Grand Prix des Etats-Unis: le rêve américain de la F1

Le pilote allemand Timo Glock  sur le Circuit of the Americasà  Austin, le 16 novembre, où se court le GP des Etats-Unis, dimanche. REUTERS/Adrees Latif

Le pilote allemand Timo Glock sur le Circuit of the Americasà Austin, le 16 novembre, où se court le GP des Etats-Unis, dimanche. REUTERS/Adrees Latif

Retour au programme d’un GP américain ce week-end à Austin, au Texas. Pour combien de temps?

Dans un pays où l’automobile est reine, la Formule 1 a toujours eu du mal à s’insérer dans le paysage sportif américain. Entre tout et rien, les Etats-Unis ont été de drôles de partenaires du circuit mondial. En 1982, ils accueillaient ainsi trois Grands Prix: celui de Detroit, celui de la cote Ouest à Long Beach et celui de Las Vegas sur le parking du Caesars Palace. Puis il y a eu des absences complètes du calendrier, de 1992 à 1999, par exemple, ou comme celle qui durait depuis 2007.

Nomade, quand il avait lieu, le Grand Prix des Etats-Unis s’est promené de Watkins Glen, dans l’état de New York, à Indianapolis en passant par Detroit, Dallas et Phoenix. Depuis 1959, la F1 a connu neuf lieux outre-Atlantique, la plupart du temps par le biais de circuits en ville qui ne donnèrent jamais satisfaction aux pilotes en termes de sensations. La voilà donc installée dans la capitale du Texas, Austin, en principe pour une durée de dix ans sachant qu’un deuxième Grand Prix devrait avoir lieu dans le New Jersey à partir de 2014.

Le dernier Grand Prix des Etats-Unis, organisé à Indianapolis en 2007, avait été un échec public sans appel, la moitié des sièges ayant seulement trouvé preneurs après des premières années pourtant prometteuses. «La Formule 1 n’a pas besoin des Etats-Unis, avait alors tempêté, bravache, Bernie Ecclestone, le grand manitou du championnat du monde. Que nous apporte l’Amérique? Rien. Aucun sponsor. Les audiences à la télévision n’ont jamais décollé. Elles sont plus importantes à Malte que sur tout le territoire américain. On ne récolte que des histoires, aux Etats-Unis. Vous dites “bonjour” à 12h05 au lieu de “bonsoir” et on vous colle un procès! Si les Américains veulent la F1, je discuterai volontiers avec eux, mais je ne suis pas prêt à financer un Grand Prix là-bas.»

Les constructeurs n’avaient pas le même sentiment à l’instar de Norbert Haug, alors en charge de Mercedes qui affirmait qu’au contraire «la F1 n’avait pas besoin d’un, mais de deux Grands Prix aux Etats-Unis» en raison du potentiel du marché.

Las! Le fiasco du Grand Prix des Etats-Unis, en 2005, lorsque les 14 voitures chaussées de pneus Michelin, étaient rentrées au stand au terme du tour de formation pour des raisons de sécurité, avait, en quelque sorte, définitivement scellé le sort de la course. Six voitures seulement s’étaient élancées dans une parodie de Grand Prix qui avait évidemment suscité la colère et le dégoût du public américain. L’Indianapolis Motor Speedway, l’antre du sport automobile aux Etats-Unis, n’avait pas porté plus chance à la F1 aux Etats-Unis.

En annonçant, en mai 2010, le retour du Grand Prix des Etats-Unis pour 2012, Bernie Ecclestone avait créé une certaine surprise. Le nom du lieu choisi, Austin, agglomération moyenne à l’échelle des Etats-Unis avec 1,5 million habitants, avait également suscité l’étonnement comme cette garantie de la construction d’un circuit spécialement dédié à la F1. Coût de l’investissement: 400 millions de dollars (soit le double de l’estimation originale).

Le gouverneur de l’état, Rick Perry, brièvement candidat à l’investiture républicaine, qui estime que «le Grand Prix pourrait changer le Texas pour toujours» et le milliardaire Red McCombs (85 ans), ancien propriétaire de l’équipe de basket des San Antonio Spurs, ont été parmi les initiateurs principaux de ce projet. La route a été très mouvementé en raison de relations compliquées avec Bernie Ecclestone, et elle demeure plongée dans le brouillard pour quelque temps.

