Difficile d’être franchement optimiste pour l'économie

Les prévisions du FMI sont venues doucher un peu plus les espoirs: non seulement les perspectives de croissance pour 2013 sont encore réduites, mais les chiffres annoncés pourraient ne pas être atteints...

Cristina Palanti dans son restaurant L'e'Maiala à Florence a ouvert une salle de 40 tables où l'on échange des légumes biens d'occasions contre un repas pour encourager à sortir malgré la crise. REUTERS/Alessandro Bianchi

- Cristina Palanti dans son restaurant L'e'Maiala à Florence a ouvert une salle de 40 tables où l'on échange des légumes biens d'occasions contre un repas pour encourager à sortir malgré la crise. REUTERS/Alessandro Bianchi -

Inévitablement, chacun est amené à se poser la question: le gouvernement Ayrault se moque-t-il de nous quand il bâtit son budget sur une croissance du PIB de 0,8% l’an prochain et prend pour hypothèse un taux de croissance de 2% l’an sans discontinuer entre 2014 et 2017? Ou alors nos dirigeants ont-ils encore la naïveté de croire qu’ils peuvent faire fi du climat économique ambiant en Europe et dans le monde et redonner très vite du tonus à notre économie?

Les ministres concernés ont très clairement posé le débat: une prévision de croissance doit être à la fois «réaliste» et «volontariste». Réaliste, car elle ne doit pas trop s’éloigner de la moyenne des prévisions formulées par les économistes d’autres institutions publiques et privées sous peine de ne pas être crédible. Volontariste, car le taux retenu ne sert pas seulement à calculer les recettes fiscales raisonnablement prévisibles, il a aussi un impact psychologique: si le gouvernement annonce dès le mois de septembre que la croissance de l’année suivante va être médiocre, il ne va guère contribuer à améliorer la confiance des agences économiques, particuliers ou entreprises.

Dans un pays qui manifeste déjà une humeur plutôt dépressive, il importe que les dirigeants fassent preuve d’un minimum de confiance dans l’avenir. Et c’est ainsi que l’on se retrouve avec une prévision officielle de 0,8% en 2013 qui est dans le haut de la fourchette de l’ensemble des prévisions et un chiffre de 2% pour la suite qui est davantage une hypothèse de travail qu’une prévision.

Le constat et les craintes du FMI

Le FMI, en annonçant pour la France au taux de croissance de 0,4%, fait lui, son travail de pur technicien. On remarquera d’ailleurs que son chiffre ne constitue pas une surprise: il est dans la moyenne des prévisions qui circulent actuellement. Il est inférieur de 0,5 point à celui qui avait été annoncé en juillet, mais cette révision est exactement de la même importance que celle à laquelle il a été procédé pour l’ensemble de la zone euro: en juillet, le FMI estimait qu’elle croîtrait de 0,7%, maintenant il ramène sa prévision à 0,2%. Quant à la croissance mondiale, il la ramène de 3,9 % à 3,6%.

Pourquoi cette révision à la baisse? D’abord parce que, depuis le mois de juillet, l’économie a enregistré un ralentissement général, ensuite parce que les incertitudes restent fortes pour l’avenir. Dans les deux cas, détérioration au cours des derniers mois et persistance de forts risques pour la croissance future, les problèmes de la zone euro jouent un rôle déterminant. Mais ce n’est pas la seule explication.

Deux autres facteurs imprévus sont venus compliquer la  situation. D’abord les prix du pétrole ont recommencé à se tendre à la fin de juillet. Ensuite, la sécheresse qui a sévi aux Etats-Unis et à l’est du continent européen a provoqué une hausse des prix du blé, du maïs et du soja qui, en renchérissant le coût de l’alimentation animale, a entraîné une hausse généralisée des prix alimentaires.

Cette dernière hausse a pesé sur le pouvoir d’achat des ménages et donc sur leur consommation. Ces deux éléments sont venus nous rappeler cruellement la fragilité de toutes les prévisions économiques: des événements imprévus —et pour certains imprévisibles comme les caprices de la météo— peuvent à tout moment venir perturber les scénarios les plus élaborés.

La zone euro, première zone à risques, mais pas la seule

Quant aux risques pesant sur l’activité future, ils sont connus. D’abord les problèmes de la zone euro. Quoi que l’on en pense, le vote du traité européen est une bonne chose: son rejet par la France aurait inévitablement provoqué une nouvelle crise. La levée de cette hypothèque était d’autant plus souhaitable que les problèmes ne manquent pas: si un calme relatif est revenu sur le marché des dettes souveraines, il reste maintenant à mettre à œuvre toutes les décisions prises au cours des derniers mois concernant le mécanisme européen de stabilité, les interventions de la BCE, l’union bancaire, etc.

