«Ayatollah verts» contre «Faurisson du climat»
Le large consensus portant sur le réchauffement climatique et son origine ne permet pas le débat portant sur les solutions à apporter à ces défis.
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Claude Allègre entrera-t-il finalement au gouvernement? L'affaire semblait entendue depuis quelques semaines - à en croire les propos de l'intéressé, bienveillamment rapportés par Pierre Moscovici - mais le score réalisé par les écologistes aux élections européennes et le «virage vert» aussitôt opéré par le gouvernement ainsi, surtout, que l'intense lobbying exercé ces dernières semaines par des personnalités diverses mais toutes soucieuses d'orthodoxie environnementaliste ont peut-être convaincu le président de la République de renoncer à son projet sacrilège.
Quoi que ce dernier décide finalement, la mobilisation contre le tonitruant ministre de l'Education de Lionel Jospin a, par sa rapidité et par son ampleur, de quoi impressionner.
On dira qu'Allègre est coutumier du fait. Qu'il a un don pour faire naître les unions sacrées à son encontre. Un don et même un goût pour ça. Et qu'il y a, sur le fond, mille bonnes raisons d'être hostile à sa présence au gouvernement - le souvenir commotionné de son passage rue de Grenelle n'étant pas la moindre d'entre elles. Tout cela est sans doute vrai.
L'union sacrée
Mais parvenir à liguer contre soi aussi bien Claude Goasguen que François Goulard, José Bové ou Alain Juppé, ainsi naturellement que Nicolas Hulot et les associations de défense de l'environnement — pour n'évoquer que quelques-uns de ceux qui ont bruyamment et rapidement manifesté leur opposition au dessein présidentiel — n'est assurément pas donné à tout le monde.
Pour que des personnalités aussi diverses et opposées se mobilisent, il faut, à l'évidence, que le péril encouru soit bien grand.
Sa présence au gouvernement serait, aux yeux de Nicolas Hulot, un «bras d'honneur aux scientifiques» et constituerait selon Alain Juppé «un contre-signal formidable» après le Grenelle de l'environnement et avant le sommet de Copenhague de décembre prochain.
La présence d'Allègre au gouvernement, à un poste qui ne concernerait qu'indirectement les questions d'environnement, serait-elle donc de nature à remettre en cause les engagements pris à l'automne 2007 et leur traduction législative?
Si tel est le cas, il faut sans doute également s'inquiéter de ce que la ministre du Logement et de la Ville, Christine Boutin, opposante notoire — et exaltée — à l'avortement, puisse, par sa seule présence au gouvernement, menacer le droit à l'interruption volontaire de grossesse. Non?
Question de symbole, dira-t-on. Et souci de cohérence, de crédibilité, à quelques mois du sommet de Copenhague.
Méthode consternante
Comment, en effet, même sans changer de cap sur les questions relatives à l'environnement et à la lutte contre le changement climatique, peut-on décemment envisager de nommer au gouvernement «un négationniste en matière d'environnement, [...] le Faurisson du climat» — selon l'affable et pertinente comparaison de Jean-Marc Jancovici, consultant spécialisé sur les questions énergétiques et climatiques et proche de Nicolas Hulot?
Passons sur la méthode, usée mais toujours consternante, qui consiste, pour faire valoir son point de vue, à recourir aux comparaisons les plus outrancières et, pour faire l'économie d'un débat argumenté, à bouter son adversaire hors du champ du débat académique.
Au-delà du procédé — qui tend tout de même, à terme, à banaliser le crime absolu et le martyr des victimes, à désacraliser un moment fondateur, effarant et radicalement neuf dans son horreur — le recours à cette comparaison semble traduire une volonté de clore l'ensemble du débat sur le changement climatique.
La réalité de ce changement (dont Allègre ne disconvient d'ailleurs pas, même s'il préfère insister sur l'augmentation de la variabilité des températures et de la fréquence des phénomènes extrêmes plutôt que sur le réchauffement lui-même) aussi bien que son origine anthropique doivent ainsi être tenues pour aussi certaines que l'existence des chambres à gaz, des camps d'extermination et de la Shoah. Que le premier phénomène concerne davantage le présent et l'avenir que le passé et que le second appartienne, lui, intégralement à l'Histoire ne semble rien y changer.
