Réconcilier l'Europe avec ses citoyens est impératif, par Jean-François Copé

Jean-François Copé, mis à jour le 13.06.2009 à 17 h 52

Au lendemain des élections européennes, la parenthèse ne se referme pas. Il faut continuer à parler d'Europe! Le prochain Conseil européen nous montrera dans moins d'une semaine si nos chefs d'Etat ont été à l'écoute des urnes. Je voudrais dégager trois leçons du scrutin qui me semblent importantes pour préparer l'avenir.

Premier enseignement : reconnaître les clés du succès de la majorité.

On se remet toujours en question suite à un échec, mais il faut aussi savoir tirer les enseignements d'une réussite. J'avais fixé comme objectif de dépasser les 25% des voix pour les listes de la majorité, et il a été largement dépassé: 28% des voix et 29 eurodéputés contre 17 auparavant. Ce succès est le fait d'une majorité unie et rassemblée derrière le Président de la République, d'une campagne bien conduite et d'un discours clair sur l'Europe que nous voulons, une Europe volontariste face aux crises économique et environnementale.  

Deuxième enseignement: comprendre les raisons de l'échec des oppositions.


Le discours du PS n'intéresse plus les Français, car il tourne à vide et ne correspond plus à la réalité. N'est-il pas temps de sortir du procès d'intention et des caricatures grossières? Les Français ne peuvent pas croire les menaces sur «le tour de vis social» alors que plus de 3 millions d'entre eux vont bénéficier du RSA que nous venons de mettre en place. Ils ne peuvent pas accorder de crédit aux critiques du PS sur «l'horrible droite capitaliste» quand ils voient tous nos efforts pour faire avancer la régulation financière internationale. Ils ne veulent pas non plus faire confiance à la gauche qui parle de «casse systématique des services publics» quand ils constatent que nos réformes visent à moderniser notre modèle social pour le pérenniser.

Quant à l'anti-sarkozysme, il marche en librairie mais pas dans les urnes. François Bayrou en a fait les frais. Pour les représenter à Paris comme à Bruxelles, nos concitoyens veulent de vrais parlementaires, pas des pamphlétaires ! A l'invective, ils préfèrent l'initiative.

Troisième enseignement : entendre le message des abstentionnistes.

Lors d'une précédente chronique, je mettais en garde contre la force d'inertie de l'abstention. La tendance est lourde: en juin 2008, le «non» triomphait en Irlande. Une fois de plus, après les Français et les Néerlandais, un peuple européen consulté par referendum exprimait sa défiance par rapport à l'Europe. Un an après, plus d'un électeur européen sur deux a boudé l'élection pour désigner ses représentants au Parlement de l'Union. 60% d'abstention en France ! et le taux est encore plus élevé chez les jeunes. Autant dire que la défiance à l'égard des institutions européennes est bien là: massive et préoccupante. On ne peut faire abstraction de cette donnée si l'on veut regarder l'avenir lucidement.

Ce message de l'abstention doit être à l'ordre du jour des 18 et 19 juin prochains. Toutes les décisions des Chefs d'Etat devront passer au filtre de cette question: «est-ce que, oui ou non, les choix que nous posons contribuent à réduire le décalage abyssal entre l'Europe qui se construit et l'attente des citoyens ? »

La réconciliation de l'Europe avec ses citoyens est un impératif: chaque point à l'ordre du jour de ce Conseil est une occasion d'y contribuer.

-    Sur la question institutionnelle, la relance du Traité de Lisbonne doit répondre aux citoyens qui veulent une Europe plus réactive et plus agile. Quitte à passer par des projets mobilisant d'abord une avant-garde de pays volontaires. C'est la seule méthode qui permettra à l'Europe de renouer avec l'audace !

-    Face à la crise, le Conseil doit poser les bases d'une meilleure coordination des politiques économiques européennes. Si on laisse les divergences se creuser entre nos Etats endettés, on va dans le mur ! De même, l'Europe ne doit pas «lâcher le morceau» sur la régulation financière internationale. Les opinions publiques ne nous pardonneraient pas un retour au «business as usual».

-    Sur la question environnementale, le Conseil doit montrer l'exemple pour permettre à l'Europe d'être crédible à la conférence de Copenhague, fin 2009. La percée des Verts au scrutin de dimanche dernier nous rappelle qu'il faut encore persévérer. Après la Charte de l'environnement inscrite dans le préambule de la Constitution en 2005 et le Grenelle de l'Environnement qui est en passe d'être adopté à l'Assemblée, la majorité montre qu'elle a pris conscience des enjeux et propose des réponses extrêmement ambitieuses pour faire de la France une terre de croissance verte.

-    Sur la composition de la Commission européenne, il ne faut pas renouveler les erreurs du passé. Nos commissaires européens doivent avoir un vrai sens de leurs responsabilités politiques devant les Chefs d'Etat, le Parlement et les citoyens d'Europe. On ne peut plus se permettre d'avoir des commissaires européens qui soient des technocrates ou des idéologues évoluant dans leur bulle à Bruxelles. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire sur Slate, je plaide résolument pour une coproduction européenne avec les parlements nationaux, pour les directives importantes. Cela évitera de nouveaux pataquès, à l'image de la récente controverse sur le vin rosé...

Plus que jamais, les citoyens des 27 pays de l'Union ont besoin d'Europe. Pour qu'ils arrêtent de s'en défier, c'est à elle de faire ses preuves. En sortant de la contrainte et de la paralysie pour proposer des réponses concrètes à leurs préoccupations. Oui à une Europe des solutions au service des Européens!

Jean-François Copé

Crédit photo: A l'Elysée pour discuter de la crise économique et financière  Reuters

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