Vivons-nous vraiment en démocratie?
Dans «Principe du gouvernement représentatif», initialement publié en 1993 et réédité le 10 octobre, Bernard Manin remet en cause l'élection au suffrage universel comme quintessence de la démocratie. Il explique pourquoi nos démocraties modernes n'en sont pas vraiment et pourquoi les révolutionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles ont préféré mettre en place un système aristocratique plutôt qu'un gouvernement du peuple par le peuple.
- Le serment du jeu de Paume, le 20 juin 1789, tableau de Jacques-Louis David, musée Carnavalet, Paris. -
«Principe du gouvernement représentatif.» Avec un titre pareil, ce livre ne figurera sans doute pas parmi le top des ventes de la Fnac. Malgré sa couverture jaune pétante et la mention «postface inédite», il a peu de chance d'être l'objet d'un achat impulsif.
Pourtant, je plaide pour que cet ouvrage soit distribué à toute personne en âge de voter, voire même remboursé par la sécurité sociale. En effet, ce livre pourrait bien bouleverser votre vision de la démocratie, du moins telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui.
Car Bernard Manin, direteur d'études à l'EHESS et professeur à la New York University, s'attaque ici aux fondements mêmes de notre système politique. Dès la première phrase, le ton est donné:
«Les démocraties contemporaines sont issues d'une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie.»
On a tendance à penser aujourd'hui que la délégation de la souveraineté populaire à des représentants était motivée par des contraintes techniques. C'est la taille et la population des Etats modernes qui auraient rendu impossible la démocratie directe, entend-on souvent. Manin démontre qu'il n'en est rien, et que, si aujourd'hui le peuple doit passer par le truchement de représentants pour faire entendre sa volonté, c'est pour des raisons beaucoup plus politiques que pratiques.
Il insiste sur le fait que les révolutionnaires anglais, français et américains ne se targuaient pas d'être des démocrates. Pour les instigateurs du gouvernement représentatif, il n'a jamais été question de fonder un gouvernement du peuple par le peuple, mais bien un système aristocratique, composé d'élites jugées mieux à même d'exercer le pouvoir en lieu et place des citoyens.
Les théoriciens de l'époque considéraient la représentation non pas «comme une approximation du gouvernement par le peuple» mais comme «un système politique substantiellement différent et supérieur» à la démocratie. Il cite Madison, un des pères fondateurs américains et 4e président des Etats-Unis, pour qui le but du système représentatif est «d'épurer et d'élargir l'esprit public en le faisant passer par un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays».
En d'autres termes, le bas peuple n'étant pas assez compétent pour se gouverner lui-même, il est préférable de confier la conduite du pays à des élites éclairées. Nous sommes ici bien loin de l'idéal démocratique.
La disparition du tirage au sort
Mais alors, comment se fait-il que nous appelions démocratie ce système historiquement aristocratique? C'est une des questions auxquelles tente de répondre Bernard Manin dans cet ouvrage. Pour cela, il nous invite à remonter aux sources de la démocratie athénienne.
Selon lui, deux choses séparent les «gouvernements représentatifs» des démocraties antiques. D'abord le fait que le «gouvernement représentatif n'accorde aucun rôle institutionnel au peuple assemblé» alors qu'à Athènes, chaque citoyen pouvait siéger à l'Ecclésia (assemblée), participer aux débats et voter les lois. Il fait ensuite remarquer que la plupart des charges publiques y étaient pourvues non pas par élection, mais par tirage au sort (nous en parlions ici).
Cette méthode de désignation des représentants utilisée quotidiennement à Athènes, mais également dans nombre de République italiennes à la Renaissance (Florence, Venise...), était alors intimement liée à la démocratie.
