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Si Lance Armstrong est coupable, pourquoi ne va-t-il pas en prison?

Brian Palmer, mis à jour le 12.10.2012 à 16 h 30

Aux Etats-Unis, les sportifs dopés sont rarement poursuivis.

Lance Armstrong à Cape Town le 14 mars 2010, REUTERS/Mike Hutchings

Lance Armstrong à Cape Town le 14 mars 2010, REUTERS/Mike Hutchings

L'agence anti-dopage américaine a, mercredi 10 octobre, rendu public ce qu’elle considère comme la «preuve concluante et indéniable» que Lance Armstrong s’est rendu coupable de dopage.

Armstrong rejoint ainsi une longue liste d’athlètes professionnels qui ont été accusé de ou ont admis avoir utilisé des produits permettant d’améliorer leurs performances.

Pourquoi ces dopés ne vont-ils pas en prison?

C’est à la tête du client –et du juge. La possession de stéroïdes anabolisants sans prescription est, aux Etats-Unis, un délit fédéral punissable d’un an de prison maximum et d’une amende d’au moins 1.000 dollars. Mais les procureurs fédéraux ne s’intéressent presque jamais à ce genre de cas, qui sont considérés comme très peu prioritaires.

Les preuves de dopage des athlètes professionnels sont bien souvent très fragiles. Les meilleures preuves qu’un procureur pourrait trouver contre un athlète sont un contrôle anti-dopage positif ou un témoin ayant vu l’athlète en possession de ces produits –on est bien loin des trafiquants de drogue pris en flagrant délit de revente et qui sont déférés devant les tribunaux.

Rares sont les procureurs qui s’impliquent, tant les chances d’aboutir sont minces. La poursuite judiciaire d’athlètes professionnels pour possession de stéroïdes est tellement rare que lorsque l’ancien sénateur George Mitchell a cherché des joueurs pour coopérer à son étude sur les drogues utilisées pour améliorer les performances dans le baseball, il leur assura qu’aucun des 221 joueurs qui avaient alors été testés positifs n’avait fait l’objet de poursuites.

Les sportifs ont de quoi se payer de bons avocats

Tous les dopages ne sont pas illégaux. Les hormones de croissance ou l’érythropoïétine ne sont pas des substances contrôlées. Et se transfuser son propre sang, tout en étant contraire aux lois du cyclisme professionnel, n’est pas un crime.

Les procureurs qui pourraient se saisir de telles affaires craignent également ses retombées au niveau de l’opinion publique. Les athlètes professionnels peuvent souvent se permettre d’embaucher d’excellents avocats qui font traîner l’affaire pendant des années. Barry Bonds a été ainsi accusé d’entrave à la justice en avril 2011, soit plus de trois ans après s’être retiré des terrains, et son appel est encore en suspens. Près de deux ans se sont écoulés entre la mise en examen de Roger Clemens et son acquittement –il était tout de même accusé de faux témoignages, d’obstructions à la justice et de parjure.

Au cours de ces longues procédures, il arrive toujours un moment où un chœur de commentateurs va accuser le gouvernement de gaspiller les ressources du ministère de la Justice. A moins que les procureurs puissent accuser les athlètes de quelque chose d’un peu plus sérieux que la possession de produits interdits, le jeu n’en vaut pas la chandelle. L’affaire Armstrong est un exemple parfait: les procureurs l’ont accusé de trafic, de subornation de témoin et de fraude informatique, mais pas de possession.

La criminalisation de la possession de stéroïdes est très controversée. Les stéroïdes anabolisants ont été placés sur la liste des substances contrôlées en 1990, deux ans après que le canadien Ben Johnson a battu Carl Lewis aux JO de Séoul en utilisant ces substances, ce qui avait provoqué une certaine indignation du public à l’égard des stéroïdes.

Les stéroïdes, vraiment une drogue?

Au cours du débat, des représentants de la Food and drug administration (qui autorise la mise sur le marché des denrées alimentaires et des médicaments, NdT), de la Drug enforcement administration (chargée de faire appliquer la législation sur les produits stupéfiants, NdT) et de l’American medical association (association de médecins, NdT) se sont opposés à ce que les stéroïdes figurent sur la liste.

Ces personnes affirmaient que les stéroïdes anabolisants n’engendraient pas les mêmes risques de dépendance et pour la santé que d’autres produits contrôlés et classés sur la liste III, comme les amphétamines. Même aujourd’hui, certains Etats n’ont pas placé les stéroïdes sur leur liste de substances contrôlées. Des sondages récents indiquent également que les Américains souhaitent que le gouvernement fédéral ne se mêle pas de cette question épineuse du dopage.

Pour résumer, si des poursuites sont parfois engagées pour possession de stéroïdes, elles le sont rarement contre  des athlètes célèbres. L’accusé typique est un rat de salles de musculation qui a eu la mauvaise idée de se faire repérer avec sa cargaison ou qui a passé commande de produits par Internet. Dans l’écrasante majorité des cas, ce sont des procureurs de l’Etat ou des cours locales qui s’occupent du dossier.

Brian Palmer

Traduit par Antoine Bourguilleau

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