Que l'ignorance, le doute scientifique, la coquetterie ou l'iconoclasme soient à l'origine du comportement des «climate change deniers» quand ce sont les passions les plus putrides qui animent les négationnistes ne suffit pas non plus, semble-t-il, à ce que les premiers soient distingués des seconds.
Les environnementalistes ne sont certes pas les seuls à verser dans l'outrance, et leurs adversaires, en les qualifiant parfois d' «ayatollah verts» ne font guère progresser le débat. Mais il est vrai que leur attitude apparaît parfois comme dogmatique et idéologique, traduisant peut-être un refus de débattre de certaines questions - certains estimant sans doute dépassé le temps des débats et advenu celui des certitudes.
Incertitudes
Or, hormis sur le réchauffement et son origine anthropique, qui font effectivement l'objet d'un très vaste consensus — le GIEC ne le considère du reste que comme «très probable», ce qui signifie qu'il en estime la probabilité supérieure à 90% — l'incertitude continue d'occuper, sur bien des aspects du phénomène, une place particulièrement éminente.
Incertitudes quant à l'ampleur et la rapidité du phénomène, quant à la gravité et la réversibilité de ses conséquences. Incertitudes quant au dosage à effectuer entre dépenses de prévention et dépenses d'adaptation au réchauffement. Incertitudes quant à l'efficience des différentes solutions qui s'offrent à nous pour y faire face: réduction des émissions, investissement dans la R&D, géo-ingénierie etc.
Sur ces questions-là, le débat est, ou plutôt devrait être, pleinement ouvert. Mais le problème réside, précisément, en ce que le large consensus portant sur le réchauffement et son origine tend à «déborder», si l'on peut dire, de son cadre et à s'imposer à l'ensemble de ces questions. La gravité du phénomène? Cataclysmique, évidemment. L'urgence à agir? Extrême, bien sûr: il nous reste dix ans, estime Al Gore ; sept, selon le président du GIEC, R. Pachauri; trois, pour Jancovici. La politique à mettre en œuvre pour y faire face? Pour l'essentiel, une réduction volontariste des émissions de CO2.
Options, à vrai dire, parfaitement respectables. Mais qui ne vont pas de soi. Qui traduisent une sensibilité particulière, le point de vue de citoyens, un choix de société. Mais qui sont en même temps parées - c'est là que le bât blesse — de l'autorité de la science. L'intervention dans le débat public de Gore, Pachauri, Jouzel, Hulot ou Jancovici est bien sûr non seulement légitime mais particulièrement bienvenue sur une question aussi complexe que le réchauffement climatique.
Pas de controverses sur l'utilisation de l'argent du Grenelle
Mais les opinions qu'ils expriment ne sont que celles de citoyens, éclairés certes mais dont la sensibilité, le rapport à l'incertitude et la confiance dans l'avenir est particulière, résulte de leurs «équations personnelles». La légitimité qu'ils tirent de leur expertise ne doit ainsi pas conduire à clore un débat qui en raison d'incertitudes multiples et parce qu'il engage à long terme notre société doit, ou devrait, demeurer ouvert.
Il est parfois malaisé de faire la part, dans le discours d'un spécialiste plus ou moins éminent du changement climatique, de ce qui relève de l'expression de son expertise spécifique — et qui, quoique sans doute contestable, dispose d'une autorité particulière — de ce qui n'est que l'affirmation d'une banale, mais bien sûr respectable, opinion sur la pertinence des politiques à mettre en œuvre. Or, le prestige de la première élève immanquablement la seconde à une dignité qu'elle ne devrait sans doute pas avoir. Celle-ci pèse dès lors d'un tel poids qu'elle emporte aisément la conviction, «sans coup férir», sans véritable débat. D'où peut-être l'étrange consensus — d'aucuns diraient la chape de plomb intellectuelle — qui existe en ce domaine. Et qui pourrait, par parenthèse, expliquer l'adoption en première lecture par un Parlement quasi-unanime du projet de loi de programme «Grenelle I», alors que les sommes en jeu — 440 milliards d'euros sur une dizaine d'années — sont considérables et qu'on aurait pu s'attendre à de violentes controverses sur la manière la plus efficiente de les dépenser.
