Sports

Après Armstrong: le top 10 des champions déchus de leurs titres

Grégoire Fleurot, mis à jour le 23.10.2012 à 14 h 20

Lance Armstrong n'est pas le premier champion à se voir retirer des titres, et il n'y a pas que le dopage qui puisse priver des sportifs d'une ligne à leur palmarès.

Lance Armstrong à New York le 22 septembre 2010, REUTERS/Lucas Jackson

Lance Armstrong à New York le 22 septembre 2010, REUTERS/Lucas Jackson

L'Union cycliste internationale (UCI) a retiré à Lance Armstrong, lundi 22 octobre, ses sept victoires dans le Tour de France glanées de 1999 à 2005, et suspendu à vie l’ancien cycliste américain pour son implication dans le système de dopage organisé autour de sa personne au sein de l’équipe US Postal. Armstrong n’est pas le premier champion à se voir retirer des titres sportifs, mais le nombre de victoires annulées et leur prestige sont sans précédent dans l’histoire du sport.

Retour sur les dix déchéances de titres sportifs les plus marquantes de l’histoire, qu’elles soient liées au dopage ou non (soulignons également que toutes les affaires de dopage ne débouchent pas sur des déclassements ou des annulations de titres).

10. Floyd Landis

 

 

Etats-Unis
Cyclisme
1 Tour de France (2006)

Contrôlé avec un niveau anormalement élevé de testostérone à l’issue de sa victoire lors de la 17e étape du Tour 2006, il devient l’année suivante le premier coureur à se voir retirer son titre de vainqueur du Tour de France. Mais il est aussi le premier ancien coéquipier de Lance Armstrong à l’avoir accusé publiquement de dopage.

Alors qu’il avait jusque-là toujours nié avoir triché, il a envoyé en 2010 une série d'emails aux autorités du cyclisme et aux sponsors dans lesquels il avoue s'être dopé de manière systématique tout au long de sa carrière, et y accusant également d'autres coureurs et responsables d'équipes. Il y écrivait notamment qu'Armstrong, qu'il a aidé à gagner trois grandes boucles chez US Postal de 2002 à 2004, lui a donné un coup de main pour mieux comprendre les mécanismes du dopage.

Lors de l’annonce des sanctions contre Lance Armstrong, Pat McQuaid, le patron de l’UCI, a qualifié Landis et son compatriote Tyler Hamilton –qui ont tous deux avoué s’être dopés et ont fortement critiqué l’institution pour son manque d’efficacité dans la lutte antidopage, d’«ordures» regrettant qu’ils soient devenus des «héros» pour leur rôle dans la mise au jour du système de dopage autour d’Armstrong.

9. Kim Jong-su

 

 

Corée du Nord
Tir sportif
2 médailles olympiques (argent et bronze) aux JO de Pékin (2008)

Vous ne connaissez sans doute pas Kim Jong-su, tireur sportif nord-coréen de son état. Et pourtant, s’il n’a jamais été une superstar du sport international, il est la preuve vivante que le dopage n’est pas réservé aux sports demandant un effort physique extraordinaire comme le cyclisme d’endurance ou le sprint.

Vainqueur d’une médaille d’argent et d’une de bronze aux Jeux de Pékin en 2008, il s’est fait exclure du village olympique et retirer ses deux médailles après avoir été contrôlé positif au propanolol. Le médicament est un bêtabloquant habituellement prescrit pour soigner l’hypertension ou la migraine. Il est aussi utilisé par les personnes atteintes de tremblements, d’où un avantage considérable dans les épreuves de précision (tir sportif ou tir à l’arc notamment).

8. Mohammed Ali

 

 

Etats-Unis
Boxe (poids lourds)
1 titre de champion du monde (1964)

Non, vous n’êtes pas sur le point d’apprendre que l’un des sportifs les plus mythiques du XXe siècle était en fait un vilain tricheur qui a gagné ses titres grâce à des substances illicites. En 1967, la New York State Athletic Commission a décidé de retirer à Mohamed Ali (nom musulman adopté en 1964 lorsqu’il rejoint la Nation of Islam) son premier titre de champion du monde des poids lourds, gagné trois ans plus tôt face à Sonny Liston, pour un motif plus original: il a refusé de partir se battre pour les Etats-Unis au Vietnam.