Montesquieu ne s'y était d'ailleurs pas trompé quand il écrivait que «le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie». Pourtant, «aucun des régimes représentatifs établis depuis deux siècles n'a attribué par le sort la moindre parcelle de pouvoir politique», fait remarquer Manin. Il note d'ailleurs que le tirage au sort est aujourd'hui considéré comme absurde et anachronique. Ce qui a le don d'irriter l'auteur et de le faire sortir de la réserve qui caractérise généralement les universitaires pour interpeller le lecteur:
«Comment pouvons-nous ne pas pratiquer le tirage au sort, nous qui nous déclarons démocrates?»
Il montre que ce procédé a été sciemment occulté par «les élites cultivées qui établirent le gouvernement représentatif» au profit d'une méthode de sélection aristocratique: l'élection.
Aristote, Harrington, Montesquieu ou encore Rousseau avaient déjà mis en avant le caractère aristocratique de l'élection. Ici l'auteur vient valider cette intuition. Il démontre que «l'élection, ne peut, par sa nature même, aboutir à la sélection de représentants semblables à leurs électeurs».
Bernard Manin explique pourquoi, malgré son caractère inégalitaire, l'élection s'est imposée dans les démocraties représentatives au détriment du tirage au sort. Pour lui, l'émergence de l'école du droit naturel, portée par Locke et Hobbes, a joué un rôle important dans ce basculement en fondant la légitimité de la représentation sur le consentement du peuple, consentement moins évident à obtenir avec le tirage au sort.
«Il n'importait plus que les fonctions publiques soient distribuées de façon plus ou moins égale entre les citoyens. La seule chose qui comptait vraiment était que leurs titulaires soient désignés par le consentement des autres», analyse Manin. Et non contents de choisir un mode de désignation aristocratique, les tenants du gouvernement représentatif ont également fait en sorte que «les élus soient issus d'un rang social plus élevé que ceux de leurs électeurs, qu'ils se situent plus haut», ce que l'auteur appelle «le principe de distinction».
Le triomphe de l'élection
Mais, c'est avec l'avènement du suffrage universel que l'élection s'est profondément ancrée dans les mœurs occidentales. L'extension du droit de vote aux plus démunis pouvant laisser penser que «le gouvernement représentatif se muait peu à peu en démocratie». Pour autant, l'élection n'en est pas devenue démocratique, notamment parce que les élus n'ont toujours eu à rendre compte de leurs actes à leurs électeurs.
En effet, les mandats impératifs et la possibilité de révoquer les représentants, qui auraient obligé les représentants à mettre en œuvre la volonté populaire, n'ont jamais été mis en place. On ne peut donc pas parler de gouvernement indirect par le peuple, car les représentants n'ont pas pour vocation de transcrire la volonté populaire en loi mais de faire ce qu'ils jugent le plus opportun pour l'intérêt général.
Manin nuance toutefois son propos en rappelant que le caractère récurrent des élections pousse les élus à prêter une oreille attentive aux gouvernés, à anticiper leur jugement, sous peine de ne pas être réélus. En ce sens, le gouvernement représentatif est un régime mixte où des éléments démocratiques sont incorporés à un système par nature aristocratique.
Dans le dernier chapitre de son ouvrage, Bernard Manin retrace les évolutions qui ont marqué les gouvernements représentatifs au cours des deux derniers siècles. Il explique qu'aux débuts du gouvernement représentatif, les parlementaires étaient principalement des notables, élus pour leurs attaches locales, dont les votes étaient fondés sur les discussions à l'Assemblée et non sur la volonté populaire.
Puis, avec l’avènement du suffrage universel au milieu du XIXe siècle, des partis de masse se sont créés pour encadrer les votes, transformant les parlementaires en hommes d'appareils dont les votes à l'Assemblée étaient dictés par la discipline du parti.
Au début des années 1970, la «démocratie de parti» s'est essoufflée et a laissé la place à la «démocratie du public», caractérisée par l’émergence de leaders politiques devenus experts en communication, dont l'élection se fonde principalement sur l'image qu'ils renvoient, contrairement à la période précédente où les électeurs forgeaient davantage leur avis en fonction du programme électoral.
