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Les banques américaines s'affranchissent de la crise

Les banquiers américains ne songent qu'à se défaire de la tutelle de l'Etat fédéral et n'ont pas tiré aucune leçon de la crise.

Jeudi 11 Juin 2009
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Elles l'ont voulu, elles ont eu gain de cause. Dix banques américaines viennent d'obtenir le feu vert du Trésor pour rembourser 68 milliards de dollars d'aides publiques attribuées depuis l'automne dernier au plus fort de la crise financière.

Le programme TARP (Troubled Asset Relief Program) décidé dans l'urgence pour éviter une faillite du système bancaire américain a injecté au total 199 milliards de dollars dans quelques 600 établissements. Il y a quelques mois on craignait le pire, aujourd'hui certains banquiers tentent de faire croire que la crise est derrière eux pour se débarrasser de l'emprise de l'Etat sur la rémunération de leurs dirigeants, leur politique salariale, leur stratégie de recrutement et les bonus qui vont avec...

Ils veulent mener leur barque à leur guise. Les banquiers américains, fervents partisans du libéralisme et de la dérégulation, ont déployé des trésors d'énergie pour retrouver leur liberté et montrent ainsi qu'ils n'ont rien compris aux dérives qui les ont conduits à faire exploser le système. On pourrait dire, on prend les mêmes et on recommence. Mais le plus étonnant dans tout cela, c'est que les autorités américaines  ont répondu avec promptitude  aux vœux de quelques grands noms de la finance outre-Atlantique.

Au mois de mai, après la publication de tests de résistance à une aggravation de la crise économique réalisés par la Réserve Fédérale (Fed) auprès des 19 plus grandes banques américaines aidées par les fonds publics, 9 d'entre-elles sont sorties victorieuses. Elles n'avaient pas besoin d'augmenter leurs fonds propres. Goldman Sachs, JP Morgan Chase, American Express, figuraient dans le palmarès. En revanche, Bank of America était dans l'obligation de lever près de 34 milliards de dollars tandis que Citigroup devait se renforcer de 5 milliards. Morgan Stanley qui était classé dans le clan des «peut mieux faire» avec un besoin de capitaux frais de 1,8 milliard de dollars a réussi à être admise dans le club des 10 qui devaient accroître leurs fonds propres de 74,6 milliards de dollars.

Dès l'annonce officielle des résultats des tests de résistance, les banques ont multiplié les appels aux marchés et aux investisseurs privés pour accroître le niveau de leurs capitaux, soit pour répondre aux exigences de la Fed, soit pour rembourser au plus vite l'Etat et sortir de son emprise. Barack Obama avait clairement indiqué peu de temps après son investiture que les présidents des banques aidées par les fonds publics ne devaient pas gagner plus de 500.000 dollars par an. Une vraie misère pour des patrons habitués à empocher plusieurs dizaine de millions de dollars chaque année.

Craignant de voir l'Etat devenir de plus en plus interventionniste, les banques passées à la moulinette de la Fed ont fait savoir qu'elles voulaient rembourser les aides qu'il leur avait accordées. Le patron de Bank of America, l'établissement le plus mal en point avec Citigroup, n'a pas hésité à donner de la voix pour dire que sa banque voulait elle aussi rembourser l'Etat au plus vite... A l'origine le programme TARP était prévu pour une durée minimum de trois ans, ce qui laissait le temps d'apprécier comment les banques digéraient la crise. Mais l'administration Obama s'est laissé convaincre par les banquiers. Ce qui lui permet de jouer sur deux leviers politiques : l'amélioration de la santé des banques et des rentrées d'argent dans les caisses de l'Etat.

Le secrétaire au Trésor, Tim Geithner s'est d'ailleurs empressé de souligner dans un communiqué que « ces paiements sont un signe encourageant du système financier». Encore faut-il espérer que l'avenir ne lui donne pas tord. On peut se demander en effet comment certaines des banques américaines ont tourné en si peu de temps la page de la crise. Une chose est sûre, elles ont trouvé les capitaux nécessaires pour retrouver leur liberté. Mais de nombreuses interrogations sur leur solidité restent en suspens.

Les défauts de paiement liés à la récession économique ne vont-ils pas écorner leur solvabilité ? Les créances toxiques qui figurent encore dans les bilans entraîneront-elles de nouvelles dépréciations  d'actifs ? Les banques pourront-elles accroître le niveau des prêts qu'elles accordent avec parcimonie aux entreprises et aux particuliers ? Les tests de résistance initiés par la Fed pourraient conduire à répondre par l'affirmative à ces question, mais à peine publiés, ils ont suscité une polémique sur leur fiabilité. Voir la vie en rose quand on est dans le secteur bancaire américain, c'est faire fi des prévisions moins encourageantes du Fonds Monétaire International (FMI) qui estimait en avril que le système bancaire américain nécessitait de nouvelles injections de capitaux de 275 milliards de dollars au minimum.  On est bien loin des chiffres de la Fed.

L'histoire des banques au pays de l'Oncle Sam laisse un goût amer. Cette agitation pour s'affranchir de toute tutelle de l'Etat, révèle à quel point les banquiers américains n'ont pas tiré les leçons de la crise et n'ont pas remis en cause les comportements et les pratiques qui l'ont provoqué. On aurait pu espérer que l'Etat agisse comme un garde-fou pour contraindre les plus récalcitrants à une prise de conscience mais il ne l'a pas fait. Le secrétaire au Trésor doit dévoiler de façon imminente la réforme de la régulation financière aux Etats-Unis et celle de l'encadrement des rémunérations. Saura-t-il remettre de l'ordre là où il n'y en a guère ? Beaucoup en doutent déjà.

Dominique Mariette

Photo: Le New York Stock Exchange  Reuters

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Comments

J'ai bien peur que ces

J'ai bien peur que ces banques n'aient tiré aucunes leçons de la crise et pas " n'ont pas tiré aucune leçon de la crise"...

Bah

L'état les sauve, puis leur laisse les mains libres... Le banquier, c'est comme un gosse, s'il ne se brule pas vraiment, il ne va pas apprendre.
C'est triste, mais c'est de notre faute, on a voté pour des incapables qui préfèrent garder de bons contacts avec leur potes banquiers plutôt que de leur imposer une vraie punition...
Et en plus, on en redemande !! (cf européennes)
Bah, vive la démocratie :) (en même temps, comme dirait l'autre, on a pas encore trouvé moins pire...)

Nouvelle règle : hauts revenus que si risque assumé

La seule justification valable de salaires élevés, dans le système capitaliste, c'est la prise de RISQUES assumée. A contrario, moins on prend de risques (fonctionnaires), moins on est rémunéré.

Car on ne vit pas dans un système qui récompense réellement la qualité du travail (artistes), la durée des études (scientifiques), la pénibilité (usines) ou le mérite (pompiers). La jauge naturelle du système capitaliste, c'est : "plus ou moins de risque, plus ou moins de réussite" (on pourrait ajouter la notion de "réseaux sociaux et professionnels").

Hélas, ce système est perverti par le niveau de POUVOIR dont bénéficient les hauts-cadres (plus il est élevé, moins ils admettent l'incertitude). Qu'ils soient mieux rémunérés parce qu'ils ont de grandes responsabilités, OK, mais qu'ils acceptent aussi le revers de la médaille, la justification réelle de tels revenus : le RISQUE !

On le voit parfaitement avec les banquiers : tant qu'ils bénéficiaient de leurs "droits acquis" (nombreux avantages déconnectés de leurs réussite dans l'entreprise : retraites chapeau, parachutes dorés, stock options, etc...), ils s'efforçaient simplement de faire leur travail de maintien du système.

Mais il est incroyable de constater combien ils se démènent dès lors qu'ils se trouvent en position d'infériorité, "punis" par le chef de l'Etat, restreints dans leurs sources vives, coincés eux-mêmes par leurs obligations financière himalayennes, entre emprunts et maintien du niveau de vie... il est incroyable de constater combien ils se démènent pour se dégager de la tutelle de l'Etat lorsqu'ils se trouvent dans la position-même dans laquelle ils traitent leurs employés : "sans résultat, pas de prime".

La preuve est donc faite, la solution toute trouvée. Pour garantir un système capitaliste sûr et efficace, il faut établir des règles strictes, du genre : empêcher les monopoles et... interdire toute situation de stabilité à tous les hauts-cadres dirigeants ! On le voit bien avec l'exemple de cet article : c'est à cette seule condition qu'ils font du bon travail, qu'ils accélèrent les bons résultats, les bonnes régulations de leur entreprise (banque) et qu'ils craignent tous retards et autres échecs !

Leur salaire devrait donc être systématiquement corrélé avec les résultats de l'entreprise. Un fixe de moins de la moitié de leurs revenus et un variable réellement en concordance avec les réussites ET LES ECHECS de l'entreprise qu'ils dirigent. Et surtout, surtout : interdire tout autre système de stabilité financière que le fixe lui-même (stocks options ? non : actions qui montent ou baissent selon réussites de l'entreprise ; retraite-chapeau ? non : pourcentage selon la durée de mission et les revenus dans leur entier, fixe et variable, etc...)

Mais cela, seuls les responsables politiques pourront l'imposer. Cet article mettant en évidence la réaction des dirigeant de banques lorsqu'on touche à leur revenus personnels nous en apporte la démonstration éclatante : voilà la voie à suivre !

est on conscient de ce qui se passe?

Est on conscient que les petites "mesaventures" de ces banquiers est en train de mettre dans un etat de misère extrème plus de 100 millions de personnes dans le monde. Et de ces 100 millions de personnes, combiens vont mourir? 100 000? 1 000 000? ces memes personnes, ces banquiers qui ont maintenant peur de ne plus pouvoir circuler en avion privé, devraient etre jugées pour crime contre l´humanité. Les effets de leurs soif de pouvoir et d´argent sont la mort de milliers de personnes. Et tout cela va rester impuni. Pourquoi?

vince

Ne soyons pas naïfs...

Je suis étonné qu'on s'étonne: Tim Geithner est issu du sérail. Obama EST américain, quoi qu'on en dise. Il est soutenu par un congrès américain, quoi qu'on en dise. Il faut être naïf pour croire que le système s'auto-réformera. Jacques Attali avait parlé de réunions d'alcooliques anonymes autour d'un dernier verre...

Inthesky

Les banquiers ont tout compris

Biensur que les banques ne veulent pas d'intrusion de l'Etat, l'Etat a soutenu les banques car c'est à l'Etat qu'incombe la responsabilité des taux faibles et la mise sur le marché de l'argent facile... Si le principe est défaillant c'est le préteur en dernier ressort qui paie, normal. Il est toutefois rare que les Etats y aillent de leur poche, maintenant s'ils veulent pouvoir distribuer leur dette abyssalle ils doivent avoir le concourt et soutien des banques qui seront ravi de reprendre le business mais pas question que le gouvernement aille trop loin dans l'ingérence.
Le système n'est pas défaillant, il fonctionne parfaitement bien, que des ajustements techniques répondent à l'évolution des marchés tout le monde en convient, d'autant que l'amérique est encore solvable, ou est le problème pour eux ils impriment du papier à tour de bras. Une crise financière c'est moins grave que la guerre. Et puis bientot cette histoire ne sera bientot qu'un mauvais souvenir pour les banquiers (pas pour les pays endettés qui ne controle plus leur recettes on est bien d'accord...). Les socialo-communistes et interventionnistes de tout poil peuvent réver et palabrer ca n'y changera rien car l'histoire se joue ailleurs et ils ne font pas parti du jeu.

Peter jones

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