Qui sont les adhérents de l’UMP? (Et pourquoi les inconnues sont nombreuses)

Ils votaient ce dimanche 18 novembre pour élire la nouvelle équipe dirigeante du parti d’opposition. Mais qui sont-ils? En fait, on ne sait pas vraiment…

Des militants lors du dernier meeting du Jean-François Copé au Cannet, le 13 novembre 2012. REUTERS/Eric Gaillard

- Des militants lors du dernier meeting du Jean-François Copé au Cannet, le 13 novembre 2012. REUTERS/Eric Gaillard -

Le scrutin pour la présidence de l'UMP sombrait dans la confusion, dimanche 18 novembre vers minuit, les deux candidats Jean-François Copé et François Fillon annonçant leur victoire. Dans cet article publié avant le scrutin, nous nous intéressions au profil sociologique des militants du parti.

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Un retraité niçois retranché dans sa villa, un militant pied-noir des Bouches-du-Rhône, un patron de PME en région parisienne, un étudiant d’HEC ou une Versaillaise à serre-tête… Au-delà des stéréotypes de la droite, le profil social de l’adhérent UMP reste mystérieux.

Or, c’est lui qui va départager Jean-François Copé, actuel secrétaire général du parti, et François Fillon, ancien Premier ministre, qui s’affrontent pour prendre la tête de l’opposition et, bien sûr, gagner du terrain en vue de la présidentielle de 2017 (oui, en politique, on pense à long terme).

«Ce qu’on sait, c’est qu’on ne sait pas grand-chose», admet volontiers Florence Haegel, chercheuse au Centre d’études européennes de Sciences Po, spécialiste de la droite en France et auteur de Les droites en fusion.Transformations de l'UMP.

Là où la gauche ou le FN peuvent compter sur l’intérêt des observateurs pour scruter les faits et gestes de leur vie militante, l’engagement politique version UMP reste le mal-aimé de la recherche française.

En interne, même absence de données. «S’ils dépensent de l’argent, les partis le font pour connaître les électeurs, pas leurs adhérents», résume Florence Haegel. Volonté de gonfler les chiffres et mauvaise gestion se cumulent pour aboutir à ce manque de transparence: «Il est assez rare qu'un parti soit géré efficacement en France, explique Thomas Guénolé, politologue et maître de conférence à Sciences Po. On est donc dans le flou sur le profil des adhérents.»

Qui vote?

Pour le congrès du 18 novembre, le corps électoral sera composé de ceux qui ont adhéré avant le 30 juin 2012, sachant que ceux qui ne sont pas à jour de cotisation ont «jusqu’au jour du vote» pour ce faire.

N’essayez donc pas d’appeler la permanence du parti ce week-end ou de remplir votre formulaire d’adhésion sur Internet si une envie pressante vous prend de départager François Fillon et Jean-François Copé.

Combien sont-ils?

Question compliquée. En politique, on adhère à la maxime économique selon laquelle «il n’y a ni richesse ni force que d’hommes»… Et le volume des troupes reste un secret bien gardé.

L’UMP a annoncé que 264.000 adhérents étaient à jour de cotisation au 30 juin 2012. Le 25 octobre dernier, le secrétaire général du parti Jean-François Copé a lui avancé le chiffre de 300.257 adhérents à jour de cotisation (incluant ceux qui ont adhéré entre juin et octobre, qui ne pourront pas voter, et les anciens adhérents qui ont déjà régularisé leur cotisation, qui le pourront), et a revendiqué le titre de le premier parti de France.

Entre 2004 et 2007, l’UMP avait enregistré une forte progression de ses adhésions au niveau national. L’effet Sarkozy, avec l’élection de ce dernier à la présidence lors du congrès de novembre 2004: le parti avait même revendiqué jusqu’à plus de 370.000 adhérents après la présidentielle de 2007.

Alors, qui est le plus gros parti de France? L’UMP si on se fie aux chiffres annoncés, le PS tournant autour de 200.000 adhérents. D'autant que le PS, souvent qualifié de parti d’élus, compte de très nombreux adhérents disposant d’un mandat électif, étant de fait des adhérents «semi-professionnels de la politique». Ces derniers ne sont que 20% à l’UMP, selon Florence Haegel.

On peut comparer les chiffres de l’UMP à ceux du PS lors de leurs derniers congrès respectifs pour juger du niveau de participation militante:

  • 131.860 adhérents du PS ont voté au congrès de Reims en 2008, qui a vu Martine Aubry l’emporter d’une courte majorité sur Ségolène Royal, sur fond d’accusations de tricherie dans les deux sens. Les inscrits étaient 232.912, ce qui situe la participation à 56,6%.
  • 87.898 des 173.486 adhérents PS ont voté au dernier congrès, à Toulouse en octobre dernier, soit 56,6% de participation à nouveau.
  • A l’UMP, 70.830 adhérents ont voté en 2004, élisant Nicolas Sarkozy à plus de 85%. Ils étaient 132.922 adhérents inscrits, soit 53,3% de participation.

Court avantage au PS, donc, en tout cas sur la participation.

Ces adhérents de partis ne sont donc pas tous actifs, loin de là. C’est un élément qui peut tout fausser, prévient Thomas Guénolé:

«Il ne faut pas confondre sympathisants (sur lesquels les sondages se basent) et adhérents, adhérents à jour de cotisation et adhérents fantôme. Tout le monde ne participe pas au vote, et la base active est composée des sexagénaires».

L’Union pour un mouvement populaire est-elle «populaire»?