Ali explique sa décision par le fait que cela allait à l’encontre de sa religion et qu’il n’avait «rien contre les Viêt-Cong», et affirme que la procédure pour lui retirer son titre est teintée de «préjugés et de discrimination».

Son refus de la conscription militaire, qui était passible de cinq ans d’emprisonnement et de 10.000 dollars d’amende, l’a obligé à quitter les rings pendant près de quatre ans, même s’il a finalement échappé à la prison. Il a d’abord été jugé coupable pénalement, mais la Cour suprême a annulé sa condamnation sur un détail juridique en 1971. Les instances du sport ne lui ont pourtant pas restitué son titre. Il reprendra sa carrière en enchaînant les victoires de légende et les titres de champion du monde, devenant pour beaucoup le meilleur boxeur de l’histoire.

7. Alberto Contador

 

 

Espagne
Cyclisme
1 Tour de France (2010) et 1 Tour d’Italie (2011)

Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a retiré à l’Espagnol son titre de vainqueur du Tour de France 2010 ainsi que tous ses titres gagnés en 2011, dont le Giro, à la suite de son contrôle positif au clenbutérol (un anabolisant) lors de l’épreuve française en juillet 2010. Contador avait plaidé l'intoxication alimentaire, affirmant qu’il avait mangé de la viande importée d’Espagne contaminée par ce médicament. Il avait été acquitté par sa fédération nationale en première instance en février 2011, ce qui lui avait permis de continuer à courir et de remporter le Tour d’Italie. Il figure toujours au palmarès du Tour de France comme vainqueur en 2007 et 2009.

6. La Juventus de Turin

 

 

Italie
Football
2 titres de champion d’Italie (2005 et 2006)

C’est en 2006 qu’a éclaté le calciopoli, le plus grand scandale de matchs truqués de l’histoire du football italien, impliquant les plus grands clubs du pays (dont la Juventus, la Fiorentina, la Lazio de Rome, l’Inter Milan et le Milan AC), accusés d’avoir influencé la désignation des arbitres pour leurs matchs. Au final, seule la Juventus sera reléguée en Série B (la 2e division italienne), et perdra ses deux titres de champion de 2005 et 2006. Luciano Moggi, l’ancien directeur général du club, dont les conversations avec des responsables et arbitres ont été enregistrées par la police et publiées dans les médias, sera banni à vie du football par la Fédération italienne, ainsi que son collègue Antonio Giraudo.

En France, l’Olympique de Marseille s’est vu retirer son titre de champion de France 1993 après l’affaire VA-OM, où des émissaires du club provençal ont tenté de corrompre des joueurs nordistes. 

5. Larisa Lazutina, Olga Danilova et Johann Mühlegg

 

Russie et Espagne
Ski de fond
8 médailles (5 d’or et 3 d’argent) à eux trois aux JO de Salt Lake City (2002)

Avant Salt Lake City en 2002, les Jeux olympiques d’hiver n’avaient connu que cinq cas de dopage confirmés. Mais la mise en place de contrôles plus rigoureux lors de cette édition a entraîné une véritable épidémie, avec pas moins de sept athlètes épinglés.

Parmi eux, les deux skieuses de fond russes Larisa Lazutina et Olga Danilova ont perdu un total de cinq médailles après avoir été contrôlées positives à la darbepoetin alfa (l'Aranesp), un produit qui permet d’augmenter le nombre de globules dans le sang. Le skieur de fond espagnol Johann Mühlegg s’est lui vu retirer ses trois médailles d’or gagnées sur 30km libre, 10km poursuite et 50km classique pour l’utilisation de la même substance.

A l’époque, le produit en cause n’était pas encore interdit car nouveau. Le chef du comité médical olympique avait déclaré:

«C’est un signal fort pour tous ceux qui disent que nous sommes à la traîne. Nous sommes sur leurs talons.»

