France

Bayrou, tout seul dans le désert

Ariane Istrati, mis à jour le 12.06.2009 à 14 h 33

Le débat sur le fonctionnement solitaire de François Bayrou ne fait que commencer.

Dans un retaurant de Pau, après la défaite de François Bayrou aux municipales, en mars 2008. REUTERS/Regis Duvignau

Dans un retaurant de Pau, après la défaite de François Bayrou aux municipales, en mars 2008. REUTERS/Regis Duvignau

La conquête du pouvoir comporte une dimension solitaire. Prétendre aux plus hautes fonctions, c'est créer un lien direct avec les Français. François Bayrou, qui rêve de l'Elysée, l'a bien compris, lui qui personnalise toutes ses campagnes. Mais l'élu béarnais est tombé dans l'excès inverse. Persuadé de l'unicité de son destin, il a oublié une règle de base en politique: on ne va pas bien loin sans alliés ni soutiens. Il en a fait l'amer constat lors de ces élections européennes à l'issue desquelles il a été lourdement sanctionné, n'obtenant que 8,5% des voix alors qu'il aurait pu tabler sur un score à deux chiffres.

François Bayrou paye aujourd'hui des années d'incapacité à travailler en équipe.

Contrairement à Nicolas Sarkozy qui a su agréger autour de lui l'immense majorité des personnalités de droite pourtant loin d'être acquises (de Juppé à Fillon en passant par Borloo), le bilan de Bayrou des dernières années n'est qu'une succession de soustractions, ses proches le quittant les uns après les autres. Philippe Douste-Blazy, Jean-Louis Borloo, Jean-Marie Cavada, Hervé Morin ... la liste de ceux qui sont allés tracer leur route ailleurs est longue. Au point qu'à part sa fidèle Marielle de Sarnez, il est difficile de citer un seul élu d'envergure qui soit resté à ses côtés.

Certes, les raisons de ces désertions ne sont pas toujours glorieuses et le président du Modem a beau jeu de fustiger ceux qui sont allés «à la soupe». Les sirènes chiraquiennes puis sarkozystes avec promesses de poste à la clef ont eu raison de la fidélité des plus bayrouistes. Mais comment ne pas entendre les récriminations des anciens compagnons de route du Béarnais? Tous racontent la même chose: ces réunions du parti où tout est décidé d'avance, le poids incroyable de Marielle de Sarnez qui seule, avec le chef, décide de la stratégie à adopter. Car le Modem, comme auparavant l'UDF, fonctionne essentiellement sur un couple politique qui gère ensemble la boutique centriste sans que personne ne parvienne à s'immiscer. Tous ceux qui se sont plaint de l'omniprésence de cette ancienne conseillère en communication devenue députée européenne et conseillère de Paris, se sont vus renvoyés dans les cordes par François Bayrou. Las de ne pas pouvoir peser, les amis du candidat à la présidentielle sont allés voir ailleurs.

Cette campagne des européennes est l'illustration de ce mode de fonctionnement qui perdure depuis des années rue de l'Université. Bayrou, en publiant son brûlot anti-Sarko, Abus de pouvoir, à quelques semaines du scrutin a d'emblée personnalisé le débat qui l'oppose au chef de l'Etat. Héritier d'une des plus grandes formations pro-européennes, il aurait dû, au contraire, se poser en porte-parole des enfants de Robert Schuman et en défenseur de la construction européenne. Il n'a également pas su écouter les nouvelles recrues de son parti, les écologistes Corinne Lepage et Jean-Luc Bennahmias, qui l'alertaient sur l'importance des enjeux environnementaux pour l'opinion.

Enfin, lorsqu'il a dérapé face à Daniel Cohn-Bendit, il n'a pas voulu prendre en compte les voix de ceux qui lui conseillaient de reconnaître son erreur, comme Jean-François Kahn, et a décidé seul, avec Marielle de Sarnez, de convoquer une conférence de presse le lendemain pour persister et signer. On sait aujourd'hui combien son entêtement lui a coûté.

La soirée électorale de dimanche est symptomatique de l'isolement du leader centriste. A part Marielle de Sarnez encore, il ne s'est trouvé personne pour le défendre sur les plateaux de télévision. Faute de personnalités à aligner face aux Dati, Barnier et autres Peillon ou Cohn-Bendit, il a dû envoyer Corinne Lepage, pourtant ouvertement critique à son égard pour porter la parole du Modem. Pas terrible en matière de communication.

Le débat sur le fonctionnement solitaire de François Bayrou ne fait que commencer. Jean-François Kahn laisse planer le doute sur son désir de continuer l'aventure à ses côtés. Quant à Corinne Lepage, elle dit publiquement tout le mal qu'elle pense de la façon de travailler du postulant à l'Elysée. Mardi soir, Bayrou a consenti à élargir le comité exécutif du Modem. Un premier pas à saluer, à condition que les véritables décisions ne continuent pas à se prendre en tête à tête dans le bureau du patron centriste.

Ariane Istrati

Image de une: dans un retaurant de Pau, après la défaite de François Bayrou aux municipales, en mars 2008. REUTERS/Regis Duvignau

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