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NBA: la faute au coach?

Jim Pagels, mis à jour le 03.11.2012 à 15 h 34

Les entraîneurs de basket ont-il raison de remplacer leurs joueurs qui ont accumulé trop de fautes de manière préventive pour ne pas qu'ils soient exclus?

Lors d'un match entre les Houston Rockets et les Atlanta Hawks à Atlanta le 21 novembre 2009, REUTERS/Tami Chappell

Lors d'un match entre les Houston Rockets et les Atlanta Hawks à Atlanta le 21 novembre 2009, REUTERS/Tami Chappell

Nous sommes en juin 2012. Serge Ibaka des Thunder d’Oklahoma City écope de sa deuxième faute sifflée après 4 minutes et 44 secondes de jeu dans le match 4 des finales NBA, perdu par son équipe. Son coach, Scott Brooks le remplace immédiatement, sans doute pour éviter à Ibaka le purgatoire du «foul trouble» [ndt sous la menace d’être expulsé pour avoir atteint la limite de fautes, qui est de six en NBA] en fin de match.

Au cours du match 3, également perdu par OKC, Brooks avait de la même façon remplacé sa vedette, Kevin Durant, après sa quatrième faute, avec 5:41 minutes à jouer dans le troisième quart-temps. Les Miami Heat avaient tiré parti de l’absence de Durant pour lancer une offensive générale et emporter l’avantage.

Lors du match 2, toutefois, Brooks avait laissé jouer Durant en dépit d’une cinquième faute sifflée et 10:30 restant à jouer. Lors de ce match, les Thunder accusaient un retard au score de 11 points au moment de cette cinquième faute de Durant, et ont fini par perdre de quatre points.

Au final, ni Ibaka, ni Durant n’ont écopé d’une exclusion au cours de l’un ou l’autre de ces matches. À quel moment Scott Brooks a-t-il donc pris la bonne décision — en remplaçant ses joueurs, ou en les laissant jouer au risque de les voir prendre d’autres fautes?

Aversion exagérée au «foul trouble»?

Les mordus de stats NBA ont longtemps considéré que le moment de la rencontre où le joueur se trouve sur le terrain importe peu, pourvu qu’il maximise son temps de jeu total. Dans Scorecasting, l’ouvrage de Tobias Moskowitz et de Jon Wertheim paru en 2011, les auteurs notent que les coaches présentent une aversion exagérée au risque de «foul trouble».

Après cinq fautes, expliquent Moskowitz et Wertheim, les joueurs ne reçoivent la sixième faute, qui les exclut de la partie, que dans 21% des cas. Et quand bien même, le coup de sifflet final n’est généralement pas loin.

Leur livre infirme également le mythe selon lequel une équipe est moins performante lorsque des joueurs proches de la disqualification sont sur le parquet. L’hypothèse selon laquelle ces joueurs coûtent à leur équipe en se comportant de façon plus timorée dans les phases de jeu à fort potentiel de faute se révèle incorrecte. Selon une autre étude, la plupart des victoires peuvent en fait être mises en corrélation avec un succès au cours du troisième quart-temps.

Comportement rationnel

Mais pas si vite — un article publié au début de l’année par trois chercheurs de l’université de New York avance que les coaches préférant remplacer les joueurs plusieurs fois sanctionnés suivent un comportement rationnel. Allan Maymin, Philip Maymin et Eugene Shen considèrent que les joueurs ayant commis plusieurs fautes constituent effectivement un risque sur le terrain.

Ils mettent également en évidence une corrélation entre la victoire et l’adhésion à la règle de remplacement des joueurs dite du «Q+1» — remplacer un joueur sanctionné pour une deuxième faute dans le premier quart, une troisième lors du deuxième quart, une quatrième lors du troisième quart, ou une cinquième lors du quatrième quart (selon les chercheurs de la NYU, les entraineurs font sortir les joueurs dans plus de 70% des cas dans les instants suivant immédiatement le franchissement par ceux-ci du seuil de Q+1).

Pour adhérer aux conclusions de l’étude de la NYU, toutefois, il faut être d’accord avec le postulat selon lequel les points de fin de match sont plus importants que les paniers marqués au préalable. Cette notion est fondée sur le principe selon lequel il existe encore de nombreuses possessions restantes au début d’un match — c’est quand la durée de jeu se réduit qu’un panier d’un côté ou de l’autre est susceptible de peser très lourdement dans la balance en faveur de l’une ou l’autre des équipes.

Un jeu collectif

Mais ce concept, baptisé «effet de levier» dans les cercles «sabermétriciens» du baseball, fait l’impasse sur le fait que la présence ou l’absence de situations à fort effet de levier en fin de partie est déterminée par les actions qui les ont précédées. À l’évidence, on brûle d’avoir ses meilleurs joueurs sur le terrain quand les deux équipes sont à égalité et qu’il reste dix secondes à jouer. Mais ces situations sont plus rares qu’on pourrait le penser, et à retirer du jeu un joueur vedette dans l’espoir de le voir sauver la partie en jaillissant du banc en fin de match, on risque plutôt de prendre 20 points dans la vue.

Les chiffres de l’étude de la NYU sont également très largement influencés par l’hypothèse sous-jacente selon laquelle les joueurs sont des unités de production indépendantes. Quiconque a assisté à un match de basketball pourra vous dire, par exemple, que Kevin Love marque beaucoup plus quand Ricky Rubio est là pour lui passer le ballon. À la différence du baseball, qui revient essentiellement à l’addition de performances individuelles, le basketball est un jeu fluide, qui repose sur la complémentarité entre cinq joueurs.

C’est pour ces raisons que l’on sélectionne telle ou telle formation — et c’est la raison pour laquelle ces formations doivent autant que possible rester ensemble sur le terrain. Si Kevin Durant, Russel Westbrook et Serge Ibaka se retrouvent en «foul trouble» au cours du match 5 des finales, Scott Brooks ne doit pas y réfléchir à deux fois. Il doit non seulement les laisser jouer mais aussi leur enjoindre à accélérer des deux pieds.

Jim Pagels

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