Monde

Nobel de la paix: l'Europe n'a pas à rougir de son prix

Daniel Vernet, mis à jour le 13.10.2012 à 10 h 02

Les esprits chagrins trouveront toujours à critiquer. Mais l'Union a su s'imposer des normes qui ont facilité notre vie commune, excluant le règlement violent des différends. Si cela fait école au-delà de nos frontières, le Nobel n'en sera que plus mérité.

Le drapeau de l'Union européenne, à Berlin, le 12 octobre 2012.  REUTERS/Tobias Schwarz

Le drapeau de l'Union européenne, à Berlin, le 12 octobre 2012. REUTERS/Tobias Schwarz

Ne boudons pas notre satisfaction. En pleine crise de la zone euro, l’Union européenne est distinguée par le prix Nobel de la paix, qui plus est, par le comité du Parlement de Norvège, un pays qui par deux fois a refusé par référendum de rejoindre «l’Europe».

Souvent, les décisions du comité ont été critiquées, les mérites des lauréats dans la recherche de la paix ayant été sujets à caution. Ce ne devrait pas être le cas cette année.

Cinquante-cinq ans après le traité de Rome qui a créé le Marché commun, l’Union européenne mérite ce couronnement. Les esprits chagrins –il y en a– feront remarquer que ce n’est pas la construction européenne qui a amené la paix, mais la paix retrouvée après la Seconde Guerre mondiale a permis le développement de cette création originale.

Un «objet institutionnel non identifié», disait Jacques Delors, qui a inventé des principes, des règles de conduite, des commissions et des forums, y compris un Parlement, afin d’empêcher les conflits d’intérêt de revêtir des formes brutales, de trouver des compromis d’abord entre six Etats jusqu’à vingt-sept aujourd’hui, et sans doute plus de trente dans un avenir proche.

«Le nationalisme, c’est la guerre», avait dit François Mitterrand au moment des guerres dans l’ex-Yougoslavie. Le mérite de «l’Europe», que ce soit l’Union européenne ou ses ancêtres le Marché commun et la Communauté européenne, c’est d’avoir réussi à encadrer les nationalismes, à les dépasser, à amener les nations à mettre en commun leur souveraineté. Au moins une partie de cette souveraineté nationale dont le respect et la défense, y compris par les armes, avait été le fondement de l’ordre européen depuis le XIXe siècle, avec les conséquences dramatiques des deux guerres mondiales.

Les succès de l'Europe...

Le comité Nobel énumère les lettres de créance de l’UE: la réconciliation franco-allemande, qui a rendu une guerre «impensable» entre les deux pays, l’intégration des anciennes dictatures de l’Europe du sud dans les années 1980 puis celles des anciens satellites de Moscou au début du XXIe siècle.

L’UE a été un promoteur pacifique de la démocratie sur le continent européen, exportant les principes de l’Etat de droit et «important» en son sein les nouveaux Etats démocratiques. Le comité voit dans l’adhésion prochaine de la Croatie et dans les négociations avec d’autres républiques de l’ex-Yougoslavie la preuve de l’efficacité de l’UE dans les Balkans.

On ne saurait pourtant oublier que les guerres sur les marches méridionales de l’UE sont un de ses plus grands échecs. Il n’est pas trop tôt pour essayer de le réparer.

L’aide au développement, certes insuffisante au regard des critères établis par l’ONU, mais supérieure à ce que font les autres pays, la participation aux missions de maintien de la paix, le partenariat oriental qui vise à stabiliser l’environnement européen de l’UE, doivent aussi être portés au crédit des Européens qui ont quelques sujets de fierté, malheureusement occultés par la crise.

... sans oublier ses échecs

Toutefois, le principal mérite de l’Union européenne est sans doute de proposer, sinon un modèle, du moins une esquisse d’organisation de la coopération entre Etats, petits et grands, aux traditions et aux cultures variées, aux niveaux de développement et de prospérité divers.

En ce sens, elle pourrait être une source d’inspiration pour un monde chahuté qui cherche depuis plus de vingt ans et la fin de la confrontation Est-Ouest un principe d’organisation, à la fois global et pluriel. L’UE a produit des normes, et continue à en produire, parfois trop. Le respect de ces normes facilite la vie en commun même s’il est parfois contesté. Il exclut en tous cas le recours à la force pour régler les différends entre Etats.

C’est l’apport principal des Européens à leur propre histoire. S’il fait école au-delà des frontières européennes, le prix Nobel de la paix 2012 n’en sera que plus justifié.

Daniel Vernet

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