Sports

Dopage: Lance Armstrong a encore une chance de rester un grand champion

Grégoire Fleurot, mis à jour le 11.10.2012 à 12 h 19

La question n'est plus de savoir si l'Américain s'est dopé mais pourquoi il continue à nier l'évidence.

Lance Armstrong à New York le 22 septembre 2010, REUTERS/Lucas Jackson

Lance Armstrong à New York le 22 septembre 2010, REUTERS/Lucas Jackson

Le verdict de l’agence antidopage américaine (Usada) est sans appel: «Les preuves montrent, sans le moindre doute, que l'US Postal a mis en place le programme de dopage le plus perfectionné, le plus professionnel et le plus efficace jamais vu dans le sport.»

Après la lecture du résumé de 200 pages du rapport (qui en fait plus de 1.000) que l’Usada vient de transmettre à l’Union cycliste internationale (UCI) et à l’Agence mondiale antidopage (Ama), même les défenseurs les plus déterminés de Lance Armstrong et de son innocence vont devoir se rendre à l’évidence. L’Américain a utilisé des moyens illicites pour gagner ses sept Tour de France consécutifs de 1999 à 2005, aidé par un système de dopage systématique et sophistiqué mis en place par son équipe.

En général, après un tel réquisitoire, le public s’attend à ce que l’ancien héros tombé de son piédestal s’avance face à lui et fasse un mea culpa médiatique. Mais vous n’êtes pas prêts de voir Lance Armstrong s’adonner à des excuses publiques. L’Américain a toujours farouchement nié s’être dopé, qualifiant de «chasse aux sorcières violant la Constitution», d’acharnement ou encore de vendetta les enquêtes menées sur son cas.

Complot du gouvernement

Il s’est même retiré en août dernier du processus d’arbitrage qui l’opposait à l’Usada, ce qui lui a évité d’avoir à témoigner sous serment. Il avait expliqué à l’époque qu’il n’avait plus la force de répondre aux accusations de dopage auxquelles il est confronté depuis 1999.

La publication du rapport de l’Usada, qui contient 26 témoignages, dont 15 anciens coéquipiers de Lance Armstrong, des preuves de paiements, des emails, des données scientifiques et des résultats de tests de laboratoires, ne semble pas avoir altéré sa détermination à ne jamais avouer et à dénoncer l’existence d’un complot contre lui. Son avocat s’est empressé de le qualifier d’«entreprise de démolissage partiale» et de «chasse aux sorcières financée par le gouvernement».

Cette posture ne devrait plus convaincre qui que ce soit ayant lu le résumé du rapport. Mais finalement,  là n’est pas le plus important. Les fans de cyclisme ne sont pas dupes, et considèrent pour la plupart les coureurs cyclistes comme dopés. Au vu de la liste des anciens vainqueurs et autres héros des montagnes déchus pour dopage ou fortement soupçonnés, on ne peut pas leur donner tort.

Rédemption

Cela ne les empêche pas d’aimer le Tour de France et de suivre cette épreuve mythique avec passion chaque année. Les spectateurs ne sont mêmes plus dupes et considèrent avec ironie les performances toujours plus folles des pédaleurs. Mieux, le public pardonne aux dopés repentis et peut même en faire des héros. Richard Virenque, symbole du scandale de l’EPO en 1998, a d'abord nié vigoureusement s’être dopé volontairement, avant d’avouer sa faute en 2000 lors du procès Festina. Il est depuis redevenu un des cyclistes préférés des Français. L’idée que tout le monde a le droit à une seconde chance fait même partie des valeurs américaines, et dont son compatriote texan George W. Bush est l’exemple le plus marquant de ces dernières années.

Mais Armstrong ne semble pas prêt à troquer sa tunique de légende vivante du cyclisme contre celle de simple dopé repenti comme ses anciens coéquipiers et lieutenants Tyler Hamilton et George Hincapie, qui ont tous deux témoigné contre lui. La question aujourd’hui n’est plus «Lance Armstrong s’est-il dopé pour gagner ses sept Tour de France» mais plutôt «Pourquoi continue-t-il de clamer son innocence?». Car Armstrong a encore le choix de l’image qu’il veut laisser: celle d’un grand champion qui s’est dopé comme la plupart de ses concurrents, ou celle d’un homme qui s’est obstiné à mentir jusqu’à la fin.

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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