Culture

Que la force soit avec Star Wars VII

Michael Atlan, mis à jour le 08.11.2012 à 14 h 46

La revente de la mythique saga à Disney inquiète les fans. Il y a de quoi. Mais on peut aussi espérer un renouvellement du genre.

L'affiche de Star Wars: Episode 1, La Menace fantôme, sorti en 1999. DR

L'affiche de Star Wars: Episode 1, La Menace fantôme, sorti en 1999. DR

«La nouvelle d'un Star Wars Episode 7 surpasse instantanément Sandy au registre de pire catastrophe de la semaine.»

Retweeté près de 1.600 fois, ce tweet du site humoristique américain Funny Or Die résume bien l'état d'esprit général suite à l'annonce du rachat, pour 4 milliards de dollars, de Lucasfilm par Disney. Le sujet obsède ma Timeline depuis mardi soir, 22h. Moi même, je n'ai pas été avare en tweets moqueurs (et inquiets). Car c'est un coup de tonnerre. Lucasfilm est une usine qui alimente le monde en rêves depuis près de 40 ans: American Graffiti, quatre Indiana Jones et surtout six Star Wars en sont sortis.

Sans compter les moins rentables mais non moins cultes Willow, Mishima ou Twice Upon A Time et pas mal de jeux vidéos (via la filiale LucasArts) parmi les plus réputés des années 80 et 90 comme The Secret of Monkey Island, Grim Fandango ou Maniac Mansion. Tout ça fait désormais partie du conglomérat Disney. Tous ces personnages vont venir rejoindre l'incroyable catalogue de licences déjà détenus par la firme aux grandes oreilles, entre autres 5.000 personnages Marvel (acheté en 2010 pour une somme équivalente de 4 milliards de dollars) et 1.000 personnages de dessin-animés dont Mickey, Minnie et Dingo.

C'est d’ailleurs une des vannes qui revient le plus sur Twitter. Le mélange des genres au sein d'un immense conglomérat sans visage. La 20th Century Fox avait bien eu l'idée d'utiliser Alien et Predator, les deux monstres les plus célèbres de son catalogue pour en faire une franchise à part entière. Pourquoi Disney, avec cet incroyable catalogue, n'inviterait-il pas Princesse Leia à rejoindre La Belle Au Belle Dormant, Cendrillon et Blanche-Neige dans une nouvelle franchise, façon Expendables en robe de princesse?

Pourquoi Disney n'inventerait pas le buddy movie cybernétique avec Wall-E et R2-D2? Et pourquoi pas une grande réunion de Donald et Howard, les deux canards les plus célèbres de la pop culture? Et si Disney, grand spécialiste des films pour enfants, se mettaient à abandonner les thèmes les plus sombres de la saga Star Wars au profit de ses personnages les plus «enfantins», les Ewoks et Jar Jar Binks (Frissons de terreur)?

La peur d'une oeuvre dénaturée

Ces sarcasmes cachent une chose: la peur que l'œuvre soit dénaturée. Lucasfilm restait une société indépendante sur laquelle George Lucas régnait en seul maître. Le mogul gardait un contrôle total de son œuvre, à la fois en termes créatifs et marketing. Il faisait ce qu'il voulait avec, ce qui était à la fois extrêmement réconfortant et profondément effrayant. Pour qui a déjà fait l'inévitable marathon des six Star Wars «dans l'ordre», il est impossible de nier que l'ensemble est parfaitement cohérent, à la fois d'un point de vue esthétique et narratif.

Mais cette cohérence a eu son prix. La relation d'amour/haine que George Lucas, le gardien du temple, entretenait avec les fans de Star Wars fait partie intégrante de sa légende, comme le raconte le documentaire The People vs. George Lucas, sorti en 2010. L'homme est admiré, sacralisé, pour avoir inventé une des plus grandes mythologies du XXe siècle et pour avoir libéré l'imagination d’une génération entière d'enfants dans le monde.

Mais l'homme est aussi accusé de maltraiter son œuvre originale et fondatrice (les épisodes IV à VI) en la modernisant à l'excès au grès des ressorties VHS, DVD et aujourd'hui Blu-Ray (Les modifications apportées aux films ont même leur propre page Wikipedia). Pire. L'homme est accusé d'avoir bâclé les épisodes I à III avec un excès de guimauve et de mises en scène approximative. Pour bon nombre de fans, George Lucas s'est transformé en Antéchrist depuis maintenant une bonne quinzaine d'années.

Le meilleur Star Wars est de...

C'est la raison pour laquelle les fans sont à ce point sceptiques sur de nouveaux films Star Wars. Ils n'y croient plus. Ils ne croient plus possible de rêver à nouveau grâce à cette mythologie. Ils l'adorent mais sont blasés. Ils ont la sensation que leurs émotions d'enfants ont été sacrifiés sur l'autel du dollar roi et du mauvais cinéma, celui des idioties de Jar Jar Binks, celui des roulades dans l'herbe de Padmé et Anakin et celui du désormais célèbre «NO !!!» de Darth Vader.

Mais c'est aussi la raison principale pour laquelle il est bon d'espérer et d'être optimiste. A priori, personne ne me contredira si je dis que L’Empire Contre-Attaque est le meilleur épisode de la saga. Et quelle est sa spécificité? Il n’est ni écrit, ni réalisé par George Lucas. C’est le seul de toute la saga. Et bien, bonne nouvelle, ce sera la même chose pour l’épisode VII à venir. George Lucas ne réalisera pas. Il n'écrira pas. Il ne produira pas. Il sera juste «consultant». George Lucas le dit lui-même dans le communiqué de presse:

«Pendant 35 ans, un de mes plus grands plaisirs fut de voir Star Wars passer d’une génération à une autre. Il est désormais temps pour moi de passer Star Wars à une nouvelle génération de réalisateurs.»

D'où un éventail de possibilités presque infinies. Et naturellement la presse spécialisée, de Entertainment Weekly au Hollywood Reporter, bruisse aux noms de tout ce que Hollywood compte de réalisateurs spécialisés en blockbusters fantastiques, des plus fantaisistes JJ Abrams (déjà rebooteur de la saga Star Trek), Guillermo Del Toro (Hellboy), Christopher Nolan (la dernière trilogie Batman) aux plus plausibles Joe Johnston (vieux collaborateur de Lucas et réalisateur du récent succès pour Disney, Captain America) ou Brad Bird (légende de Pixar avec Ratatouille et Les Indestructibles, auréolé du récent succès de Mission Impossible IV).

Désacraliser l'œuvre

Mais tout ça n'est, pour l'instant que fantasmes, spéculations et rumeurs. En temps voulu, on en saura plus sur le nom du scénariste et du réalisateur. Alors, on en saura également beaucoup plus sur le futur créatif que souhaite donner Disney à sa nouvelle franchise, dont on sait seulement qu'elle ne devrait pas être basée sur les livres de l'Univers étendu (et en particulier sur la célèbre Trilogie La Croisade noire du Jedi fou, écrite à partir de 1992 et qui reprenait l'histoire de Luke, Leia et Han immédiatement après la fin du Retour du Jedi).

Alors, est-ce qu'on se dirigerait, comme l'annonce le biographe de George Lucas, vers une histoire originale se déroulant une vingtaine d'années plus tard avec les héros de la trilogie originale? Ou s'écarterait-on totalement des héros bien connus pour aller vers une sorte d'histoire parallèle, à la façon, par exemple, du dernier Jason Bourne? Ou pourrait-on aller directement 130 ans après la trilogie originale comme l'envisageait par exemple le comic Star Wars Legacy, datant de 2006 et mettant en scène Cade Skywalker, un lointain héritier de Luke combattant un nouveau seigneur Sith?

Les hypothèses sont nombreuses. Et elles me semblent toutes très excitantes... Toutes sont l'occasion, pour un cinéaste, d'amener son univers, sa vision. Toutes sont l'occasion de voir Star Wars autrement, de voir Star Wars libéré de son carcan esthétique et narratif. George Lucas a créé une mythologie incroyablement riche, déclinable à l'infini. A l'image de Batman par exemple, il me semble fascinant de voir, au cours des années à venir, plusieurs cinéastes s'attaquer à Star Wars, voir d'autres thèmes mis en avant, d'autres esthétiques, d'autres façons de raconter une histoire.

Bien sûr, aller dans cette voie, c'est désacraliser l'œuvre. Certes. Mais c'est aussi et surtout ouvrir et développer sa mythologie, la rendre encore plus fascinante qu'elle ne l'est déjà. Les super-héros, via les comics (et certains via le cinéma), ne seraient pas ce qu'ils sont aujourd'hui, n'auraient pas cette aura mythique, sans toutes les visions différentes qui les ont «malmenés».

La clé du succès entre les mains d'une productrice

Alors, évidemment, pour avoir Batman vu par Christopher Nolan, il a fallu en passer par Batman vu par Joel Schumacher... Aller chercher d'autres «visions» n'est pas nécessairement synonyme de qualité. Les sagas Alien, Mission Impossible ou Fast & Furious ont toutes leur(s) vilain(s) petit(s) canard(s). Mais sans sursauts créatifs, elles auraient toutes fini pas mourir, comme ce fut le cas, par exemple, dans les années 70, avec La Planète des Singes, dans les années 80 avec Robocop ou Highlander dans les années 90.

Le studio veut étendre la mythologie de Lucas à raison d'un film tous les deux ou trois ans à partir de 2015. Une chose est donc sûre: il a tout intérêt à faire de la qualité et à s'assurer que les fans ne soient pas déçus. Tout le monde, évidemment, se précipitera voir ce fameux épisode VII quand il sortira. Rien n'est moins sûr pour l'épisode VIII et encore moins pour l'épisode IX. Une franchise s'épuise et plus la qualité baisse, plus elle s'épuise vite. Alors, compte tenu de son investissement massif, l'intérêt de Disney est de la faire durer le plus longtemps possible. A la fois pour faire des entrées (en 35 ans, l'intégralité de la franchise a rapporté 4,4 milliards de dollars au box-office mondial, soit le montant total de l'investissement) mais surtout pour vendre des jouets, des jeux vidéos et tout un tas d'autres produits dérivés dont on sait, depuis les années 80, qu'ils sont la vraie machine à cash.

Et pour s'assurer de cette qualité, il y a une garante: Kathleen Kennedy, la nouvelle patronne de Lucasfilm. Productrice historique de Steven Spielberg depuis E.T. (sa première production), elle a été nommée sept fois aux Oscars. Et si ce n'est évidemment pas un gage infaillible de qualité (on lui doit également Congo ou Le Dernier Maître de l'Air), il faut bien avouer que son CV est un des plus impressionnants du tout Hollywood, notamment car il fait le parfait grand écart entre l’auteurisme et le gigantisme, entre Persepolis et La Guerre des Mondes, entre Sixième Sens et Retour vers le Futur, entre La Liste de Schindler et L’Étrange Histoire de Benjamin Button, entre Le Scaphandre et le Papillon et Sur la Route de Madison.

Alors si j'ai quand même envie de pester sur cette fâcheuse manie d'Hollywood de ne plus rien produire d'original et de nouveau et de ne plus bouger le petit doigt sans espoir de décliner en numéro 2, numéro 3 eccetera, il faut bien avouer une chose: j'ai une putain d'envie de voir ce Star Wars Episode VII !

Michael Atlan

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