Monde

Bibi ne peut plus dire non à Obama

Jacques Benillouche, mis à jour le 09.06.2009 à 18 h 32

Jérusalem finira par accepter un Etat palestinien.

Autant les journées précédant le scrutin au Liban ont été émaillées de déclarations belliqueuses et de mises en garde menaçantes de la part des officiels israéliens, autant le silence était de mise après la proclamation des résultats. Le cabinet du premier ministre israélien avait donné des ordres pour qu'un profil bas soit respecté. Les préposés aux slogans de victoire ont été priés de mettre en sourdine leurs déclarations intempestives.

Jérusalem ne voulait nullement mettre de l'huile sur le feu et ne tenait pas à ce que des propos soient interprétés comme une provocation par un Hezbollah sous le choc. Les israéliens exultent dans le silence tandis que Netanyahou respire.  Dans les moments difficiles qu'il traverse, un conflit armé avec le Liban aurait terni son image déjà écornée et aurait ouvert un nouveau front qui lui laissait peu de marge de manœuvre.

Seul le quotidien «Israël Hayom» barrait sa première page avec le titre: «Liban: une claque pour le Hezbollah». Le service minimum a été demandé au ministère des Affaires étrangères qui s'est borné à une discrète nouvelle mise en garde: «tout gouvernement qui verra le jour à Beyrouth doit s'assurer que le Liban ne servira pas de point de départ à des violences à l'encontre d'Israël et des Israéliens».  Aucune allusion n'a été faite sur la défaite du Hezbollah imitant en cela la tactique de Saad Hariri qui a préféré lui aussi calmer le jeu: «dans ces élections, il n'y a ni gagnant, ni perdant».

Paradoxalement, les Israéliens ne verraient pas d'un mauvais œil la participation du Hezbollah à un gouvernement d'union nationale. Cela serait, disent-ils, un moyen de le museler et surtout de le convaincre, s'il participait aux décisions cruciales du pays, d'intégrer ses milices et son énorme arsenal au sein d'une armée dirigée par des chrétiens et revigorée par le résultat des élections. Avec le Hezbollah partenaire légitime d'un gouvernement libanais élu démocratiquement, le danger du front nord s'éloignerait et affaiblirait à fortiori la position du Hamas à Gaza qui serait forcé de composer avec le président palestinien Abbas.

La victoire des modérés libanais impose cependant un changement dans la politique de Benjamin (Bibi) Netanyahou, jusqu'à présent axée sur les gages qu'il doit donner aux partis nationalistes de sa coalition. Délesté de l'hypothèque du Hezbollah, il peut à présent se tourner vers Tzipi Livni pour l'intégrer à son gouvernement afin de prendre les décisions douloureuses réclamées par les Américains.

Shimon Schiffer du quotidien Yédiot Aharonot, estime que «le Premier ministre est en train de devenir  mûr  pour un tournant dans ses déclarations publiques concernant la solution au conflit avec les Palestiniens et se rapproche de la formule de deux Etats pour deux peuples.» Interrogée deux jours auparavant par la chaine 10, Mme Livni  est restée ferme sur des positions qui n'ont jamais évolué. Elle conditionne son retour aux affaires à une prise de position nette du premier ministre sur le problème palestinien, en particulier sur le principe de deux Etats, et sur ses intentions vis-à-vis des colonies de Cisjordanie.

Le président de l'Etat, Shimon Pérès, qui est loin d'inaugurer les chrysanthèmes, s'implique lui aussi de manière active dans l'avenir de la paix. Ses intimes confirment que ses services collaborent avec ceux du premier ministre et «ils élaborent un plan conjoint afin de relancer les pourparlers avec les Palestiniens dans le contexte d'accords régionaux et de normalisation des relations avec les pays arabes».

Le président, l'ami politique de Tzipi Livni, milite pour l'ouverture de discussions avec le parti Kadima dont il est issu. Il est persuadé que l'ancienne ministre des affaires étrangères libèrera le premier ministre du poids de ses extrêmes. Netanyahou ne prendra probablement aucun tournant à gauche mais il trouvera les mots et les phrases, pas forcément les actes, pour que les pressions américaines se fassent moins intenses contre lui.

Fin politique, il préfère calmer les inquiétudes du camp religieux et de celui des colons en laissant  planer le flou sur ses intentions: «Je lis des propos que l'on m'attribue mais que je n'ai pas dits. Nous souhaitons parvenir à la paix avec les Palestiniens et le monde arabe, en accord avec les Etats-Unis. J'ai l'intention d'offrir paix et sécurité aux citoyens d'Israël ». Le ministre de la défense Ehoud Barak le supplie de son côté de prendre une position positive forte sur les principes de la Feuille de Route.

La défaite du Hezbollah semble avoir détendu la situation politique dans la région mais certains commentateurs attribuent ce résultat à l'administration américaine qui, sous l'impulsion de Barack Obama, s'est impliquée profondément dans la campagne électorale libanaise.

L'hypothèque libanaise étant provisoirement hors d'actualité, un certain optimisme règne en Israël sur le maintien de cette situation de ni-guerre ni-paix régnant au nord et sur la capacité de l'Iran à peser sur Beyrouth. La victoire du camp pro-occidental libanais pourrait en revanche servir d'exemple et donner un soutien aux modérés iraniens à l'occasion de l'élection présidentielle du 12 juin.

Jacques Benillouche

Photo: Benjalin Netanyahou et Barack Obama à Washington  Reuters

 

Jacques Benillouche
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Journaliste
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