Économie

Esprit du G20, es-tu là?

Temps de lecture : 7 min

La coopération internationale marque le pas. Après le bel élan de solidarité internationale qui avait suivi la panique financière de septembre 2008, pays développés et pays émergents réunis au sein du G20 promettaient de mettre au pas la finance et de travailler ensemble à la prospérité du monde. Ce temps paraît bien loin.

Session de travail du G8 à Camp David en mai 2012 avant le G20 de Los Cabos. REUTERS/Larry Downing
Session de travail du G8 à Camp David en mai 2012 avant le G20 de Los Cabos. REUTERS/Larry Downing

Rappelez-vous: après la faillite de Lehman Brothers, alors que le système financier américain était au bord du gouffre, que le virus des subprimes menaçait également de détruire d’autres grandes banques à travers le monde, que les marchés et l’investissement s’effondraient, bref que l’économie mondiale semblait menacée d’une crise au moins aussi grave et en tout cas plus brutale encore –mondialisation et interdépendance plus forte des nations obligentw– que celle de 1929, tous les grands de ce monde avaient manifesté un bel élan de solidarité.

La crise était si grave que les pays dits riches du G8 (les vrais riches du G7 plus la Russie) avaient jugé indispensable de travailler avec les grand pays dits émergents, eux-mêmes désireux de participer à une gestion mondiale plutôt défaillante. Pour l’occasion, on avait décidé de ranimer le G20, créé dans la précipitation après deux autres crises graves, celle des pays asiatiques en 1997 et celle de la Russie en 1998. Et, cette fois, on allait travailler au plus haut niveau, celui des chefs d’Etat ou de gouvernement.

Les paroles et les actes

Les sommets se sont enchaînés, à un rythme rapide: Washington (novembre 2008), Londres (avril 2009), Pittsburgh (septembre 2009), avec un objectif double: lutter contre la crise (il était alors recommandé aux Etats de prendre des mesures budgétaires pour soutenir leur demande interne) et établir de nouvelles règles d’encadrement de la finance et de coopération économique pour éviter que de telles crises se reproduisent. Qui ne se souvient des déclarations fracassantes de Nicolas Sarkozy:

«Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé»

Soyons justes: même s’il y avait un écart considérable entre des déclarations fracassantes comme celle-là et la réalité des décisions prises, ces sommets n’ont pas été inutiles.

La coopération internationale a permis de stabiliser les marchés et de faire repartir l’économie mondiale après la chute de la fin de 2008. Le FMI a été doté de moyens supplémentaires, des avancées ont été obtenues en matière de régulation financière.

Mais, assez rapidement, une fois passée la période de grande frayeur, chacun est revenu à ses préoccupations internes et les G20 ont commencé à moins intéresser les opinions publiques et les responsables politiques.

Les trois premiers sommets cités avaient été suivis partout dans le monde. L’intérêt porté aux suivants a progressivement fléchi, de Toronto en juin 2010 à Cannes en novembre 2011 en passant par Séoul en novembre 2010. Et qui se souvient qu’il y a eu un sommet à Los Cabos, au Mexique, en juin dernier? François Hollande, qui inaugurait alors son costume de président sur la scène internationale, s’est cru obligé de déclarer que ce G20 avait été «utile pour le monde (…), utile pour l’Europe et aussi pour la France», mais il a dû aussi reconnaître: «Tout n’y est pas.»

Le retour du chacun pour soi

En fait, dès le début, il était évident que l’esprit de réforme avait ses limites. Cela a commencé à apparaître de façon particulièrement évidente à Pittsburgh, où Britanniques et Américains, déjà plus rassurés sur l’avenir du monde, ont commencé à calmer les ardeurs réformatrices des Européens du continent et à songer surtout à l’avenir de la City et de Wall Street.

Avec la crise grecque et les problèmes de l’euro, on est entré dans une autre phase: là, il n’était plus question de solidarité, il fallait que les Européens remettent de l’ordre dans leurs affaires.

Faut-il s’étonner de cette évolution? Elle rappelle celle que l’on constate à chaque grande crise nationale ou internationale, de quelque nature que ce soit. La main sur le cœur, chacun s’écrie: «plus jamais ça!» et l’on annonce une foule de mesures. Et dès que les choses rentrent plus ou moins dans l’ordre, chacun retourne à ses affaires; certaines mesures sont effectivement prises, mais un peu édulcorées, d’autres tombent dans les oubliettes.

Réalisme électoral

En ce qui concerne l’économie, on revient d’autant plus vite au chacun pour soi que les dirigeants politiques ne sont pas dupes: qu’importe leur contribution à la bonne marche des affaires du monde, ils seront jugés sur ce qu’ils ont fait pour leurs concitoyens. Le réalisme électoral ne prête guère aux visions de long terme et à l’altruisme. N’en voulons pas à nos dirigeants pour leur courte vue ou leur égoïsme: ce sont nous, les électeurs, qui les poussons à se conduire ainsi.

Du coup, peu d’avancées ont été enregistrées sur un sujet de première importance, qui avait été jugé à l’origine de la crise, les subprimes n’ayant été que le détonateur: les déséquilibres mondiaux, tels qu’ils se manifestent au niveau des balances commerciales ou des balances de paiement. Lorsqu’ils atteignent des niveaux élevés, il est rare qu’ils se résorbent sans drame.