Il est vrai cependant que les partisans de politiques environnementales volontaristes bénéficient ordinairement d'un a priori favorable. Et qu'à l'inverse les éco-sceptiques et les opposants aux politiques de réduction drastique des émissions des gaz à effet de serre sont aisément soupçonnés de profiter du système tel qu'il est, d'être «dans le camp» des industriels, des gros émetteurs de CO2, ou des fanatiques de la croissance.
Les écologistes, au fond, n'ont aucun «intérêt» dans l'«affaire», rien à nous vendre. Pourquoi, alors, ne pas faire confiance à des gens qui, non seulement connaissent la question, mais sont surtout totalement désintéressés ? Peut-être parce qu'il n'est pas tout à fait exact qu'ils n'ont rien à vendre. Certains ont, par exemple, à nous vendre d'hideuses, coûteuses et inutiles éoliennes. Le green business a, bien sûr, ses rentiers... Mais la plupart des écologistes sont, c'est vrai, parfaitement sincères, s'attachant simplement, en toute modestie, à «sauver la planète». Ils n'ont effectivement rien à nous à vendre. Rien, sinon une idéologie. Est-ce plus raisonnable?
Baptiste Marsollat
Image de une: CC Flickr Photocapy
Mis à jour le 13/06/2009 à 9h28










































La vrai question est pourquoi Sarkozy aurait-il besoin de lui pour un MITI à la française. Est il capable de réunir la communauté scientifique et les industriels derrière lui. Est-il un homme de consensus ? Evidemment non. Est il à la pointe dans la pensée politique ? de la science ? Non. Représente t-il un courant de pensée ou un courant politique ? Non. a-t-il des idées nouvelles ? Fait-il preuve de créativité ? Cela se saurait . Est –il à la mode ? Représente t-il une minorité visible ? Est il télégénique ? Non. Représente t-il l’ouverture ? Evidemment Non . Claude Allègre, si il est nommé, le sera pour alimenter la machine anti-Sarkozyste. Il a besoin de polémiste provocateur et bon cogneur. La tactique politique du sarkozysme en politique, c’est d’abord construire soi même son opposition. Sarkozy a inventé et instrumentalisé l’anti-sarkozysme. Des provocations régulières alimentent la machine. Bayrou, Ségolène Royal, besancenot, Mamère sur réagissent, la polémique enfle, quelques médias complices jouent le jeu, Marianne, Mediapart et quelques acteurs des médias isolés participent. On croie avoir raison puisque la médiatisation augmente. Cela incite à la surenchère. On s’indigne, on vitupère, on caricature, on devient excessif, injuste. Pendant ce temps on ne travaille pas sur des projets, sur la construction d’une image. Au contraire, on se prend les pieds dans le tapis et on détruit ce qui a était patiemment construit. Sarkozy, lui, ramasse la mise. Oui Mr Allègre a tous les talents pour mettre du charbon dans la machine. Il a sa place comme ministre. Après tout un gouvernement, c’est un peu comme dans une équipe, c’est la complémentarité de ses membres qui fait sa valeur !
Je suis reconnaissant à ceux, comme vous, qui gardez une capacité de jugement et de discernement dans ces temps de manipulations planétaires et de totalitarisme naissant. Vous nous rendez à tous un grand service. Tous les hommes dignes devraient encourager ce type de "service public".