Mais malgré les évolutions qu'a connu le gouvernement représentatif, «il est tout le moins incertain que l'histoire soit allée dans le sens d'un rapprochement entre gouvernants et gouvernés et d'un plus grand contrôle de ceux-ci sur ceux-là», fait valoir Bernard Manin.
Malgré cette démocratisation en trompe l’oeil, «le rapport entre représentants et représentés est maintenant perçu comme démocratique alors qu'il fut conçu en opposition avec la démocratie». Pour l'auteur, cette confusion sémantique et historique tient à l'ambivalence des gouvernements représentatifs et de leur corollaire, l'élection, à la fois aristocratiques et démocratiques.
La force de cet ouvrage est de nous faire réfléchir à la signification de la démocratie, et au rapport entre gouvernants et gouvernés, dans les «démocraties» contemporaines. En décrivant les institutions démocratiques de l'Athènes antique et leur fonctionnement, il propose également des clés pour penser un système politique où le citoyen serait acteur et non pas simple spectateur consentant.
Certes, Principes du gouvernement représentatif ne se lit pas avec autant d'aisance que les livres de Stéphane Hessel ou de Marc Lévy. Mais pour un ouvrage aussi dense et riche, qui présente avec clarté de nombreux concepts qui ont marqué l'histoire de la théorie politique, il reste étonnamment accessible. Aucune raison donc de vous en priver, surtout qu'un classique de la théorie politique tel que celui-là est toujours du plus bel effet dans une bibliothèque.
Emmanuel Daniel
Mis à jour le 29/10/2012 à 9h45














































Il y a le français Étienne Chouard qui s'est spécialisé dans la compréhension de la démocratie et qui fait de nombreuse vidéos d'explication sur internet depuis quelques années, même si il y place un prisme très "gauche". L'herbe semble toujours plus verte ailleurs, et certains s'imaginent la démocratie "réelle" parée de toute les vertus.
Pour ma part je ne pense pas qu'il y a de meilleur système qu'un autre dans l'absolu, mais seulement un meilleur système adapté à un environnement et des objectifs affichés, c'est à dire que ce qui m'intéresse est la plasticité du système de gestion qu'il soit politique ou économique.
En France, la séparation des pouvoirs et le système représentatif sont à l'évidence très imparfaits de sorte que notre démocratie est fonctionnellement très imparfaite.
Et d'autant plus imparfaite que des "experts", des réseaux, des procédures diverses (notamment celles accordant des autorisations ou des subventions), le népotisme généralisé, etc… - des nomenclaturas en somme - , dégradent encore par surcroît, notre très imparfaite démocratie en accaparant illégitimement, de façon légale ou illégale, des droits, des pouvoirs ou des ressources publiques.
Tartuffe ne croit pas. Il n'est pas croyant. Mais fait comme s'il croyait. Comme s'il était croyant. Et à force de paraître ce qu'il n'est pas, il finit par être ce qu'il ne paraît pas : un mécréant... un faux croyant... un hypocrite fini devant l'infini.
Tartuffe ne croit pas. Mais il veut se faire passer pour celui qui croit et finit par y croire. Par se prendre ou se faire prendre au jeu... à ce jeu que l'on joue par en dessous et que l'on nomme hypocrisie. et Molière l'a bien compris : il y a imposture... mauvaise ou fausse posture de celui qui ne croit pas un traître mot à ce qu'il raconte mais qui, au fond de lui-même reste persuadé d'être vrai... un vrai menteur c'est tout ce qu'il est!
Tartuffe ne croit pas qu'il ne croit pas, résultat : il y croit.
Le démocrate ne croit pas qu'il croit résultat : il s'y croit. Et pousse les autres à le croire. Sur parole bien sûr!
Que nous dit Tartuffe, quand on prend le temps de le confesser, puisque la fessée est interdite.