Si 120.000 spectateurs sont attendus lors de cette première édition, il s’agira désormais de les faire revenir année après année, ce que la F1 a toujours échoué à réussir dans le passé sur le sol américain. «Est-ce que ça va marcher?, s’est interrogé Sebastian Vettel, actuel leader du championnat du monde. Le marché est immense, mais est-ce ça intéresse les Américains? Je ne sais pas

Pour les promoteurs, qui ont fait venir le groupe Aerosmith pour distraire le public en marge du circuit, le problème est double, en effet. La F1 ne fait pas partie de la tradition américaine. Les fans de sport automobile lui préfèrent nettement l’IndyCar et surtout la Nascar dont la saison prend justement fin en Floride, dimanche 18 novembre, dans une drôle de concurrence médiatique qui risque d’être au désavantage de la F1. La Nascar consiste, rappelons-le, en des courses disputées autour d’anneaux de vitesse ovales.

Le fait que la F1 prenne ses quartiers au cœur d’une terre génétiquement républicaine —Austin est une enclave démocrate dans cet Etat— comme le Texas est audacieux et bien vu car le public de la Nascar est traditionnellement composé d’une large majorité de Républicains. «Les Etats-Unis doivent comprendre que la F1 est une autre manière de courir, souligne l’Australien Mark Webber, vainqueur du Grand Prix de Monaco en mai dernier. La F1 est un sport de prototypes. Il s’agit de repousser les limites de la technologie. C’est luxueux

Dans une interview à Reuters, Eddie Gossage, patron du circuit du Texas Motor Speedway près de Dallas, qui reçoit chaque année deux des plus importantes courses de Nascar, s’est, lui, montré définitif. «La F1 n’est pas un sport américain et cela ne changera pas.» Au sujet de la comparaison F1-Nascar, il a été nettement plus brutal:

«C’est comparer des pommes et des saucisses car ce n’est même pas des pommes et des oranges tellement c’est antagoniste

Ambassadeur de la course texane, Mario Andretti reste, à 72 ans, ce lien avec ce qui manque le plus aux Etats-Unis: le champion de F1. Sacré champion du monde en 1978, Andretti demeure, en effet, le second et dernier Américain sacré champion du monde de cette spécialité. Depuis son succès au Grand Prix des Pays-Bas en 1978, plus aucun Américain n’est monté sur la plus haute marche d’un podium de F1. Et le dernier pilote américain à avoir pris le volant de ce type de voiture fut Scott Speed en 2007 que tout le monde a oublié tant sa carrière fut fantomatique.

Unique pilote à avoir gagné la course Nascar de Daytona 500 (1967), les 500 Miles d’Indianapolis (1969) et donc le championnat du monde de Formule 1, Andretti disait, il y a quelques jours, dans les colonnes de L’Equipe Magazine:

«Peut-être qu’avoir un Grand Prix va encourager les sponsors à aider les jeunes. On a des talents comme Alexander Rossi ou Conor Daly. Le problème est que vous pouvez faire une très belle carrière en restant ici, avec le Nascar ou l’IndyCar. Moi, si j’ai rêvé de faire de la F1, c’est parce que j’étais né en Italie et que j’avais grandi avec des noms mythiques: Alberto Ascari, mon idole, Ferrari, Maserati, Alfa Romeo. Même quand ma carrière américaine marchait du feu de Dieu, j’ai toujours gardé l’objectif d’aller en F1.»

Mais combien sont-ils, parmi les jeunes pilotes américains, à faire ce même rêve? Ayrton Senna, Alain Prost, Michael Schumacher, autant de noms qui ne disent strictement rien, ou si peu de choses, au jeune Américain d’aujourd’hui. Un espoir, toutefois, avec l’hispanisation grandissante des Etats-Unis. Ce week-end, les migrants venus du Venezuela et du Mexique seront probablement très attentifs aux performances de leurs compatriotes Pastor Maldonado, vainqueur du Grand Prix d’Espagne, et Sergio Perez, deuxième du Grand Prix d’Italie.

En 2013, Perez remplacera Lewis Hamilton chez McLaren, équipe de premier plan. Une excellente nouvelle pour le futur de ce Grand Prix des Etats-Unis couru si près des frontières du Mexique.

Yannick Cochennec