Economie

SFR/Vivendi: la fin de la convergence

Catherine Bernard, mis à jour le 16.10.2012 à 14 h 16

Il y a à peine 18 mois, Vivendi rachetait la participation de Vodafone. Aujourd'hui, c'est toute son activité télécoms qu'il compte, visiblement, céder: outre SFR, ses participations dans Maroc Telecom et l'opérateur brésilien GVT sont aussi, plus ou moins officiellement, en vente.

Une femme marche en tenant son téléphone dans les rues de Berne en Suisse. REUTERS/Michael Buholzer

Une femme marche en tenant son téléphone dans les rues de Berne en Suisse. REUTERS/Michael Buholzer

Un mariage avec Numéricable? L'absorption par Vodafone? Une cotation en Bourse? Pas un jour sans une nouvelle rumeur concernant le projet supposé de Vivendi de vendre –tout ou partie– de sa filiale SFR.

Et pourtant: il n'y a pas si longtemps, le même Vivendi se battait pour acquérir la totalité du capital de sa filiale, contrôlée à 44% par le géant britannique Vodafone. Un géant qui, pendant des années, a lui aussi rêvé d'avaler l'opérateur. Mais malgré les tourments de l'après-Jean-Marie Messier, Vivendi a toujours tenu bon face au premier opérateur mobile international. Et le bras de fer s'est terminé en avril 2011 –il y a tout juste 18 mois!–  par l'annonce du rachat, moyennant 7,95 milliards d'euros, de la participation de Vodafone par Vivendi.

Aujourd'hui, Vivendi semble donc faire volte-face. En fait, c'est toute son activité télécoms qu'il compte bien, visiblement, céder: outre SFR, ses participations dans Maroc Telecom et l'opérateur brésilien GVT (acquis en 2009) sont aussi, plus ou moins officiellement, en vente. Si ces rumeurs se confirment, le groupe présidé par Jean-René Fourtou ne contiendrait plus, bientôt, que des médias (Canal +), des jeux (Activision Blizzard) et de la musique (Universal).

Fatigué des tuyaux

Depuis avril 2011 il est vrai, l'univers du mobile a pris un coup de chaud. En quelques mois, le nouvel entrant Free mobile a subtilisé 5,4% du marché (3,6 millions d'abonnés) et imposé de nouvelles références tarifaires. Sérieusement à la baisse.

De quoi déstabiliser un marché devenu quelque peu ronronnant. Et provoquer la mise sur la touche de Frank Esser, pourtant patron de SFR depuis des années, puis celle de Jean-Bernard Lévy, son successeur et ex-président du directoire de Vivendi.

Mais malgré tout, l'arrivée de Free n'a pas détruit le marché. Orange, par exemple, a bien résisté, grâce au juteux accord d'itinérance négocié avec Free. Bouygues Telecom a beaucoup souffert (-16% de marge brute) mais SFR a passé l'orage dignement. Certes, son chiffre d'affaires a diminué de 5,9% –et de 8,6% dans le mobile.

Mais, reconnaît Vivendi lui-même, Free n'est responsable que d'une petite fraction de cette baisse: car les trois quarts de la décrue sont imputables «aux baisses de tarifs imposés par le régulateur», explique le communiqué des résultats du premier semestre. Quant à la marge brute, elle reste proportionnellement stable.

Bref, on est loin de l'hémorragie. Et du reste, dès avril 2011, autrement dit dès le rachat de la participation de Vodafone, Vivendi pouvait se douter que Free jouerait au trublion. Non, il semble bien, tout simplement, que Vivendi, qui peine toujours autant à valoriser le cours de son action et aimerait réduire son endettement, se soit lassé de courir plusieurs lièvres à la fois: les contenus d'un côté (Canal, Activision Blizzard, Universal), les tuyaux de l'autre (dont les opérateurs mobiles).

Et qu'après avoir envisagé, paraît-il, la cession de la branche contenu (Activision Blizzard, Canal ou Universal), le groupe soit en train de trancher, au contraire, en faveur de celle de la branche télécoms. «Entre les tuyaux et les contenus, Vivendi a finalement choisi les contenus», commente Jean-Luc Cyrot, co-fondateur de la société d'investissement Time. Jusqu'à preuve du contraire...

Finie la vache à lait

Le revirement paraît surprenant, mais... après tout, SFR ne sera plus avant longtemps la vache à lait qu'il a été ces dernières années lorsque son cash-flow (après investissements!) représentait plus de la moitié du cash-flow total du groupe!

Le marché français est mature, et entre la concurrence accrue et la régulation, les prix sont condamnés à baisser. Alors même que les besoins d'investissement reprennent, poussés par le très haut débit (fibre) et par les licences de 4e génération. Une cession permettrait donc de confier le bébé à un autre, voire de partager les frais avec un autre opérateur. Avec Numéricable par exemple, l'un des principaux opérateurs du très haut débit.

Certes, la situation n'est pas la même pour Maroc Telecom et GVT, deux opérateurs présents sur des marchés encore très dynamiques et en croissance (les baisses de marge au Maroc de Maroc Telecom sont compensées par le dynamisme d'autres marchés africains). Mais partout dans le monde, la téléphonie mobile commence à se consolider, et Vivendi n'ayant pas l'ambition de concurrencer Orange, Vodafone ou le Sud-Africain MTN, il n'est peut-être pas absurde de vendre ces pépites avant que les marges ne commencent, elles-aussi, à s'effriter.

Vivendi version light

N'empêche: si le groupe cède effectivement ces trois filiales, il sortira considérablement allégé de l'opération. Au premier semestre, SFR, GVT et Maroc Telecom représentaient 56,6% des ventes, et 61,2% de la marge brute. Autant dire que si l'ex-Générale des Eaux ne veut pas ressembler à une peau de chagrin, on peut s'attendre à ce qu'elle se prépare à une nouvelle vague d'acquisitions. Sans doute dans les activités conservées, autrement dit les médias, la musique et les jeux.

Quant à SFR, son éventuelle cession –même si Vivendi conserve une participation– ne devrait être qu'une première étape. «Il est clair qu'une consolidation à l'échelle nationale n'est qu'un premier pas vers une consolidation à l'échelle européenne voire internationale, estime Didier Pouillot, analyste à l'Idate, un institut de recherche sur l'audiovisuel et les télécoms basé à Montpellier: en Europe, on compte environ 100 opérateurs dans 27 pays et si certains appartiennent à des grands groupes comme Orange, les stratégies commerciales restent nationales.»

Une situation peu durable quand les marges confortables du passé s'évaporent comme elles le font désormais un peu partout. Si, dans un premier temps, SFR reste français, il ne serait guère étonnant que l'opérateur change à nouveau de mains dans les 2 ou  3 ans à venir.

Catherine Bernard

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