Deux Europe, deux Parlements
Pour que l'Europe puisse définir une stratégie de croissance, il lui faudra clarifier ses institutions. Par exemple, en ayant deux Parlements, un pour les 27, l'autre pour l'eurozone.
- Au Parlement européen, en octobre 2011. REUTERS/Vincent Kessler. -
Si l’on veut que l’actuelle embellie sur les marchés financiers (qui donne l’illusion que l’euro est sauvé) ne soit pas qu’une parenthèse entre deux orages, il est urgent de retrouver le chemin de la croissance, et pour cela, de préciser la stratégie politique nécessaire.
Aujourd’hui, on a seulement la certitude que les gouvernements de l’eurozone veulent que l’euro survive, sans perdre aucun de ses membres; et que la BCE fera ce qu’elle peut pour les y aider. Mais cette volonté, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante: la croissance étant nulle et les déficits ne l’étant pas, le ratio dette/PIB ne peut qu’augmenter, dans tous les pays de l’eurozone, faisant remonter le coût des dettes publiques et discréditant toute politique de rigueur.
L’euro ne pourra donc survivre que si sont mises en oeuvre au plus vite, dans chaque pays, des réformes de structures favorables à la croissance, et, si, à l’échelle de l’eurozone, on décide enfin de se servir de sa «capacité budgétaire» dont le président Van Rompuy a judicieusement parlé.
Sortir d'une ambiguïté
Pour cela, il faut d’abord sortir d’une ambiguïté: M. Van Rompuy est président de l’Union Européenne et la «capacité budgétaire» dont il parle est celle de l’eurozone, dont il n’a pas la charge.
Il y a en fait deux Europe: celle de l’Union, à 27, qui ne peut plus être qu’une zone d’état de droit commun dans quelques domaines très limités; et l’Eurozone, à 17, qui, parce qu’elle s’est dotée d’une monnaie unique, doit devenir une zone d’harmonisation fiscale, de coordination budgétaire et de grands projets.
En conséquence, si on continue de laisser la Commission et le Parlement des 27 s’occuper des problèmes de l’Eurozone, on court à la paralysie: aucune de ces deux institutions n’a mandat pour organiser l’avenir commun de 17 pays, nécessairement différent de celui des 27. Aussi, subrepticement, sous prétexte de s’en occuper, la Commission et le Parlement n’auront de cesse que de faire capoter l’eurozone, parce qu’elle ne peut que leur échapper, comme des parents abusifs jaloux de leur enfant.
Future assemblée constituante
Il faut donc distinguer les institutions de ces deux Europe. Et en particulier leurs Parlements.
Et puisqu’on a commis le gaspillage de construire à Bruxelles un deuxième immeuble du Parlement européen, dont le siège est pourtant, selon les traités, à Strasbourg, profitons-en pour reprendre une décision radicale: à Bruxelles, le Parlement de l’Union; à Strasbourg, celui de l’Eurozone: s’y réuniraient les députés élus au Parlement Européen des 17 pays membres de l’Eurozone (qui ne se sont d’ailleurs jamais réunis en tant que tels, même informellement).
Ce nouveau Parlement nommerait et pourrait renvoyer le président de l’Eurogroupe; il auditionnerait le président de la BCE, contrôlerait le MES et la surveillance bancaire, gèrerait la coordination budgétaire et fiscale et, ultérieurement, lèverait la taxe sur les transactions financières, au bénéfice d’un Trésor européen en charge d’émettre des eurobonds, qui financeraient des investissements de croissance.
Très vite, tout naturellement, un tel Parlement s’érigerait en assemblée constituante. L’Europe pourrait commencer d’exister vraiment.
Jacques Attali
Mis à jour le 25/10/2012 à 9h35

















































Article très intéressant de monsieur Attali.
Hélas, trois fois hélas, la politique de l'Europe ne se décide pas sur Slate !
On en pleurerait presque.
En plein dans le mille.
