Life

Qui est Véronique Courjault ?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 10.06.2009 à 10 h 26

A-t-elle -enfin- pleuré ? Cette femme qui a tué trois de ses nouveaux-nés a-t-elle ou non versé une larme ? Certains jurent que oui. D'autres en doutent encore. Difficile de savoir. C'est que  la cage de verre dans laquelle la justice l'a enfermée ne facilite guère la transparence des débats.

Pleurer ? Mais qui pourrait ne pas verser une larme quand la justice vient de la sorte se pencher sur votre corps ? Quand la justice tente de violer le caveau des secrets supposés de votre famille ? C'est ainsi: au  premier jour de ce procès sans précédent nous avons dû entendre des échanges bien douloureux; des échanges menés par le président Georges Domergue dont le tact et la finesse ne semblent pas être les qualités premières.

La recherche de la vérité n'est pas ici chose facile. Et la quête s'est d'emblée révélée d'autant plus désespérante que cette femme en qui l'on aimerait voir un monstre est d'une insupportable normalité. Comme sont insupportablement normaux son père et sa mère. L'un et l'autre sont, devant les jurés venu tenter de dire qui était leur fille. En un mot: tout sauf un monstre.

Véronique ?  «Gentille», «timide», «réservée», «aimant lire».  Où est le vice ? Nous sommes sur les bords de Loire à proximité de Saumur. Un famille pauvre autant que nombreuse. Sept enfants au total dans deux pièces avec des toilettes au fond de la cour. Un père vigneron et une mère devant, sans cesse, l'aider pour «travailler aux vignes». Puis un ordinaire qui s'améliorera lorsque le vin produit bénéficiera d'une appellation d'origine contrôlée.

«Parlez-nous de Véronique !» tonne le président Domergue. Silence du père. «Je préfèrerais qu vous me posiez des questions» dit-il. Le président les lui posera. Et n'obtiendra rien, ou presque. « Nous ne sommes pas des causeurs» dira le père. Et la mère ne dira rien d'autre, ou presque.

Mais où est donc le vice ? Dans les détails sans doute, comme toujours. Il y a cette première fille de la fratrie qui n'est pas la fille de son père. Ce que l'on n'a jamais voulu dire mais qui, bientôt, se saura. Pourquoi donc, dans les années 1970, un homme et une femme acceptent d'avoir sept enfants au total et ce alors même qu'ils sont pauvres? Le père entend mal les questions. La mère ne les entend pas mieux, elle qui a dit à plusieurs reprises -était-ce au moment des vendanges, à l'époque de la taille  ?- qu'elle aurait préféré  «être au fond du trou».

Il n'est jamais très simple de parler en public de sexe et de mort. Et l'affaire est sans doute un peu plus ardue quand vous ne parlez de rien, ou presque, en famille. Véronique Courjault est née le 19 octobre 1967 à Parnay (Maine-et-Loire) de Robert Fièvre et de Monique, née Cormier. Les vendanges étaient terminées.  A-t-elle été désirée ? On croit comprendre que la dernière fille de la fratrié ne l'avait, elle, guère été. Monique informait-elle Robert qu'elle était enceinte ?  Elle répond qu'elle l'a toujours dit. Son mari dira qu'on voit bien quand une femme devient ronde. 

Le président de la cour d'assises dira à plusieurs reprises sa stupéfaction. Sept enfants et vous ne fêtiez pas régulièrement les anniversaires.... ! Le père ne se souvient pas très précisément des années de naissance de ses enfants. Curieux trait, sans doute génétique, puisque tout le monde, dans la famille, montre de gros problème avec les dates. Quand on lui demanda, durant l'intruction, de dire quelle était la couleur des yeux de sa fille Véronique, Robert Fièvre, peu causeur, ne sut pas répondre.

Une cuisine, deux chambres, toilettes au fond de la cour. Puis l'appellation « Saumur-Champigny » pour les deux hectares. La taille, les vendanges, encore et encore. On est pauvre mais les enfants partent faire des études. A Saumur. Puis à Tours. Mr et Mme Fièvre leur louent un appartement. Véronique s'inscrit à la faculté des lettres, en sociologie, à deux pas du Palais de Justice où elle est aujourd'hui. Quelques humanités. Un redoublement et deux années d'études pour pas grand chose.

Le président Domergue joue au méchant. Il explique au père que le temps a passé, que la justice sait prescrire certaines choses... En clair si la révélation de certains secrets de famille pouvait l'éclairer il serait vraiment grand temps de le dire. Le père ne sait pas ce que prescription veut dire. Ou peut-être ne veut-il pas le savoir. On ne parle guère, dit-on, dans la famille Fièvre. Alors oui, c'est peut-être à cet instant que, dans sa cage de verre, Véronique versa une larme.

Jean-Yves Nau

Photo: Véronique Courjault entre dans le tribunal entourée des forces de l'ordre  Reuters

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Jean-Yves Nau
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Journaliste
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