En novembre 2004, Florence Haegel a mené une enquête auprès des adhérents du congrès. C’est à ce jour la seule étude dont on dispose sur la structure sociale de ces inconnus. Pas de scoop cependant, note-t-elle:

«Même s’il y a une féminisation, ce sont plutôt des hommes. Et même s’il y a un rajeunissement, ce sont plutôt des hommes âgés.»

Les Jeunes Populaires et leur fougue militante, volontiers mis en avant par le parti, ne sont donc que la jeune minorité qui masque la forêt des personnes âgées. Ce qui reflète la sociologie de l’électorat: selon les données d'un cumul d'enquêtes réalisées par CSA de juillet à septembre 2012 portant sur 8.017 Français, concernant leurs préférences partisanes, les sympathisants de l’UMP étaient à 28% des plus de 65 ans, alors qu’ils représentaient 21% de l’échantillon.

Les plus de 60 ans sont par ailleurs la seul tranche d'âge dans laquelle Nicolas Sarkozy a conservé une majorité de voix au second tour de l'élection présidentielle: 59% l'ont préféré à François Hollande, selon le sondage Ipsos/Logica Business Consulting réalisé le jour du vote sur un large échantillon.

Cela dit, Thomas Guénolé note une présence plus manifeste dans les meetings de jeunes, venus dans le sillage du sarkozysme. «Un profil très Auteuil-Neuilly-Passy», qui n'était pas vraiment présent auparavant.

Deux caractéristiques les différencient du PS, poursuit Florence Haegel. «Ils sont plus souvent du secteur privé, et plus souvent liés à la culture catholique». Si leur niveau d’études est élevé, cette réalité ne permet pas de les opposer au PS: il y a peu d’ouvriers dans les partis en général. Le PS peut compter sur les salariés du secteur public, là où l’UMP dispose d’une bonne représentation des employés du privé.

Où vivent-ils?

Les chiffres des adhérents par fédération? «Pas du tout fiable», selon Thomas Guénolé. On sait néanmoins qu'il existe en France deux gros viviers de militants UMP: l’Ile-de-France et le Sud-Est. Si on en croit les chiffres recueillis récemment par Le Monde, après Paris, première fédération avec 22.000 adhérents, les Hauts de Seine (14.000) et les Yvelines (9.000) constituent les deux gros bastions du parti en région Ile-de-France.

L’autre concentration militante se partage, au Sud-Est, entre les Alpes-Maritimes, troisième fédération de France avec plus de 12.000 adhérents, et les Bouches-du-Rhône, avec un peu plus de 10.000.

Localement, on observe des traditions différentes dans le parti. Une empreinte forte du catholicisme dans l’Ouest d'où vient François Fillon et le Nord, une droite francilienne libérale dans la banlieue Ouest des quartiers aisés. Dans le Midi, une sensibilité plus forte à l’immigration et des rapprochements possibles avec le FN, où l'UMP est représentée par des élus de la droite populaire (Thierry Mariani, Lionnel Luca).

Il s'agit d'une droite sécuritaire, comme l'appelle Thomas Guénolé, qu'on retrouve aussi à l'est de Paris, comme chez Jean-François Copé en Seine-et-Marne ou en Seine-Saint-Denis avec le maire du Raincy Eric Raoult.

Pour qui voteront-ils?

On peut bien sûr se baser sur des sondages de sympathisants, qui attribuent l’avantage à l’ancien Premier ministre à 67% contre 32%, selon le dernier sondage publié le 16 novembre, à deux jours du scrutin interne. Mais les militants qui adhèrent au parti, et notamment la base active qui participe effectivement à sa vie politique, sont jugés plus à droite que les sympathisants.

On peut aussi attribuer à chaque candidat des fédérations en fonction de la sensibilité de l’équipe dirigeante locale, des parlementaires et des élus locaux (Fillon a des soutiens de poids dans les Alpes-Maritimes avec Chistian Estrosi et Eric Ciotti, à Paris où il est député, dans les Yvelines de Valérie Précresse. Copé peut compter sur les Bouches-du-Rhône, la Seine-et-Marne et le Nord).

Sauf que les militants ne votent pas forcément au canon: «Il y a des phénomènes d’allégeance au leader local, des adhérents qui votent comme le parlementaire local le leur disent… Mais ça n’est pas si simple, il y a déjà eu des surprises», prévient Florence Haegel, qui se refuse à tout pronostic. «On ne sait rien, confirme Thomas Guénolé, et quinconque vous dit qu'on sait quelque chose est un menteur!»

Le degré de militantisme investi dans cette élection interne jouera beaucoup: «Copé a joué sur l’image de résistance militante, et Fillon a pris de la hauteur», note Florence Haegel. Les médias ont joué un rôle majeur en couvrant la campagne, ce qui a poussé les candidats à se positionner sur des lignes différentes afin de se démarquer, là où de simples jeux d'appareils auraient suffit à les départager si le congrès était resté boudé par les journalistes.

Reste que la vraie élection aura peut-être lieu en 2016, lors des premières primaires ouvertes de l’UMP. Et si on se fie aux sondages, ce n’est ni Copé ni Fillon qui fait le plus vibrer les militants, mais toujours... vous savez qui.

Jean-Laurent Cassely

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L'AUTEUR
Jean-Laurent Cassely est journaliste et auteur. Il a publié récemment un bêtisier des mœurs parisiennes, «Paris, Mode d'emploi». Le suivre sur Google+. Ses articles
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Publié le 17/11/2012
Mis à jour le 19/11/2012 à 0h21
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