C'est officiel, Google a dévoré la presse écrite (américaine)

Les revenus globaux de Google dépassent désormais ceux de toute l’industrie de la presse américaine, même en comptant les recettes publicitaires en ligne de cette dernière.

Capture d'écran

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Il y a cinq ans, j’étais assis dans un auditorium de l’université de Stanford et j’écoutais Marissa Mayer expliquer combien Google se souciait de l’avenir économique de l’industrie de la presse écrite. Voici un extrait de la discussion tiré du Stanford News Service où Mayer, qui était alors la directrice de la recherche et de l’expérience utilisateur chez Google, ruminait sur le futur du journalisme avec des grands noms des médias traditionnels comme Bill Keller du New York Times:

«Mayer, en tant que seule membre du panel travaillant pour une entreprise uniquement basée sur Internet, a parlé de l’importance d’avoir des fournisseurs de contenu fiables comme ceux qui étaient assis à côté d’elle et de l’intérêt qu’elle a à voir leurs médias prospérer économiquement pour que les journalistes et les rédacteurs en chef continuent à être payés pour produire du contenu de qualité. […] "Pour nous, il s’agit vraiment d’un partenariat avec les fournisseurs de contenu et in fine de leur trouver des canaux de distribution et de redistribution".»

L’industrie de la presse écrite était prête à jouer le jeu, ne serait-ce que par manque de meilleures idées. Gary Pruitt, qui était alors PDG de McClatchy Newspapers et est aujourd’hui devenu PDG d’Associated Press, disait quant à lui:

«Les observations de Charles Darwin selon lesquelles ce n’est ni l’espèce la plus forte, ni la plus intelligente qui survit mais celle qui s’adapte le mieux au changement, est réconfortante. Nous devons simplement être plus souples.»

Une demi-décennie plus tard, il s’avère que les journaux n’étaient ni les plus forts, ni les plus intelligents, ni les plus souples. Ils continuent à produire à tour de bras le même contenu tout en regardant leurs annonceurs s’en aller vers des sites comme Craigslist, Yahoo, le Huffington post/AOL, Facebook et, bien sûr, Google.

Certains journaux européens essayent tardivement de s’unir pour empêcher Google d’agréger leurs titres sans payer de redevance. Il n’y a aucune garantie qu’un tel système aurait marché même en 2007, étant donnée la philosophie d’Internet selon laquelle l’information doit être gratuite. Mais il aurait sans doute eu de meilleures chances à l’époque qu’aujourd’hui.

Statista/Creative Commons

Le graphique ci-dessus, réalisé par Felix Richter chez Statista, compare les revenus publicitaires numériques de Google aux revenus publicitaires sur papier de l’ensemble des journaux et magazines américains. Si Google et les fournisseurs de contenu sont effectivement «partenaires», il est clair qu’un des partenaires tire bien plus de l’accord que l’autre.

Et qu’est devenu l’intérêt de Google à aider les journaux à monétiser leur contenu en ligne? Roy Greensdale estime dans le Guardian que les revenus totaux de Google dépassent désormais ceux de toute l’industrie de la presse américaine, même en comptant les recettes publicitaires en ligne de cette dernière.

Si Google a vraiment un intérêt dans la réussite économique des journaux, il serait peut-être temps de le montrer. Il est sans doute déjà trop tard.

Will Oremus

Traduit par Grégoire Fleurot

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L'AUTEUR
Will Oremus est journaliste à Slate.com. Suivez-le sur Twitter: @WillOremus Ses articles
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Publié le 13/11/2012
Mis à jour le 13/11/2012 à 14h28
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