Au-delà des accords de principe, des divergences substantielles existent encore sur les modalités d’application et, à tout moment, en Grèce, en Espagne ou ailleurs, de nouvelles difficultés peuvent survenir. Comme dirait Jean-Pierre Raffarin, «la route est droite, mais la pente est forte»…

Comme le souligne aussi le FMI dans les travaux publiés à l’occasion de son assemblée générale à Tokyo, deux grands pays avancés, le Japon et les Etats-Unis, ont aussi des problèmes de dette publique: à la fin de cette année, on devrait être autour de 236,6% du PIB pour le premier (un record toutes catégories) et de 107,2% pour les seconds (plus que la France, 90%, et que la zone euro, 93,6%).

Dans les deux cas, les choses se sont relativement bien passées jusqu’à présent, grâce à une épargne intérieure forte pour le Japon et au rôle du dollar comme monnaie de réserve pour les Etats-Unis, mais une correction s’impose pour éviter de mauvaises surprises semblables à celles de l’Europe.

Chacun a ses petits problèmes…

En clair, l’Europe n’est pas seule à avoir des problèmes, mais si les siens sont particulièrement visibles en ce moment. Il est certain que l’assainissement des finances publiques va peser durablement ici sur la croissance, même en supposant qu’on ne s’accroche pas inutilement à des objectifs qui se révéleraient inatteignables, comme celui d’un déficit de 3% du PIB en France l’an prochain.

Mais beaucoup d’autres pays ont à faire face à des problèmes structurels. Aux Etats-Unis, en plus de la question de la dette publique, il faut souligner que l’endettement privé reste encore élevé et que toute les séquelles de la crise immobilière n’ont pas disparu. Dans les pays émergents, on voit que la Chine peine à passer à un modèle de croissance davantage appuyé sur la demande interne et moins destructeur de l’environnement; l’Inde n’arrive pas à adopter les réformes économiques dont elle aurait besoin; le Brésil est limité par les faiblesses de sa production manufacturière et la satisfaction de la demande interne lui impose des importations d’un niveau élevé, ce qui complique sa politique de change, etc.

Bref, pour toutes ces raisons, même en supposant qu’il n’y ait pas d’accident majeur du type crise géopolitique et conflit mettant en cause des pays producteurs de pétrole, la croissance paraît durablement bridée. Plusieurs conclusions sont donc à tirer pour notre pays.

1. Il ne faut pas croire qu’une fois passée la difficile période du choc fiscal annoncé pour 2013, la situation va être nettement plus confortable dès 2014 ou 2015. Le redressement sera long et progressif et les 2 % de croissance l’an à partir de 2014 ne sont pas acquis.

2. Dans un monde en croissance modeste, la bataille pour les parts de marché va être rude. La recherche d’une plus grande compétitivité va imposer des réformes profondes: on ne peut demander aux entreprises et aux entrepreneurs un effort fiscal significatif si par ailleurs on ne leur permet pas de s’organiser pour trouver une plus grande productivité et une meilleure rentabilité.

3. A cour terme, on ne peut exclure de mauvaises nouvelles. L’Insee a prudemment annoncé une croissance zéro pour les deux derniers trimestres de l’année en cours, ce qui ferait cinq trimestres consécutifs à zéro. Une telle régularité paraît peu probable. Comme on a un peu de mal à imaginer des taux de croissance positifs pour cette période, compte tenu des derniers chiffres connus, on doit envisager un voire deux trimestres négatifs.

Si cette dernière hypothèse se vérifie, on parlera alors de récession «technique» (deux trimestres négatifs consécutifs). Il ne faudra pas s’en émouvoir outre mesure: la différence entre une croissance zéro et un recul de l’activité de 0,1% est plus psychologique que réelle. Mais, évidemment, cela compliquerait encore un peu plus la tâche du gouvernement.

Dans tous les cas, quand on entend le FMI parler de risques «alarmants», il ne faut pas paniquer: cela fait partie de son rôle d’attirer l’attention des dirigeants politiques sur des risques qui ne se matérialiseront pas s’ils font ce qu’il faut. Mais il faut être conscient du fait qu’on n’est pas encore tiré d’affaire.

Une bonne nouvelle, toutefois: les derniers indicateurs montrent une légère amélioration de l’activité au niveau mondial au mois de septembre. C’est peut-être la fin du ralentissement observé au cours des derniers mois. Si la nouvelle se confirme, l’Europe peut espérer une amélioration à partir du deuxième trimestre de l’an prochain. Courage!

Gérard Horny

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L'AUTEUR
Journaliste, spécialiste des questions financières et patrimoniales. Auteur de La Bourse pour les nuls First Editions. Ses articles
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Publié le 12/10/2012
Mis à jour le 12/10/2012 à 7h04
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