Hélas, depuis l' antiquité de vrais sages comme MM. Attali, MInc, Stiglitz, Diamond, Meadows firent preuve de façon constante de clairvoyance, de perspicacité. Bref ils firent une large place à la raison afin de garantir le plus grand bien être possible pour le plus grand nombre possible d' humains pour paraphraser J. Bentham.
Hélas, depuis l' antiquité les vrais politiciens comme MM Cameron, Hollande, sans oublier les dames comme Mesdames Cresson, Dati, Royale, Thatcher, Golda- Meier ont toujours privilégiés les ambitions personnelles, le court terme partisan,. Bref tous firent une large place à la passion, à l' émotionnel en mettant leurs hautes intelligences au service de ceux- ci.
Les résultats ne varient pas depuis nos temps historiques non plus.
L'Allemagne devrait refuser, et à juste titre, de laisser le pouvoir aux Latins. L'Europe n'est que le règne des vieux, un parlement pour construire des maisons de retraite et des hôpitaux payés par les jeunes générations n'enthousiasmera que les plus de soixante ans. Ils sont ou seront proches de la majorité des électeurs en Italie, en Espagne et en Allemagne mais pas en France.
J’apprécie les efforts de M. Attali et d’autres pour trouver une sortie de la paralysie actuelle en Europe. Mais je vois mal comment on pourrait mieux s’unir en séparant les 27 membres des 17 de la zone Euro.
L’existence des deux lieux parlementaires est un anachronisme qui date de l’époque où la France a voulu appeler la monnaie commune « l’Ecu » pour plaire aux sensibilités françaises. Une bêtise.
On ne s’unit pas en se divisant. Créer deux institutions avec des rôles forcément différents ne serait pas un pas en avant. Après on commencerait à entendre parler d’un Euro du nord et un Euro du sud.
Aux USA il a fallu une guerre civile pour comprendre cette simple vérité et les échos de ce conflit américain s’entendent parfois même aujourd’hui.
Le parlement européen est là pour parlementer. C’est long et frustrant. Mais si l’on croit aux vertus d’un système parlementaire (le pire de tous les systèmes comme aurait dit Churchill sauf tous les autres…) il faut persévérer avec.
A la longue tous les pays de l’UE se serviront de l’Euro – à condition bien sûr que l’Union fait de sorte qu’il est plus intéressant de le faire que de ne pas le faire.
La GB commence à comprendre que son ‘splendid isolation’ monétaire est une leurre qui ne profite qu’au City et à quelques traders. En dehors des effets momentanés des JO dans ce pays où est le grand sursaut que sa monnaie ‘indépendante ‘ était sensé apporter ? Il n'y en a pas. Même le FN parle moins du franc français aujourd’hui !
Nous sommes à deux pas enfin de l’établissement d’une véritable banque européenne qui pourrait intervenir pour régler les dettes courantes et, sous le contrôle du parlement, commencer à investir dans la croissance dont tout le monde, nord et sud, a besoin.
Patience Jacques Attali !
Soyons pragmatiques et réalistes!
Patientons un siècle ou deux... mais en attendant la proposition de J. Attali fait sens. Elle présuppose d'ailleurs elle même une bonne dose d'optimisme et de patience, car s'entendre à 17 c'est déjà beaucoup! De plus ECU (European Currency Unit) avait de la gueule et plaisait aux français mais se prononçait mal en allemand! Donc aujourd'hui attendons les anglais!
@ JA
Vous écrivez : "l’Eurozone, à 17, qui, parce qu’elle s’est dotée d’une monnaie unique, doit devenir une zone d’harmonisation fiscale, de coordination budgétaire et de grands projets." Oui, c'est évident. On le fait trop tard, mais il faut y passer !
Mais faut-il pour autant créer des institutions homothétiques à icelle existantes ? Car avec le Parlement, il faudra une Commission, des Conseils &c., éc. Une deuxième usine à gaz qui sera en conflit avec l'autres. Je crois qu'il faut trouver autre chose. Saborder l'Europe à 27 pour n'avoir que celle des 17 est une autre solution, Moins coûteuse.
Et les 10 n'y rentreront que lorsqu'ils répondront aux critères. Notamment ceux relatifs à la fiscalité.
La complexité bureaucrtique est comme une sculpture de Tanguy : elle s'autodétruit.
