout seul sur la tête.

Une sorte de pronunciamiento, alors même que la commission (la désormais célèbre Cocoe, avec son joli nom d’oiseau exotique) chargée de proclamer les résultats se dit incapable, pour l’instant, de désigner le gagnant. Le député-maire de Meaux a fait là —allant jusqu'à prononcer les mots de la magnanimité convenue envers le perdant à qui il faut tendre la main— une erreur qui aura des conséquences certainement plus importantes, que celles, normales et passagères, inhérentes à une simple très courte victoire.

Une vraie victoire politique pour lui

Sans cette attitude de colonel sud-américain des années 60, Jean-François Copé aurait pu, en attendant les résultats définitifs, souligner ce qui est une victoire politique pour lui. Parce que contrairement à ce que l’on avait pu croire… il y a eu, avec François Fillon, de vraies différences de ligne politique.

Ce n’était pas qu’un choix de personne. La droite dite décomplexée, préférant mettre des mots sur les questions identitaires qu’elle considère être au cœur des préoccupations de son électorat, sort victorieuse de ce scrutin.

Il y avait aussi, hier soir, un vote sur différentes motions. Les résultats ne sont, là non plus, toujours pas très clairs mais il apparaît tout de même que le texte de Guillaume Peltier, intitulé La Droite Forte, soit arrivé en tête. C’est un texte directement inspiré de Patrick Buisson, le chantre de la reconquête de l’électorat populaire via un discours identitaire.

Décalage avec le sentiment général de l'électeur de droite

On peut donc déjà définir, à travers le brouillard des polémiques et tricheries, ce qu’est la couleur politique de l’UMP. Le constat, rassurant pour Jean-François Copé, va à l’encontre des enquêtes d’opinion sur ce que pensent les sympathisants de l’UMP.

Ce n’est pas, contrairement à ce que claironnent les partisans du maire de Meaux, que les sondages soient faux, c’est qu'ils portent sur l’ensemble des électeurs de l’UMP et non pas sur les 200.000 militants encartés avant le scrutin. Il y a donc un décalage entre le cœur des militants UMP et le sentiment général de l’électeur de droite, entre la moitié des 150.000 personnes qui ont voté hier pour Copé et les quelques 15 millions d’électeurs potentiels de l’UMP.

Mais si l’on combine les deux événements politiques qui impliquaient la droite ce WE, l’élection de dimanche et le succès de la manifestation de samedi contre le mariage homosexuel, la droite militante et décomplexée est désormais, comme le prétend Jean-François Copé, une réalité politique en France.

Thomas Legrand