Agir à temps implique une surveillance internationale et des recommandations suivies d’effets dans les pays concernés. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les pays déficitaires ne sont pas seuls responsables, les pays accumulant les excédents doivent aussi prendre des mesures correctrices. Ce thème a été notamment abordé à Toronto en 2010.

Normalement, les pays excédentaires devraient accroître leur consommation intérieure et laisser leur monnaie s’apprécier, les pays déficitaires devraient exporter et épargner plus.

Les Etats-Unis donnent le mauvais exemple

Que constate-t-on? Aux Etats-Unis, le premier souci, à l’approche des échéances électorales, c’est l’emploi. Sur ce point, le président sortant a une alliée de poids, la Réserve fédérale, qui, sans état d’âme, quelle que soit la couleur politique des dirigeants en place, a toujours cette préoccupation de l’emploi en tête: ses dirigeants savent que c’est sur ce point qu’ils seront jugés et reconduits ou non avec l’aval du Congrès. Le résultat est connu: des injections massives de liquidités et un dollar maintenu à des cours artificiellement faibles.

Cette politique ne fait pas évidemment pas l’affaire de l’Europe, ou tout au moins celle des pays d’Europe qui auraient besoin d’un euro plus faible pour exporter (compte tenu des divergences très fortes au sein de la zone euro, il n’existe pas un «bon» niveau de l’euro convenant à tous les pays membres; la BCE constate que, le 2 octobre, en référence aux cours moyens de 2011, l’euro était en recul de 5,6% par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux de la zone, ce qui est plutôt favorable aux exportateurs).

La politique monétaire américaine ne fait pas non plus l’affaire des pays émergents, qui constatent que les faibles taux d’intérêt offerts par la Réserve fédérale poussent les capitaux à la recherche d’une meilleure rémunération à aller chez eux, avec comme conséquence pour eux un surcroît d’inflation ou une remontée de leur devise. Cette politique est vivement dénoncée par la Chine, dont les critiques sont appuyées par d’autres pays d’Asie, notamment la Corée du Sud, ou d’Amérique latine, Brésil en tête.

Les Etats-Unis, de leur côté, sans trop y croire, continuent de réclamer une réévaluation du yuan. Ils n’ont pas tout à fait tort: la Chine ne mène pas elle non plus une politique très coopérative. Même si elle se plaint d’un ralentissement de ses ventes à l’étranger, surtout en Europe, ses exportations ont établi en septembre un nouveau record mensuel à 186,3 milliards de dollars et, sur les neuf premiers mois de l’année, son excédent commercial s’élève à 148,3 milliards. La Chine fait partie incontestablement des pays qui contribuent le plus par leurs excédents aux déséquilibres mondiaux.

L’Allemagne n’est pas un modèle

En Europe, sommes-nous bien placés pour réclamer des politiques moins égoïstes, moins soumises aux intérêts strictement nationaux ou aux considérations électorales? Ce que l’on voit devrait nous inciter à une certaine modestie.

En Espagne, le gouvernement s’est refusé à demander officiellement l’aide de ses partenaires à proximité de deux élections régionales importantes le 21 octobre; mais une autre se profile en Catalogne pour le 25 novembre... Et l’Allemagne ne pousse pas trop Mariano Rajoy à agir: la participation à un plan d’aide à l’Espagne par le biais du Mécanisme européen de solidarité devrait être discutée au Parlement; Angela Merkel n’est pas enthousiasmée par la perspective d’un tel débat avant les élections législatives de septembre 2013...

L’Allemagne, toujours prompte à donner des leçons de vertu aux autres pays, surtout ceux d’Europe du Sud, est d’ailleurs un de ces pays dont les excédents structurels concourent aux déséquilibres mondiaux. C’est d’autant plus vrai que ces excédents résultent d’une volonté politique délibérée de s’engraisser sur le dos des autres.

Les chiffres rassemblés par les économistes de BNP Paribas sont on ne peut plus clairs: de 2001 à 2011, les exportations de l’Allemagne ont progressé de 70% en termes réels (en volume), alors que dans le même temps la consommation de ses ménages n’a augmenté que de 5%.

Jusqu’à présent, la seule justification avancée outre-Rhin était assez brutale: nous, nous avons travaillé, nous avons fait des sacrifices et notre pays a retrouvé ainsi toute sa compétitivité pendant que les pays du Club Med jouaient de la mandoline.

L’argumentaire s’est maintenant un peu affiné: nous avons été obligés de mener cette politique parce que notre démographie est moins favorable que celle de nos voisins, en particulier de la France; pour faire face au coût des retraites dans un pays où la population active commence à reculer, nous sommes obligés de dégager des excédents et d’épargner. L’argument n’est pas faux, il n’excuse pas tout.

Angela Merkel, qui étrangle ses voisins et veut en plus en être aimée et remerciée, annonce qu’elle envisage de soutenir la demande intérieure en Allemagne l’an prochain, notamment par des baisses d’impôt. Bien évidemment, ce geste serait décidé uniquement pour le bien de l’Europe; que cette baisse d’impôts soit envisagée pour l’année des élections législatives est une pure coïncidence...

Esprit de coopération du G20, faudra-t-il attendre la prochaine crise mettant en jeu les Etats-Unis et le reste du monde pour te revoir?

Gérard Horny

Gérard Horny Journaliste

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