France

Avec François Hollande, on a enfin une vision de l'Europe

Eric Le Boucher, mis à jour le 20.10.2012 à 16 h 10

Jusqu'ici, sous Nicolas Sarkozy comme aux premiers mois du nouveau Président, la France manquait d'arguments stratégiques.

François Hollande, le 19 octobre 2012 à Bruxelles.  REUTERS/Yves Herman

François Hollande, le 19 octobre 2012 à Bruxelles. REUTERS/Yves Herman

Le Parti socialiste est arrivé au pouvoir sans être prêt sur aucun sujet, ou presque. Il lui manquait d'abord une stratégie claire en matière économique et une vision européenne pour l'avenir.

Sur le premier manque, l'interview donnée par Pierre Moscovici aux Echos apporte un début de réponse. Le ministre de l'Economie annonce des réformes structurelles «continues et profondes».

En clair, le gouvernement s'apprête à faire l'inverse de ce qu'il a décidé dans le budget 2013 (taxer sans réformer).

Mais Pierre Moscovici ne donne aucun détail et confirme une déception: il n'y aura pas de choc de compétitivité «brutal», contrairement aux souhaits du Medef et de beaucoup d'économistes. Le ministre est «monsieur "Nous ferons ce qu'il faut" », les marchés financiers «ne seront pas déçus». Il comprendra que le scepticisme reste complet.

Sur le deuxième sujet, l'Europe, le président de la République a été plus convaincant dans une interview donnée à plusieurs journaux européens. La France dessine enfin une vision.

Jusqu'ici, sous Nicolas Sarkozy comme aux premiers mois de François Hollande, la France manquait d'arguments stratégiques. Depuis le début de la crise des dettes, l'Allemagne freine sur tout, en affirmant: «Je ne peux avancer ni vite ni beaucoup parce que nous devons respecter les textes européens et que je suis sous la surveillance démocratique scrupuleuse du Bundestag et de ma Cour constitutionnelle.» La seule issue est de faire l'union politique. La France, qui se sait déchirée sur la question européenne, ne veut pas entendre parler d'union politique: «Ce serait passer par un nouveau traité, donc un référendum: celui de 2005 a été perdu, merci bien, c'est non.»

Ce désajustement franco-allemand était fondamentalement insatisfaisant. L'Europe a répondu à la crise sans jamais trouver d'accord de fond, il a fallu s'en tenir aux rapports de force. Nicolas Sarkozy a constamment tordu le bras de la chancelière, depuis l'aide à la Grèce jusqu'à l'aide aux banques; François Hollande l'a isolée parmi les Dix-Sept sur le sujet de la croissance.

François Hollande ouvre enfin une issue en donnant sa vision. L'Europe doit avoir plusieurs vitesses, vieux souhait français réexprimé cette semaine par Jacques Delors. Le coeur en est la zone euro. Le reste de l'Union est d'abord un grand marché, mais c'est aussi à ce niveau que se décident les objectifs de politique étrangère, d'environnement, d'énergie. Des petits cercles de coopération renforcée sont possibles.

La zone euro, elle, doit avancer vers ce que François Hollande nomme «intégration solidaire», expression efficace à défaut d'être jolie.

Comment? D'abord en mettant en place ce qui a été décidé: l'union budgétaire et l'union bancaire, qui doit unifier les règles et les garanties de la finance européenne. Ensuite la France propose la mise en place d'un budget spécial zone euro, un renforcement des contrôles parlementaires, mais aussi une relance des politiques industrielles, fiscales et sociales.

Un schéma simple et européanisé

Sur ce dernier sujet, les idées sont floues mais nombreuses: un smic, l'interdiction de salaires «polonais» (l'Allemagne les pratiques en cachette), l'utilisation du budget zone euro pour financer l'assurance-chômage en Grèce ou en Espagne.

Ces avancées vers l'«intégration solidaire» ont paru inéluctables à David Cameron. Le Premier ministre de Grande-Bretagne a pris les devants et il a annoncé cette semaine quitter l'Europe de la justice et de la sécurité.

Et l'union politique? Elle viendra vite: ce sera l'objet des élections européennes de 2014. C'est la principale annonce de François Hollande, qui, jusqu'ici, craignant tout référendum, renvoyait la date à la saint-glinglin.

Désormais, le schéma est simple et européanisé: ce sera au Parti socialiste européen (PSE) de proposer une union politique et de gagner la majorité sur ce projet concret. Le PS français et le SPD allemand se seraient déjà implicitement entendus pour que le parti majoritaire à Strasbourg nomme le président de la Commission; le nom de Martin Schulz, actuel président du Parlement, est avancé.

Sur tous ces chapitres, les désaccords entre Paris et Berlin sont importants et publics. Les Vingt-Sept pourront encore beaucoup bloquer les Dix-Sept. La crise est loin d'être derrière nous, contrairement à ce qu'affirme le président français dans cette interview. Ni la Grèce, ni l'Espagne, ni la France, n'ont fait leurs devoirs à la maison. Mais, au moins, les discussions de fond peuvent s'ouvrir.

Eric Le Boucher

Article également paru dans Les Echos

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Cofondateur de Slate.fr
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