La Social Démocratie bouge encore, par François Hollande

François Hollande, mis à jour le 13.06.2009 à 17 h 53

Les élections européennes ont donné leur verdict sur l'ensemble du continent: abstention élevée, victoire des droites, poussée des écologistes, maintien des populistes, recul des gauches et notamment de la sociale démocratie.

Certes les situations nationales ne sont pas comparables. En Grèce, au Danemark, en Suède, les socialistes ont le vent en poupe parce qu'ils sont dans l'opposition, alors qu'en Espagne, au Portugal et surtout en Grande Bretagne, ils l'ont en pleine face parce qu'ils sont au pouvoir. Mais comment expliquer alors qu'en France, en Allemagne et en Italie, ils ne tirent aucun avantage de la crise du capitalisme financier qui devrait en pure rationalité politique affaiblir les gouvernants, dont la responsabilité est en effet engagée et stimuler des mouvements dont les analyses sur les crises du libéralisme se trouvent rétrospectivement validées.

Aussi deux questions se posent bien au-delà de la France:

1.    Comment comprendre le paradoxe qui fait que les européens en plein désordre économique et financier donnent une large majorité à la droite pour la composition du Parlement de Strasbourg et confortent les gouvernements d'inspiration libérale à l'instant même où ce système démontre ses faiblesses globales comme ses dérives individuelles et où ses dysfonctionnements provoquent une hausse considérable du chômage et un déclassement social de nombreuses catégories jusque là préservées ?

La première raison tient à la capacité des droites à assumer un pragmatisme de circonstance pour se débarrasser à la hâte de ses oripeaux les plus embarrassants. Alors quand il s'agit de sauver les banques, qui se sont si mal conduites, d'appeler l'Etat à la rescousse d'actionnaires défaillants ou de creuser les déficits pour parer au plus pressé, les libéraux n'hésitent pas à piocher dans l'arsenal de leurs adversaires idéologiques. Non pas pour en rabattre ou pour abdiquer, mais pour concéder ce pas de côté juste le temps de traverser l'épreuve en utilisant l'argent du contribuable comme mutuelle d'assurance voire de SAMU pour capitalisme en danger.

La seconde raison relève des comportements des citoyens eux-mêmes qui considèrent qu'en période de désordre, mieux vaut l'autorité des puissants - eussent-ils tout toléré, tout encouragé que l'aventure des contestataires - eussent-ils donné tous les gages de bonne gestion.

Ajoutez l'instrumentalisation de la Turquie, de l'immigration ou de la concurrence des pays émergents - sans oublier la peur de l'impôt. Celui que l'on refuse aujourd'hui et que l'on prépare pour demain et l'affaire électorale est dans le sac ! Bref l'alliance de la fuite en avant et des arrières pensées.

Aussi, à court terme la crise avantage les droites. A moyen terme quand il faut remettre de l'ordre dans les finances et dans les esprits, il n'est pas sûr que l'austérité fasse bon ménage avec le creusement des inégalités.


2.  Faut-il signer le constat de décès de la social démocratie ?

Dans une élection avec plus de 60% d'abstention, mieux vaut se méfier des jugements sommaires en forme de jugements derniers. Mais il se trouve toujours des diafoirus de la politique pour diagnostiquer des mots cliniques après des secousses électorales. Les socialistes européens forment le second groupe du Parlement de Strasbourg avec près de 200 députés et voilà qu'ils seraient à l'article de la mort, un pied dans la fosse quand ce n'est pas déjà gisant glacé dans la tombe !

Que l'alerte soit sérieuse, c'est à n'en pas douter, qu'il soit social libéral comme en Grande Bretagne, social démocrate à l'ancienne comme en Allemagne, ou moderniste comme en Italie, sans oublier le socialisme à la française, mariage de la doctrine exigente et de la pratique accommodante Tous en ont pris pour leur grade. Faudrait-il en tirer une loi générale ?

Chaque déconvenue trouve nationalement son explication. Mais la coïncidence des échecs fait sens. La social démocratie n'assume nulle part son identité: la critique du marché, le réformisme comme instrument, une volonté de préserver les biens publics, le compromis social comme contribution à l'intérêt général, une stratégie de croissance solidaire, un système de prélèvements qui incite aux bons comportements et dissuade les prédateurs, un internationalisme qui n'oublie pas les nations, et surtout une unité dans l'action et dans la proposition à l'échelle du continent. Celle qui a manqué depuis trop d'années.

C'est en devenant eux-mêmes que les sociaux démocrates se renouvelleront et non en cherchant vainement à marcher dans les brisées de ses concurrents. Comme si ce serait en s'effaçant que l'on deviendrait seyant, comme si ce serait en disparaissant que l'on pourrait rester vivant.

François Hollande

Crédit:  Reuters

François Hollande
François Hollande (37 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte