Life

Le terrible récit de Jean-Louis Courjault

Jean-Yves Nau, mis à jour le 11.06.2009 à 6 h 52

A ceux qui en douteraient encore, l'affaire désormais baptisée «des bébés congelés» démontre à quel point la justice est théâtre. Pas d'actes numérotés, certes mais bien un «Plan d'audience». Certains acteurs sont costumés et omniprésents. D'autres entrent et sortent, habillés en civil. Les premiers connaissent leur texte. Les seconds font ce que les premiers leur demandent.

Jean-Louis Courjault est le mari de Véronique. Il le dit, le réclame et tout bien pesé il en est fier. C'est précisément cette fierté qui le pousse mercredi 10 juin à croiser le fer avec Georges Domergue qui préside la Cour d'assises d'Indre-et-Loire. Le «Plan d'audience» de la deuxième journée de l'affaire «Véronique Fièvre, épouse Courjault»  a pour sous-titre «Les faits». Les faits donc. Du moins ceux qui ont Séoul en Corée du sud pour scène . Séoul où Jean-Louis travaillait comme «ingénieur d'application» pour la société Delphi.

Mardi 9 juin le président Domergue avait longuement tenteé de sonder la pérsonnalité de Véronique. On ne saura pas grand chose de celle de son mari qui est ici «libre, sous contrôle judiciaire». Jean-Louis Courjault est né le 10 décembre 1966 à Palaiseau (91 120). Petite taille, discrète tonsure naissante, très léger embonpoint abdominal.

Nous sommes dans la matinée du dimanche 23 juillet 2006. Jean-Louis Courjault est seul dans l'appartement familial. Véronique et les deux enfants du couple sont en France, en vacances. La femme de ménage est aussi en vacances, aux Philippines, son pays d'origine. Celle qui lui apprend le coréen a vanté à Jean-Louis les mérites gustatifs de certains maquereaux que l'on peut acheter dans le pays. Elle connaît un très bonne adresse et va en commander. Jean-Louis adore cuisner. Il en commande aussi. A  Séoul les entreprises de transport travaillent le dimanche. On le livre dans la matinée. Un colis de 3 kilogrammes environ.

«J'ai voulu les mettre aussitôt dans le congélateur, raconte Jean-Louis. J'ai ouvert le premier tiroir et l'ai vu que c'était le bazar. Deuxième tiroir, idem. Troisième tiroir, idem. Puis dans le quatrième je vois un sac blanc. Je me demande ce que c'est. Je l'ouvre avec mes mains et je vois qu'il y a quelque chose entouré dans une serviette. Je pose le tout sur la table de travail, j''entrouve et je vois une main.»

A ce stade de l'interrogatoire mené par le président Domergue la voix de Jean-Louis devient inaudible ; ou presque. On comprend toutefois qu'il replace le sac et son contenu dans le quatrième tiroir du congélateur. On comprend aussi qu'il «y retourne». Tiroirs n° 1,2,3,4,5. Il se confirme ce qu'il a vu au n°4. Puis au n°5, le dernier et le plus près du sol: un deuxième sac  Le premier était «blanc avec un liseré rouge» Le deuxième, lui, est opaque. «Et je vois que c'est bien un bébé aussi».

A quoi songe-t-on dans de tels moments ? Jean-Louis, lui,  ne se souvient que d'avoir «touné en rond». Midi va sonner à Séoul. Il appelle un collègue coréen à partir de l'un des ses portables. Midi sonne, le collègue est là qui, à la demande de Jean-Louis, a appelé la police. Jean-Louis n'appelle pas sa femme. Elle est dans le sud de la France, chez l'une de ses sœurs. Il n'a pas son numéro de téléphone et il y a 7 heures de décalage.... Véronique dort. Leurs deux enfants aussi.

Le reste est écrit grâce au remarquable travail des enquêteurs, des généticiens et  des médecins légistes sud-coréens. Ce dimanche on prélève des cheveux et de la salive de Jean-Louis. On prend des brosses à dents et à vêtements ainsi que des cotons-tige. On comparera bientôt les empreintes génétiques à celles, conservées grâce à la congélation, des deux petits cadavres.

Le verdict génétique tombe après  quelques jours: Jean-Louis et Véronique Courjault sont bien les géniteurs. Et  ce avec une certitude de 99,9997 % pour le premier et de 99,9993% pour le second. On dit alors second parce que l'on ne sait pas encore qu'il y avait un troisième, ou plus précisément un premier.

Que peut encore dire la justice des hommes quand la génétique a dit la vérité biologique ? Pas grand chose, ou presque. Le président Domergue nous l'a démontré. Il ainsi a dit que sur la serviette achetée à Séoul est devenue linceul dans le quatrième tiroir d'un congélateur.

Fin juillet 2006. Jean-Louis Courjault découvre qu'en Corée du sud existent d'incestueux rapports entre fonctionnaires de police et journalistes. Acharnement et tornade médiatique. Ses voisins auraient vu une femme blonde «de type européen» s'enfuir un jour de son domicile. Elle court tojours. Plus grave peut-être: cet ingénieur aurait, en l'absence de sa femme, multiplié au domicile conjugal les rencontres sexuelles plus ou moins tarifées avec des femmes du cru. Aucune preuve à ce jour.     

Que peut dire la justice après la génétique ? Elle peut toujours se servir de la photographie. Le président Domergue a transmis aux jurés, aux parties civiles et à la défense celles des petits cadavres. Nous avons ensuite tous découvert en salle d'audience, celles prises en juillet 2006 montrant les différentes pièces de l'appartement de Séoul: chambres, salon, bureau de Jean-Louis, bureau des enfants, salon, cuisine et arrière-cuisine avec machine à laver, sèche-linge et congélateur....

Le président Domergue a alors souligné que tout n'était pas, dans cet appartement, parfaitement rangé. Rien de grave, dit-il, un «détail». De ces «détails» qui peuvent aider à bâtir un profil psychologique ; et ce d'autant que, toujours selon le président, Véronique Courjault aurait peiné «à se mobiliser pour les tâches ménagères». Me Henri Leclerc, avocat de Véronique, tonne contre de telles pratiques. Le président lui dit qu'il est trop tôt pour plaider.

Nourrie de génétique la justice ne dédaigne pas les statistiques.  On apprendra encore, en rafale, que le congélateur de Séoul était ouvert à tous, que l'appartement était fréquemment prêtés à des amis et collègues. Me Marc Morin son avocat, le fera dire et redire à Jean-Louis. Jean-Louis qui dira  concernant Véronique: «Il y avait 100% de chances qu'elle se fasse prendre».

Jean-Yves Nau

Photo: Jean-Louis Courjault  Reuters

Lire du même auteur: Qui est Véronique Courjault?; Le procès des «bébés congelés» sera public; Enceinte, moi? Jamais, de la vie!

Jean-Yves Nau
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