Il faut, bien sûr, avoir de la mémoire, entendre comment les choses se construisent au fil des années, être capable de frissonner devant les énormités que l'on nous assène et les manoeuvres des experts en manipulation planétaire et aussi trembler de voir revenir ces injonctions mortifères dont le 20ème siècle nous avait donné l'exemple avec ses troupes aveuglées, en plus perfectionné cette fois.
Où est l'humanisme qui ne sait voir ce qui est fait de la figure de l'homme? Où est la "culture" qu'une nature fantasmée vient à rendre impuissante? Où sont ces Lumières qui se trompent d'obscurités. Ne parlons pas de la philosophie si vite séduite alors qu'elle devrait être en première ligne pour déconstruire de ces insultes à l'intelligence qui prolifèrent. Et la Raison qui se donne si facilement aux bonnes raisons. La science en est l'otage si complaisante et si prompte à faire taire ses déviants c'est-à-dire les exigeants et les rigoureux.
Au temps où les moyens de construction de récits planétaires envoutants sont si puissants il y a besoin d'experts en désenvoutement.
ce débat est stupide. D'un côté, il y a le monde scientifique et son fonctionnement, normal, avec ses certitudes en formes de probabilité et ses doutes et de l'autre la politique.
Il est clair (comme vous le disiez) que notre planète se réchauffe et que notre utilisation des énergies fossiles en est responsable pour une bonne part. Ca c'est un point de vie scientifique, un consensus. Ce qui veut dire, qu'il y a des détracteurs au sein de la communauté et qu'ils sont entendus et pris en compte. Mais ils n'ont pas fourni d'études suffisamment significatives pour faire changer le consensus.
Ensuite, il y a la politique et l'économie... Et là, c'est autrement plus complexe.
Ce qui est sûr, c'est que l'écologie politique est la seule alternative au système de production, distribution, répartition, etc... des richesses produites. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est la seule voix qui dit: les deux faces du systèmes ne sont pas 'plus d'Etat ou plus de Marché dans le domaine économique', mais 'qu'avons nous et de quoi avons nous besoin'....
Un vrai changement de paradigme.
Cet article est intéressant, sauf sa conclusion, qui assène des "vérités" sans aucun argument.
Je trouve dommage que vous n'appliquiez pas à vous-même ce que vous reprochez aux autres : affirmer, sans aucun argument, que les éoliennes sont hideuses, coûteuses et inutiles, cela ressemble beaucoup plus à une opinion qu'à une analyse des faits.
Opinion à laquelle je pourrais vous répondre une autre opinion, toute aussi valable par conséquent (et je n'ai aucune éolienne à vendre) : les éoliennes sont belles (comme des moulins épurés), c'est une question de goût. En tout cas elles sont beaucoup plus belles que les lignes hautes tension qui servent à acheminer l'électricité provenant de nos centrales (quelles qu'elles soient).
Par ailleurs, il me semble que les éoliennes demandent des investissements limités (déjà parce qu'on ne construit pas très souvent des champs de 1 GWh), et elles se construisent très rapidement, ce qui est plutôt intéressant en ce moment, alors qu'on recherche des solutions applicables dans la prochaine décennie.
J'ai trouvé un magnifique calculateur pour vérifier tout ça : https://odin.jrc.ec.europa.eu/SETIS/SETIS1.html
A part ça, l'énergie éolienne a un potentiel de production intéressant, même s'il est évident qu'il nécessite d'autres apports. Mais disons qu'il est une partie de la solution (ce que ne sont pas les centrales au gaz ou au charbon, pour ne parler que des énergies pas polémiques).
Enfin, leur impact sur l'environnement est le plus bas par kWh produit (en terme de pollutions locales ou délocalisées, et en comparaison avec les autres moyens de produire de l'électricité).
Si j'avais plus de temps, je ferais quelques recherches pour prouver tout ça, mais je suis quasiment sûr que si on se penche sérieusement sur le sujet, on trouvera plus d'études venant corroborer mon opinion que la vôtre.
A part pour l'aspect visuel... et encore c'est pas sûr, si l'on compare les nuisances visuelles d'une centrale électrique et de pylônes haute-tension avec celles des champs d'éoliennes équivalent...