Bien à vous.
Tanguy ou Tinguely?
Par ailleurs, la complexité bureaucratique n'aurait pas plutôt tendance à perdurer? En endormant le tout, en minimisant les risques et les responsabilités, en freinant spontanéité et innovation? Toutefois, rien ne dit que ces deux institutions doivent se recouvrir ou même se ressembler.
Tinguely bien sûr ! (faute de frappe).
Je crois que le mérite du papier de JA est d'ouvrir une voie. Trouver la bonne façon de donner aux 17 de l'eurogroupe la possibilité de créer un véritable fédéralisme (fiscalité, monnaie, budgets et plus tard défense) en conservant l'acquit réglmentaire - et dépasser enfin cette obsession de la juste concurrence - est une option réaliste.
Les autres, les 10, peuvent avoir un statut d'observateur dans les institutions actuelles qui seraient réduites aux 17 : Parlement, Commission (avec 17 commissaires, un par pays), Conseil et Conseils.
Pas impossible à mettre en place. La solution de JA consiste à rajouter une couche ; je préfère réduire celle qui existe.
Bien à vous
Je pensais que JA voulait une 2eme assemblee comme le Senat Americain avec 2 representants par pays et une assemblee telle que celle des deputes avec des elus representant grossierement le meme nombre d'electeurs (ou une proportionnelle d'ailleurs). Ainsi, on ferait un pas de plus vers l'integration. En assemblant ca avec le principe de subsidiarite qui permettrait de prendre les decisions aux etages les plus approperies, on aurait une Europe bien amelioree.Il conviendrait aussi d'ameliorer l'executif.
Maintenant, qu'on limite l'Europe a ceux qui veulent en faire partie, c'est le bon sens. Il se trouve que l'etat actuel de l'Europe ne permet pas facilement l'evolution ou le changement...
On comprendrait que la Grande Bretagne la quitte si elle ne recherche qu'une zone de libre echange...
Une Assemblée constituante... Pour faire quoi? L'UE a les Institutions qui lui permettent de faire ce qu'elle veut. Pas besoin d'en surajouter. La question est de répondre à cette quastion : elle veut quoi l'UE ? Et cette volonté n'est hélas pas l'agrégation de 27 volontés ! Ce serait au Président de l'UE de l'exprimer. Aux Etats ensuite d'y adhérer (ce serait le noyau dur) ou rester dans un premier ou deuxième cercle.
Et l'on voit bien que ce noyau dur, c'est le fédéralisme autour de l'euro. Et on ne va pas commencer par les eurobounds, mais bien par la convergence fiscale : le Serpent Fiscal Européen est aujourd'hui la porte étroite de l'Union.
L'Europe risque de ressembler de plus en plus au saint empire romain germanique, un patchwork d'états fonctionnant de manières différentes se rencontrant de temps en temps pour de grandes décisions et au final n'avançant ni ne faisant rien car personne n'emportant jamais la majorité, et de toute façon si cela l'étais chacun trouverait encore un moyen d'y échapper, d'avoir un statut spécial, le saint empire romain est tombé dans la guerre civile( de 30 ans) quand certains ont voulu harmoniser son fonctionnement, sa "culture" lors d'émergence de nouvelles religions.
J'aurai préféré le modèle suisse, mais même eux ont dû en passer par une guerre civile au 19ème siècle( comme les américains d'ailleurs) pour transformer une confédération vers une fédération, ce qui me navre, car tous les états suffisamment grands ont dû y passer par là un jour ou l'autre( et certains l'ont vécu moults fois, comme l'espagne), et l'Europe, c'est très grand, une future guerre Nord-Sud(autour du rhin) comme aux Etats-unis, ou plutôt Est-Ouest(toujours le rhin) ? et comme pendant la guerre de 30 ans, tous les voisins( russie monde arabe turquie royaume-uni scandinavie états-unis) y feront leur petite incursion sous bannière de casques bleus ou en vendant des armes.
Si nous nous trompons dans les fondations de l'Europe, les conséquences peuvent être dramatiques dans 30, 50 100 ans.
Faire de la politique c'est prévoir, alors prévoyons.