France

Camarades: était-ce vraiment le moment de prendre le pouvoir?

Eric Le Boucher, mis à jour le 07.11.2012 à 14 h 29

Au pouvoir, la gauche de gouvernement ne peut cette fois éviter une douloureuse conversion idéologique. La compétitivité c'est de l'emploi et de la croissance, et la réduction des dépenses sociales et ou de celles des collectivités locales est inéluctable.

Une rose fanée. Missing Mermories of da Miss. / Kash_if via FlickrCC Licence by

Une rose fanée. Missing Mermories of da Miss. / Kash_if via FlickrCC Licence by

Surprise! Surprise! Le rapport Gallois n’est pas jeté aux oubliettes. Le sujet de la compétitivité perdue de l’industrie française a donné lieu à une longue maturation de François Hollande: il était pour avant l’été, puis contre, puis donc finalement pour.

 Il a fallu vaincre la critique de Bercy et des économistes keynésiens qui prédisaient, Cassandre, que pour donner aux entreprises les 30 milliards évoqués par Gallois d’abaissement du coût du travail, il fallait prendre aux ménages. Et que la consommation des dits ménages allait, du coup, s’effondrer, ruinant tout espoir de maintenir la croissance au- dessus de zéro en 2013. Nos experts socialistes en matière budgétaire ont beaucoup cogité et ils trouvé la solution: donner de l’argent de 2014 dès 2013, 20 milliards d’euros, par l’intermédiaire d’un crédit d’impôt. «Grosse astuce!» qui  montre que les socialistes sont au budget ce que les mathématiciens sont à la finance, des créatifs. 

Promesses à la gomme

On objectera plein de choses. Crédit d’impôts? Encore faut-il faire des bénéfices. Quid des entreprises qui n’en font pas? Le total est de 20 milliards n’est que le tiers de la perte de marge des entreprises depuis 2000, comme le souligne Louis Gallois. Il faudra faire plus. Jean-Marc Ayrault qui assure (dans Les Echos) que son plan va créer 300 000 emplois et grossir le PIB de 0,5 point est un vantard bien imprudent. Un peu comme son chef, François Hollande, qui a promis une inflexion de la courbe du chômage l’an prochain. Qu’en savent-ils? Pourquoi faut-il, Messieurs, faire encore et encore de telles promesses à la gomme?

Mais bon, le gouvernement fait quelque chose pour la compétitivité. Il ne renvoie pas le traitement du problème à plus tard, comme certaines déclarations ministérielles l’avaient laissé croire. Cela prouve ce que je subodorais: les socialistes étaient totalement impréparés à l’exercice du pouvoir mais ils sont amendables. M. Hollande bouge. Laurence Parisot présidente du Medef l’a reconnu: «nous avons été entendus», a-t-elle déclaré, ce qui est à la fois un satisfecit sympa et un baiser qui tue. La gauche de la gauche va hurler évidemment: «le gouvernement fait la politique du Medef!». Le Président et son premier ministre vont devoir expliquer que taper sur les entreprises n’est pas de gauche: ça tue l’emploi. Le combat de la conversion idéologique vient de commencer…

Mais venons-en à un point du dispositif qui ouvre un immense chantier de nouvelles désolations pour la gauche: 10 milliards d’économies nouvelles sur les dépenses publiques. Observez bien l’enchainement: le gouvernement a, d’abord, accepté l’austérité. Il vient de prendre des décisions sur la compétitivité. Mais, jamais deux sans trois, le voilà poussé à s’occuper d’un troisième mal français qui va faire mal: les réformes de l’Etat. D’horreur en horreur va commenter le Mélenchon… Mais oui, la réalité s’impose en boucle infernale: austérité et compétitivité imposent de faire des économies que le rabot type RGPP (Revue générale des politiques publiques) ne permet plus. Docteur Hollande: il faut maintenant tailler au bistouri dans le vif.

Pas 10 mais 20 ou 25 milliards d'économies

Trouver 10 milliards sur  2 ans, donc 5 milliards par an, cela peut paraitre fastoche pour nos créatifs budgétaires. Pour avoir une idée, il faut savoir que l’Etat, la sécu, les régions ont des dépenses de 1000 milliards. Un petit 5 milliards c’est 0,5%, cela parait très peu. Mais c’est beaucoup car cette somme va s’ajouter à l’austérité déjà prévue pour atteindre les objectifs d’équilibre européens. Et, elle va s’ajouter, aussi et surtout, à une révision budgétaire inévitable du fait que la croissance sera inférieure à ce que prévoie le gouvernement: 0% sans doute au lieu de 0,8% pour le PIB. L’addition globale va donc être lourde, non pas 10 mais 20 ou 25 milliards d’économies.

Comment va faire le gouvernement? Pour l’instant on ne sait pas. Les socialistes sont obligés d’ouvrir ce troisième chantier que leur aile gauche considère comme «de droite», celui  d’une sévère remise en cause du fonctionnement de l’Etat, au sens large. Il faut élaguer. Elaguer quoi? C’est là que le pire arrive. Car au niveau de l’Etat central, beaucoup a été fait, même si bien sûr chacun a des exemples de gabegies. Le vrai sujet est qu’il est «incontournable» pour reprendre le mot de Gallois, de s’attaquer à la protection sociale et aux dépenses des collectivités locales. C’est là qu’il va falloir porter la hache. Aie! aie! aie! 

Couper dans les protections sociales, ce sera anti-gauche. Mais ne pas le faire force à trancher d’autant plus dans les régions et les villes…  là où sont les élus socialistes. On devine le cruel dilemme pour les parlementaires du PS : «Camarade! t’es social ou régional?» C’est un choix que  se seraient bien évité les élus du PS. Ils vont donc se plaindre, taper du pied et avaler beaucoup de couleuvres. On entend déjà les cris à l’Assemblée et les ventres qui se tordent: Camarades! Vous vouliez gouverner? Assumez maintenant.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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