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iPad mini, iMac: Apple voue un culte au fin

Farhad Manjoo, mis à jour le 24.10.2012 à 16 h 13

Le nouvel iPad mini prouve que l'Apple de Tim Cook est une meilleure entreprise que celle laissée derrière lui par Steve Jobs.

La présentation de l'iPad mini, le 23 octobre 2012.  REUTERS/Robert Galbraith

La présentation de l'iPad mini, le 23 octobre 2012. REUTERS/Robert Galbraith

Tous les ans, à l'automne, Apple organise une grande kermesse pour présenter ses gadgets de fin d'année. En 2012, à l'automne, la marque aura organisé deux grandes kermesses. Ce qui résume peut-être le mieux son évolution actuelle. Auparavant, c'était la fabrication soignée de quelques rares appareils qui obsédait l'entreprise. Désormais, ces appareils sont largement plus nombreux.

Au matin du 23 octobre, avant que Tim Cook, le PDG d'Apple, ne monte sur la scène de San Jose, en Californie, le monde de 2012 lui devait déjà tout un tas de nouveaux trucs: un nouvel iPhone, un tripotée d'iPods, un iPad avec un affichage HD, et un MacBook Pro 15'' avec un affichage encore meilleur. La nouvelle annonce de Cook, tout le monde avait deviné qu'elle allait porter sur un iPad plus petit. Mais en plus de cet iPad mini, il y a eu aussi un MacBook Pro 13'' avec un écran HD, et un nouvel et extraordinaire iMac, dont la finesse frôle presque le ridicule.

Pour Apple, sortir tant de nouveaux appareils en une seule année atteste d'une transition philosophique majeure. Quand Steve Jobs avait repris les commandes de la marque, dans les années 1990, il avait jeté aux orties toute une gargantuesque gamme de produits (entre autres, Apple fabriquait des imprimantes), pour en concevoir une autre, réduite à quatre appareils –un ordinateur portable et un ordinateur de bureau pour le grand public, un ordinateur portable et un ordinateur de bureau pour les professionnels.

Ce qu'Apple ne veut pas être

D'année en année, doucement, méticuleusement, Apple a rajouté quelques produits à sa gamme, dont les trois qui allaient révolutionner le secteur technologique: l'iPod, l'iPhone et l'iPad. Mais même avec cette offre réduite de gadgets, l'activité d'Apple semblait toujours au bord de ses limites. En 2007, lors du lancement de l'iPhone, l'entreprise a dû ainsi retarder la sortie d'un nouvel OS Macelle n'avait pas suffisamment d'ingénieurs pour faire les deux choses  en même temps. Apple n'était pas une entreprise à pouvoir faire plusieurs choses à la fois et, fondamentalement, elle ne voulait pas être ce genre d'entreprise.

Par rapport à ses concurrents, l'Apple de 2012 reste toujours une entreprise très ciblée. Vous pourriez faire tenir toute sa gamme de produits sur la table de votre salle à manger; Hewlett-Packard, en revanche, fabrique plus 2.000 modèles d'imprimantes laser.

Mais cette année, Apple n'est visiblement plus à bout de souffle. La différence principale entre l'Apple de Tim Cook et l'Apple de Steve Jobs, c'est l'agressivité de son échelle de production: chaque année, l'entreprise sort davantage d'appareils, elle en fabrique davantage et elle les vend dans davantage de boutiques.

A chaque fois le meilleur

Ce qui est remarquable, c'est que cette accélération ne s'est pas soldée par une baisse de qualité. Exception faite de sa pathétique application «Plans», chaque nouveau produit d'Apple est le meilleur dans sa catégorie. Le record est exceptionnel –quand je pense à une autre entreprise, dans le monde, qui fabriquerait autant de nouveaux produits, et aussi bien, rien ne me vient à l'esprit.

Le record se confirme avec les nouvelles machines dévoilées le 23 octobre. Après la présentation officielle, j'ai passé quelques minutes en compagnie de l'iPad mini, du MacBook Pro 13'' et du nouvel iMac –pas assez de temps pour avoir suffisamment de matière et en rédiger un descriptif complet, mais assez pour être impressionné, surtout par les deux nouveaux Macs.

Le nouvel iMac démontre à lui tout seul les prouesses techniques d'Apple. Son écran ne mesure que 5mm d'épaisseur, soit bien moins que la plupart des ordinateurs portables. Il est si fin que lorsque vous le regardez de face, et même parfois de côté, il vous donne l'impression d'être un appareil en carton, pas une machine en état de marche. (Si vous examinez le dos de l'appareil, vous débusquerez une petite bosse, qui cache sans doute les entrailles de la bête).

