FranceEconomie

Pourquoi le chômage augmente si vite?

Oriane Claire, mis à jour le 12.06.2009 à 17 h 31

Le marché du travail est devenu flexible mais dans un seul sens: la sortie.

Dire qu'on dénonce en France le manque de flexibilité du marché du travail ! La rigidité de l'emploi explique notre taux de chômage structurellement élevé, entend-on depuis déjà bien longtemps!

Toutefois à regarder les derniers chiffres de l'Insee, il y a de quoi se montrer dubitatif. L'économie française a détruit près de deux fois plus d'emplois salariés dans le privé au premier trimestre 2009 que sur tout 2008.  Le taux de chômage a grimpé de manière fulgurante pour atteindre 9,1% en ce début d'année.

Une brutalité sans précédent depuis 1975 ! A tel point  que notre ministre de l'économie, Christine Lagarde, a dû remballer cette fois-ci son optimisme légendaire pour reconnaître le caractère brutal de cette hausse inattendue.

Aujourd'hui, preuve a été faite que le marché du travail est devenu souple, en phase avec les mauvaises conditions économiques de l'Hexagone... Mais il est fort probable que cette flexibilité toute récente de l'emploi ne fonctionne qu'à sens unique: pour écrémer le surplus de main d'œuvre en cas de trous d'air. Les gouvernements successifs ont crée une myriade de contrats précaires et des conditions de plus en plus flexibles pour l'employeur afin d'assouplir le marché du travail.  Les entreprises peuvent avoir recours aux CDD (contrats à durée déterminé), à l'intérim, aux périodes d'essais renouvelables, aux emplois aidés, subventionnés, défiscalisés, aux contrats en alternance, aux contrats de professionnalisation, au chômage partiel. Bref, tout un éventail de dispositifs permettant de se délester de charges trop pesantes quant les conditions financières et économiques vacillent.

Pour autant, connaîtrons-nous une telle réactivité de créations d'emplois au moment où la reprise apparaîtra ? Verra-t-on repartir le marché du travail de plus bel avec le retour de la croissance ? Pas si sûr... Alors, oui la flexibilité de l'emploi est indispensable pour le dynamisme d'une économie. Oui, les entreprises ne peuvent fonctionner sans cette marge de souplesse: ajuster le niveau de l'emploi en fonction des carnets de commandes et des perspectives de croissance est nécessaire et globalement non contesté.

Les pays anglo-saxons se sont faits les chantres de cette adaptabilité de la main d'œuvre. On a vu au cours des dernières décennies leur niveau d'emploi osciller considérablement.  En plein boom économique, les Etats-Unis atteignaient le plein emploi. Ensuite, les conditions se sont tendues, et le taux de chômage est reparti fortement à la hausse avec un niveau record atteint en ce milieu d'année à 9,4%. Mais, déjà en mai des signes rassurants réapparaissaient avec un ralentissement significatif des destructions de postes. Le pire est maintenant derrière eux, affirment la plupart des experts. Selon Marc Touati, économiste chez Global Equities, «le marché du travail américain a touché le fond au premier trimestre 2009 et se situe désormais en voie de renaissance». Les créations d'emplois devraient ainsi repartir pour l'automne 2009.

Mais quid de l'emploi en France? Si la main d'œuvre est la grande variable d'ajustement de cette crise financière des deux côtés de l'atlantique, il est fort à craindre que lorsque les conditions de croissance seront revenues, le dynamisme ne soit pas le même en France qu'aux Etats-Unis. Nous voici, en tête de liste pour notre rapidité à créer des chômeurs, sans parler du chômage partiel, qui s'est réveillé subitement en touchant près de 200 000 personnes entre janvier et mars. Mais, il n'y a aucun signe qui puisse présager une amélioration rapide, bien au contraire. Les risques demeurent que l'on retrouve des taux de chômage à deux chiffres.

Les divers gouvernements n'ont fait que donner des facilités de licenciements aux entreprises et en aucun cas n'ont rendu le marché flexible. L'angoisse du chômage, cette épée de Damoclès qui campe au dessus de la tête du salarié français depuis la fin des trente glorieuses, n'est pas prête à disparaître. Notre croissance est bien trop faible sur le long terme pour être créatrice en emplois. Finalement, le problème ne vient peut-être pas du marché de l'emploi mais davantage du manque de dynamisme et de réactivité des entreprises françaises, invariablement à la traîne dans leurs capacités d'innover, d'exporter, de créer, de croître. Rappelons que le moteur de la croissance en France est la consommation : les salariés joue le jeu. En revanche, l'investissement des entreprises végète depuis des années, et l'Etat cherche toujours des solutions....

Oriane Claire

Photo: Manifestation des ouvriers de Continental  Reuters

Oriane Claire
Oriane Claire (25 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte