France

Après le pacte Ayrault, passons à la réforme de l'Etat!

Eric Le Boucher, mis à jour le 10.11.2012 à 9 h 19

Tout n'est pas parfait dans le pacte Ayrault, mais une étape est heureusement franchie. La prochaine sera dure, mais tellement nécessaire...

 REUTERS/Kieran Doherty

REUTERS/Kieran Doherty

Jean-François Copé aurait mieux fait de se taire. Dire que «le pacte de compétitivité» décidé par le gouvernement Ayrault est un «tour de passe-passe fondé sur un mensonge d'Etat» est un mensonge d'un chef de parti qui ne se révèle pas là homme d'Etat, fondé sur un tour de passe-passe.

Un homme d'Etat eût félicité le gouvernement de cette conversion copernicienne de la gauche à la compétitivité, c'est-à-dire à l'emploi. Pierre Moscovici l'a dit, il a raison. Les socialistes procèdent-ils pour le financement à une hausse de la TVA après l'avoir exclue? Reniement! Et alors? Il est intelligent de ne pas appliquer les mauvaises promesses. La TVA est la meilleure solution, bravo au gouvernement de l'avoir reconnu.

Le tour de passe-passe est tout simplement celui des réformes absentes ou avortées de Nicolas Sarkozy sur le coût du travail. Pendant son quinquennat, la France a continué de perdre des parts de marché à vitesse accélérée! Rien de sérieux n'a été fait. Et pis: trois mois avant l'élection, le candidat Sarkozy a ressorti du placard où il l'avait mise dès 2007 une baisse des charges payée par une hausse de la TVA. Faire cela, c'était politiser cette idée, c'est-à-dire la pourrir. Jean-François Copé ferait mieux de se taire et de battre sa coulpe.

L'emploi avant la consommation

Tout n'est pas parfait dans le pacte Ayrault, loin de là. Mais, après avoir matraqué fiscalement les entreprises, le gouvernement reconnaît que le coût du travail est, comme on dit aujourd'hui, «un sujet».

Une habile créativité budgétaire permet de ne presque pas pénaliser les ménages mais, au fond, la France change l'axe de sa politique économique: l'emploi passe devant la consommation. Début de conversion à une politique de l'offre.

Nicolas Sarkozy, rendons-lui justice sur ce point, avait fait des plans de relance en 2009 appuyés sur l'investissement et non sur la consommation: il avait amorcé le virage. François Hollande suit le même chemin. C'est, pour un président de gauche, beaucoup plus difficile. Il suffit d'entendre la gauche de la gauche s'époumoner contre «cette politique du Medef» pour comprendre que François Hollande a été courageux.

Le prochain chantier

Rigueur et maintenant compétitivité, il reste une troisième conversion à faire: les réformes de l'Etat. François Hollande va devoir y venir, fermant la boucle des deux autres et solidifiant le tout.

Il reste aussi à convaincre les Français que rigueur, compétitivité et réforme de l'Etat constituent le triptyque de l'avenir du pays.

La méthode peut varier selon les préférences politiques (avec ou sans concertation), mais pas les objectifs. Comme le dit fort bien Louis Gallois: la clef est l'investissement. La France a trop consommé et pas assez investi. Il faut accepter de se sacrifier un peu aujourd'hui pour créer les emplois de nos enfants. François Hollande, qui voulait privilégier la jeunesse, a trouvé le chemin.

Une réforme de l'Etat n'est pas a priori dans l'ADN de la gauche, les socialistes étant un parti de fonctionnaires. Ce sera, à nouveau, dur. Ce sera d'autant plus dur que la méthode utilisée jusqu'ici, la fameuse RGPP (révision générale des politiques publiques), fait désormais plus de mal que de bien. Le rabot écorche sans amincir. La fonction publique du XXIe siècle doit se réinventer en tenant compte des outils modernes de l'évaluation, de l'expérimentation et désormais des réseaux sociaux.

Un salarié sur 4 dans le «public»

D'autres pays, du Canada à la Suède, ont réinventé l'administration publique. La France, aussi prétentieuse que renfermée, l'ignore avec dédain.

Son Etat (au sens large) dépense 56% des richesses du pays et compte 5,37 millions de fonctionnaires, soit 20% des emplois, auxquels s'ajoutent 1,5 million d'assimilés, soit 5,7%. Un salarié sur quatre est au «service public» des autres: un sur quatre! C'est sûrement un peu beaucoup.

Question d'effectifs, question de principe fondateur surtout. L'Etat français conserve la culture verticale et les structures héritées de Napoléon Ier. Aujourd'hui, les citoyens sont formés, informés, intelligents, ils savent parfois auto-administrer les biens publics de façon plus individualisée, moins chère et efficace. L'intérêt public est à redéfinir, la façon de le servir aussi.

Les syndicats vont tout bloquer? J'entends l'objection. Mais elle ramène à Jean-François Copé, qui se targue d'être le héros d'une droite dure, thatchérienne.

Les syndicats peuvent en rire: la droite française a toujours été incapable de faire des réformes de droite. Ils peuvent aussi prendre la menace au sérieux et se dire qu'avec François Hollande ils ont la main tendue pour la dernière fois. Bref, il y a des semaines où on se dit que la France peut sortir de son immobilisme déprimant.

Eric Le Boucher

Article également paru dans Les Echos

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Cofondateur de Slate.fr
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