France

François Hollande, la rançon de l'impréparation

Eric Le Boucher, mis à jour le 12.10.2012 à 15 h 48

La politique économique actuelle, par impréparation aux difficultés réelles, par arrogance étatiste, ignorance et par effet psychologique désastreux, a une forte probabilité de ne pas conduire en douceur à la sortie de crise mais à son aggravation.

François Hollande, le 10 octobre 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande, le 10 octobre 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Vu d'en haut, avec un regard politique, pas de panique. La conjoncture est plus mauvaise que prévu, le budget 2013 fait mal mais c'est normal. Les hausses d'impôts font hurler les riches, normal. Elles touchent aussi les classes moyennes ou les retraités, c'est vrai, mais aussi peu que possible.

L'essentiel est qu'à la différence de Nicolas Sarkozy dont le mandat a été fauché par la crise, François Hollande arrive au pire moment, au plus bas, et qu'en somme, la croissance finira bien par revenir, en 2014 ou même 2015, en tout cas avant 2017. Les choses iront mieux et c'est le différentiel qui comptera. Normal.

Vues d'un regard économique, les choses ne tournent pas si rond. Au contraire. On sent comme un grand désarroi s'installer sur la politique économique qu'il faut mener.

Les socialistes sont arrivés au pouvoir dans un état d'incroyable impréparation. Dans leurs logiciels d'élus locaux à succès, la gestion de la France n'était pas si difficile.

Il suffisait d'abord que Nicolas Sarkozy parte pour apaiser le pays.

Ensuite, il fallait installer la rigueur, certes, et ce serait dur. Mais prendre aux riches devait faire l'affaire, en plus que de rétablir le sentiment de justice sociale. Quelques mesures de plus en faveur des jeunes. Un peu d'étatisme. Et voilà. La croissance allait revenir grâce à une pression sur l'Europe (1,7% en 2013, 2% en 2014, puis 2% à 2,5% ensuite), elle permettrait de s'en sortir sans engager de structurelles réformes de l'Etat social. En somme: les socialistes espéraient passer en douceur.

Rien ne se déroule aussi facilement. Le recul de la croissance mondiale cet été modifie complètement l'équation du quinquennat. La croissance française sera de 0,2% cette année et cette stagnation a toutes les chances de se poursuivre longtemps. Croissance nulle ou quasi nulle l'an prochain et croissance «potentielle» rétrécie pour la suite à 1%, sans doute moins, faute d'investissements. Les conséquences sont triples.

1. D'abord les objectifs de 3% de déficit en 2013 et de 0 % en 2017 n'ont plus aucune chance d'être atteints.

Le gouvernement a engagé une manoeuvre pour que ce soit Bruxelles qui admette des délais. La France espère que le 3,4% qu'elle atteindra fin 2013, et surtout les mauvaises perspectives pour la suite, ne seront pas pénalisés par les marchés.

Rien n'est moins assuré: le gouvernement sait qu'il ne peut pas s'engager sur une voie de confrontation avec l'Europe et les marchés qui ressemblerait à celle refusée par Pierre Mauroy en 1983: «Je ne sais pas conduire sur glace», avait dit le Premier ministre de l'époque, afin de convaincre François Mitterrand à la rigueur.

Aujourd'hui c'est pareil: si les taux remontent, la France ne saura pas comment échapper à une récession comme l'Espagne ou l'Italie. Mais pour éviter qu'ils remontent, il lui faudra, par prévention, couper elle-même dans ses dépenses. Bref, la croissance, dans tous les cas, va s'en ressentir.

2. Deuxième conséquence: l'Etat n'a plus les moyens d'offrir un vrai «choc de compétitivité» pour remonter les marges des entreprises. Cet argent doit être pris d'une façon ou d'une autre sur les ménages.

Et là aussi le dilemme est cruel. Il faudrait le faire pour relancer les investissements qui feront la croissance de demain. Louis Gallois va le redire dans son rapport. Mais c'est macroéconomiquement dangereux aujourd'hui: n'est-ce pas lâcher la proie (la consommation) pour l'ombre (les investissements)?

Conclusion: les entreprises attendront. Le pouvoir ne veut pas sacrifier 2013, quitte à pénaliser les croissances futures, celles qui doivent pourtant sauver la fin du quinquennat...

3. Troisième conséquence en chaîne: les entreprises ont compris qu'elles sont sacrifiées. La colère des «pigeons» n'est que la surface d'un sentiment général dans les milieux économiques.

En fait de choc de compétitivité, les dirigeants ressentent, à tort ou à raison, un choc d'animosité. François Hollande s'inquiète du fossé qui se creuse, il a clamé que les impôts seront stabilisés après 2013. Mais personne ne le croit. Et cette défiance risque de provoquer une véritable panne de l'investissement en France.

En clair, la politique économique actuelle, par impréparation aux difficultés réelles, par arrogance étatiste, ignorance et par effet psychologique désastreux, a désormais une forte probabilité de ne pas conduire en douceur à la sortie de crise mais à son aggravation. Solution? Il n'y en a qu'une: engager des réformes structurelles de l'Etat-providence. La crise interdira au quinquennat d'être calme. Une radicalité s'imposera. Mieux vaudrait la préparer et l'affronter.

Eric Le Boucher

Article également paru dans Les Echos

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Cofondateur de Slate.fr
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