Monde

La colère modérée des Chinois contre Delanoë

Richard Arzt, mis à jour le 15.06.2009 à 12 h 59

Pékin aurait préféré que Bertrand Delanoë ne remette pas en personne au dalaï-lama le titre de citoyen d'honneur de la Ville de Paris. Un diplomate chinois est allé jusqu'à suggérer à un conseiller du maire que la cérémonie soit présidée par un fonctionnaire municipal. Un autre a demandé s'il était indispensable que la distinction soit remise en main propre au dalaï-lama. Pourquoi pas par voie postale ?

Comme ces «conseils» n'ont évidemment pas été suivis, la colère officielle chinoise s'est déclenchée dès le lendemain du geste du Maire de Paris. Le Ministère des Affaires étrangères exprimant le «fort mécontentement» de la Chine devant «cet acte qui suscite la vive indignation des Chinois».

Pékin présente le Prix Nobel de la Paix comme un «dangereux séparatiste» et proteste dès qu'un responsable politique le rencontre où que ce soit dans le monde. Mais avec des nuances. La relation sino-danoise est au plus bas depuis l'entretien du Premier ministre Rasmussen et du leader spirituel tibétain, le 29 mai à Copenhague. Le 5 juin, les Pays-Bas ont droit à plus d'indulgence : le chef du gouvernement a laissé au Parlement le soin de voir le dalaï-lama.

La situation avec Paris était à priori différente pour cause de réconciliation récente. Décembre 2008 : en marge d'une réunion européenne à Gdansk, Nicolas Sarkozy rencontre le dalaï-lama. En représailles, la diplomatie chinoise ignore la France pendant quatre mois. Dans la presse et sur le Net chinois, des commentaires dénoncent l'injure faite à la Chine par le Président français. Mais à l'approche du G 20 de Londres, une question se pose à la direction chinoise : le Président Hu Jintao peut-il représenter dignement la puissance chinoise lors de ce sommet international et en même temps gérer ostensiblement une mésentente avec Nicolas Sarkozy ?

Aux plus hauts niveaux du pouvoir chinois, le retour à une relation normale avec la France est approuvé. Le communiqué franco-chinois du 1er avril est mis au point sans difficultés. La France «récuse tout soutien à l'indépendance du Tibet». Or ce n'est pas une revendication du dalaï-lama. Et le nom de ce dernier n'est même pas mentionné dans le texte.

Deux mois plus tard, Paris vaut-il une nouvelle fâcherie ? Quelques blogs proclament qu'il est «décidément impossible de faire confiance aux Français». Mais manifestement, dans l'opacité du bureau politique du Parti communiste chinois, il serait démesuré de mettre Hu Jintao en difficulté sur ce sujet. De son côté, l'ambassade de France en Chine martèle à chaque rendez-vous avec un dignitaire du régime : «la remise du titre de citoyen d'honneur au dalaï-lama sera un problème, si vous en faites un problème».

En avril 2008, quinze jours après le passage mouvementé de la flamme olympique, le vote par le Conseil de Paris de cette citoyenneté d'honneur au dalaï-lama avait provoqué en Chine des réactions virulentes. Ce n'est pas le cas cette année après la remise du titre. Le 8 juin, le «Huanqiu Shibao» explique dans sa version anglaise «Global Times» qu'en France les actes des collectivités locales sont indépendants du pouvoir central. Certains internautes estiment que le socialiste Bertrand Delanoë a probablement cherché à gêner Nicolas Sarkozy ! En 48 heures, Sina.com, le plus important portail chinois, dénombre 9000 commentaires sur la réception du dalaï-lama à la Mairie de Paris. A l'échelle de la Chine ce n'est rien.

La discrétion de la cérémonie a évité de mettre le feu aux poudres. Il y avait peu de risques qu'elle fasse la une des médias en se déroulant en petit comité, à 17 heure un dimanche d'élection, pendant la finale du tournoi de Roland Garros et tandis que la famille Obama était en France. Certains journaux chinois en tirent la conclusion que la visite en France du dalaï-lama a eu peu d'échos. Mais pas question d'oublier si facilement l'événement. Le 9 juin, Qin Gang, l'un des portes paroles du Ministère des affaires étrangères, demande —sans préciser— au Maire de Paris de «corriger sans tarder sa faute». Il ajoute que la remise du titre au dalaï-lama a porté «une sérieuse atteinte à la coopération entre Paris et les villes chinoises».

Ce qui peut signifier un refroidissement limité aux coopérations techniques ou culturelles qui existent entre les villes de Paris et Pékin. 95 % des lecteurs de «Global Times»  se prononcent pour un gel de ces relations. En novembre prochain se tient à Canton le Congrès de l'Organisation mondiales des maires. Bertrand Delanoë a bien l'intention d'y aller et, selon son entourage, il n'apprécierait pas d'y être mal accueilli.

Richard Arzt

crédit: reuters /Jacky Naegelen; juin 2009: le Dalaï-Lama recevant sa citoyenneté d'honneur à Paris.

Richard Arzt
Richard Arzt (50 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte