De quoi meurt-on en Haïti, dans l’indifférence générale?

Un enfant haïtien pendant le passage de l'ouragan Sandy, le 25 octobre 2012. REUTERS/Swoan Parker.

Un enfant haïtien pendant le passage de l'ouragan Sandy, le 25 octobre 2012. REUTERS/Swoan Parker.

Le passage de Sandy a fait plus de 50 victimes sur l'île, où meurent chaque semaine 20 femmes en couches, 80 malades du choléra, 1.000 malades de maladies transmissibles et 500 enfants de moins de cinq ans.

Alors que les Caraïbes et la côte Est de l’Amérique du Nord dressent les bilans humains et économiques du passage de Sandy, on dénonce ici ou l’hypermédiatisation des conséquences de la super tempête à New York et fustige le peu de place accordée aux conséquences du cyclone à Haïti.

La différence de traitement médiatique entre la capitale économique de la première puissance mondiale et l’un des pays les plus pauvres du monde était prévisible et inévitable. New York est un extraordinaire vivier médiatique renforcé par le contexte de l’élection présidentielle américaine.

Les médias du monde entier sont déjà sur place lorsque rien de particulier ne s’y produit, ceux qui travaillent à Haïti sont plus rares. Les images et informations disponibles pour les médias (y compris celles produites par les amateurs) sont donc bien plus importantes à New York, donnant ainsi aux journalistes bien plus de matière pour parler de New York que d’Haïti.

Loi de proximité

New York possède une forte valeur symbolique dans les pays occidentaux, ce qui n’est pas le cas d’Haïti et crée donc une inégalité de traitement à cause de la loi de proximité. L’omniprésence des médias américains sur Internet, qui ont évidemment privilégié l’information concernant leur pays, a englouti les informations disponibles sur Haïti, dont les médias locaux manquent de moyens pour rapporter la situation.

Cette absence de couverture médiatique, comme les critiques qui l’accompagnent, rappellent l’indifférence dans laquelle meurent des milliers d’Haïtiens chaque semaine sans qu’un séisme ou un cyclone touche leur île.

Le bilan de Sandy (qui s’élevait au 31 octobre à 51 morts et une vingtaine de disparus) est en effet «faible» comparé au nombre de décès quotidiens dus aux maladies, à la criminalité et au manque d’infrastructures modernes dans un pays qui peine à se relever d’un tremblement de terre qui a fait plus de 300.000 morts il y a près de trois ans.

Pays sous perfusion humanitaire

Alors, qu’est-ce qui tue vraiment les Haïtiens chaque semaine, dans l’indifférence générale? [1]

  • Sandy: 51 morts depuis le 24 octobre
  • La criminalité: entre 16 et 19 homicides par semaine.
     
  • La mortalité en couches: 20 femmes meurent en donnant la vie chaque semaine, notamment à cause du manque d’infrastructures médicales, qui les oblige à accoucher dans des conditions particulièrement difficiles. Selon Charles Pereg, responsable communication et médias de l’association Oxfam, «l’accès aux soins est très difficile pour les Haïtiens qui vivent dans des zones rurales ou dans des bidonvilles».
     
  • Le choléra: en moyenne 78 victimes par semaine. Selon Amélie Gauthier, également responsable communications et médias pour Oxfam, «596.000 personnes ont été touchées par le choléra depuis le début de l’épidémie en octobre 2010, et 7.500 en sont mortes». Les dégâts causés par Sandy pourraient relancer l’épidémie.
     
  • Le sida et d’autres maladies transmissibles: 1.013 personnes meurent chaque semaine de différentes maladies transmissibles telles que le paludisme, le VIH (148 morts chaque semaine) ou encore la tuberculose.
     
  • La mortalité infantile et juvénile: 500 enfants de moins de cinq ans meurent chaque semaine.

Nul doute que Sandy, dont le bilan humain sur l’île devrait être moins élevé qu’aux Etats-Unis (où il était de 72 morts le 31 octobre), finira par faire plus de victimes en renforçant les maux d’un pays sous perfusion humanitaire. Là encore dans l’indifférence générale, des médias comme de ceux qui les critiquent.

Jamal El Hassani

[1] Slate recense 94 articles qui évoquent Haiti depuis que le site existe, principalement à l’occasion du séisme. Et très peu, il faut l’avouer, spécifiques à l’île. Revenir à l'article