Si on en croit Apple, la fabrication d'un appareil aussi fin requiert des procédés techniques avancés –comme la «soudure par friction malaxage», ainsi qu'un «laminage» de l'écran, qui réduit l'espace entre les cristaux liquides et le verre (la technique est aussi utilisée sur l'iPhone).

Vous pourriez vous demander pourquoi Apple s'est donné tant de mal pour fabriquer une machine non-portable aussi fine, mais la réponse est assez évidente. Chez les designers d'Apple, la finesse est une vertu qui relève de la sainteté, quelque chose qui profite à tous leurs gadgets.

La télé en embuscade?

Mais en observant l'iMac, je me suis dit qu'il y avait une autre motivation cachée derrière cette épaisseur réduite. Si, comme les rumeurs le disent depuis si longtemps, Apple sort un jour une télévision, elle devra être excessivement fine. La fabrication d'un ordinateur filiforme pourrait être le premier pas vers la conception d'une télé toute mince.

La finesse est aussi la qualité la plus évidente du nouvel iPad mini. En le prenant en mains, j'ai été impressionné par sa légèreté, par rapport à l'iPad normal. Mais globalement, son design ne m'a pas émerveillé –on dirait simplement un petit iPad (ou un grand iPod touch), et ses fonctionnalités sont aussi parfaitement équivalentes. Que cela vous semble positif ou négatif, cela dépendra de votre envie d'un tel appareil –si vous avez toujours rêvé d'un iPad, tout en pensant qu'il était trop lourd ou trop cher, la version mini est faite pour vous.

Mais de combien de personnes s'agit-il? Après tout, le mini démarre à 329 dollars (339 euros), soit simplement 70 dollars de moins que l'iPad le moins cher (l'iPad 2, qu'Apple vend toujours à 399 dollars, 409 euros) –en passant au plus petit, votre réduction ne va donc pas être énorme. Et le grand iPad n'est ni si grand, ni si lourd que cela. J'ai toujours pensé qu'il avait la taille parfaite pour une tablette. Qu'est-ce qui pousserait donc quelqu'un à acheter un iPad mini, plutôt qu'un iPad normal?

Je ne sais pas trop, et c'est visiblement le cas d'Apple. Mardi, aucun officiel n'a démontré la nécessité d'une tablette plus petite. L'omission est flagrante, surtout quand on pense que Jobs lui-même s'était insurgé il y a deux ans contre les petites tablettes. «Les tablettes 7'' ont le cul entre deux chaises: trop grandes pour concurrencer un smartphone, et trop petites pour concurrencer un iPad», avait-il déclaré lors d'une conférence téléphonique sur les résultats d'Apple. Selon lui, on allait voir beaucoup de «morts à l'arrivée», et il avait raison –de nombreuses tablettes 7'' n'ont pas réussi à trouver leur marché.

Mais l'an dernier, Amazon a sorti son Kindle Fire et cette année, Google sa Nexus 7. D'un coup d'un seul, les tablettes 7'' ont fait un tabac. Et c'est uniquement pour cela qu'Apple est entré dans la danse: l'entreprise ne veut pas laisser le moindre pouce du marché des tablettes à ses concurrents.

Le problème, pour Apple, c'est que peu de gens achètent le Kindle Fire ou la Nexus 7 parce qu'ils apprécient leur écran 7''. Ils les achètent à cause de leur prix: les deux appareils valent moins de 200 dollars. S'ils sont aussi bon marché, c'est qu'Amazon et Google ne cherchent pas à en tirer profit; ce qu'ils cherchent, avant tout, c'est de mettre un pied dans le marché des tablettes, et pourquoi pas faire un peu d'argent grâce à la publicité et aux contenus qu'ils vendront sur leurs appareils.

Mais Apple, pour sa part, ne vend rien à prix coûtant; son modèle économique, c'est de faire son beurre sur les appareils et de considérer tous leurs revenus complémentaires (via la vente d'applications, par exemple), comme du bonus. Il y a donc peu de chances qu'Apple s'aligne un jour sur les prix de Google ou d'Amazon pour ses petites tablettes. Mais l'entreprise espère que les gens se rueront sur l'iPad mini simplement parce qu'il s'agit d'un iPad, avec une gamme d'applications plus fournie et une finition supérieure. 

C'est sans doute un bon pari. La sortie de l'iPad mini n'est peut-être qu'une manœuvre réactive et défensive pour Apple. Mais quand vous êtes devenu aussi gros, vous pouvez jouer en même temps l'attaque et la défense.

Farhad Manjoo

Traduit par Peggy Sastre

Farhad Manjoo
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