4. Ben Johnson

 

 

Canada
100 mètres
2 médailles d’or (JO de Séoul 1988 et Mondiaux de Rome 1987) et 2 records du monde

C’est le premier grand scandale de dopage de l’histoire des Jeux olympiques. Le 24 septembre 1988 à Séoul, lors d’une finale du 100m de rêve où se côtoient notamment le Britannique Linford Christie, la superstar américaine Carl Lewis et son grand rival, le Canadien Ben Johnson, ce dernier pulvérise le record du monde en 9’’79 devant des centaines de millions de téléspectateurs incrédules.

Mais moins de 24 heures après sa remise de médaille, Johnson est testé positif aux stéroïdes et se voit retirer d’un coup son titre olympique, celui gagné un an plus tôt aux Mondiaux de Rome et les deux records du monde successifs qu’il a établi lors de ces courses.

La course restera au final comme «la plus sale» de l’histoire: six des huit participants seront impliqués dans des affaires de dopage au cours de leur carrière. Le scandale marque aussi un tournant pour le CIO, qui est forcé de renforcer ses contrôles.

3. Marion Jones

 

 

Etats-Unis
Sprint
7 médailles, 3 d’or et 2 de bronze aux JO de Sydney (2000) et 1 en or et 1 en argent aux Mondiaux d’Edmonton (2001)


Si Ben Johnson est passé du statut de héros à celui de paria en 24 heures, la déchéance de Marion Jones a été moins spectaculaire car beaucoup plus lente. Et pourtant, la sprinteuse américaine a perdu pas moins de sept médailles majeures, dont quatre en or.

Véritable star des JO de Sydney en 2000, où elle rentre dans l’histoire en remportant l’or au 100m, 200m et au 4x400m et le bronze au 4x100m et au saut en longueur, elle perdra sept ans plus tard ses médailles sur décision du CIO. Elle a avoué en 2007 s’être dopée aux stéroïdes.

Le scandale Balco, du nom de l’entreprise californienne qui a fourni des produits dopants à de nombreux athlètes américains entre 1988 et 2002, a également impliqué l’ancien compagnon de Jones, Tim Montgomery, qui s’est vu retirer son record du monde du 100m (9’’78 en 2002).

2. Joe Paterno

 

 

Etats-Unis
Entraîneur de football américain universitaire
111 victoires (1988-2011)

Jusqu’à 2011, Joe Paterno était une véritable légende vivante du football américain universitaire. Entraîneur des Penn State Nittany Lions pendant 45 ans, il est l'une des rares personnes à avoir intégré le College Football Hall of Fame alors qu’il était encore en activité, en 2007.

Mais à la suite d'une enquête sur les abus sexuels de son adjoint Jerry Sandusky, le FBI a découvert que Paterno a couvert ce dernier. La NCAA (l’organisme qui dirige le sport universitaire américain) a infligé en juillet 2012 les sanctions les plus sévères de son histoire à l’équipe et à Paterno. De manière posthume pour ce dernier, mort six mois plus tôt, et qui s’est vu retirer toutes ses victoires de 1998 à 2011, soit 111 sur un total de 409 au cours de sa carrière, dont six victoires en bowl, les finales universitaires.

1. Lance Armstrong

 

 

Etats-Unis
Cyclisme
7 Tour de France (1999-2005)

Sept ans après sa dernière victoire sur le Tour de France, l’UCI a donc décidé de retirer tous ses titres datant d’après août 1998 à Lance Armstrong, suivant les conclusions du rapport accablant de l’Usada, l’agence antidopage américaine, qui écrit notamment:

 «Les preuves montrent, sans le moindre doute, que l'US Postal a mis en place le programme de dopage le plus perfectionné, le plus professionnel et le plus efficace jamais vu dans le sport.»

Il ne fait désormais plus de doutes que l’Américain a utilisé des moyens illicites pour gagner ses sept Tour de France consécutifs de 1999 à 2005, aidé par un système de dopage systématique et sophistiqué mis en place par son équipe autour de sa personne. Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, a annoncé son intention de faire rembourser à Armstrong les trois millions d’euros gagnés grâce à ses sept victoires dans la compétition.

Greg Fleurot

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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