Il nous dit en premier que la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. C'est sa pistis, comme on dit en grec, sa croyance, toute l'étendue de sa croyance qui est à l'œuvre. Mais rien qu'une croyance, c'est à dire l'expression de ce qu'il désire, pas de ce qui est. C'est là qu'il prend ses désirs pour la réalité et nous autres pour des perroquets.
Il nous dit en deuxième que la démocratie est une libre association où les sujets sont tour à tour, gouvernants et gouvernés. Ce n'est plus une croyance mais une opinion, une doxa qui reste vraisemblable mais non vraie, jamais relatée par les faits, ni attestée par l'histoire.
Attention nous dit Tartuffe, cette opinion vraie reste vrai et sera toujours vraie même si elle n'est jamais vérifiée. Cela s'appelle un paradigme... un modèle... une sorte de pensée régulatrice ... qui dit ce qui doit être sans se préoccuper de ce qui est.
Nous voilà bien avancés. Mais la politique est un art (techné) rappelle Tartuffe et non une science (epistémé): moralité : il ne faut pas pousser le bouchon trop loin... juste ce qu'il faut pour sauver les apparences.
En troisième, nous dit Tartuffe: de quoi on se plaint ? Quel est le vrai sujet de discorde: les hommes, les idées ou les institutions?
Parce que pour lui, l'enjeu et le seul, c'est qu'on en arrive à ce que les hommes soient les maîtres de leursdécisions, n'est-ce pas ?
Ou du moins qu'ils aient cette impression.
Quoi? L'impression de paraître ce qu'ils ne sont.
C'est là que l'on retrouve vraiment Tartuffe... l'être pour lequel il n'y a pas de différence fondamentale entre être et paraître... entre décider et l'impression de décider. Entre vraie et fausse liberté, la liberté étant un dénominateur commun entre les deux... merci pour la tartufferie messieurs les démocrates!
C'est ce qui m'incline à dire ou redire, que la démocratie est sœur jumelle de l'hypocrisie... la vérité y est mais faussée, le peuple y est mais manipulé, le pouvoir y est mais doublé, la liberté y est mais corrigée...la Foi y est mais mauvaise !
On n'en sort pas... on ne s'en sortira pas, tant qu'on n'a pas compris que les fins sont peut êtres démocratiques mais les moyens ne le sont pas et ne le seront jamais...
Cela me ramène à Charles Fourier...pour lui trois maux caractérisent notre putain de civilisation : la modération, la correction et la répression.
Trois progénitures démocratiques: modérez vos propos... rectifiez votre tir et réprimez vos désirs... se dit le peuple en votant... puisqu'il ne sait pas qu'il ne sait pas qu'il vote contre le peuple.
http://www.lejournaldepersonne.com/2012/10/tartuffes/
Citoyens... unissons-nous.
Il y a fort peu de chance que notre système démo-aristocratique évolue vers un système démo-cratique tout court. A moins d’une révolution, qui n’est pas à souhaiter puisqu’aucune révolution dans le sens classique du terme n’a jamais abouti à la remise du pouvoir au peuple, et les plus récentes tentatives ont de quoi faire pleurer.
Et une révolution silencieuse ? Au niveau de l’Europe.
Que faudrait-il pour créer de toute pièce un gouvernement parallèle européen, du peuple ? Internet pourrait-il enfin servir à construire quelque chose plutôt qu’à simplement secouer le cocotier ? Certes tous les citoyens européens n’ont pas encore accès à Internet, mais ça ne saurait tarder. Certes, les citoyens ayant le loisir de passer assez de temps sur Internet pour participer à la construction d’une société citoyenne sans frontière seraient d’une certaine manière une élite non exactement représentative de tous les citoyens, mais cela aussi pourrait se tasser avec le temps. Mais quelle stratégie adopter pour ne pas rester au rang de lobby ?...
Merci pour le signalement du livre.
L'article est brillant mais le livre dont il s'inspire me laisse rêveur.
Tirage au sort : ce serait la panacée de la démocratie !
Avec mon copain Socrate, je pose la question : qui choisirait le capitaine d'un bateau parmi l'équipage avec un tirage au sort ? Personne évidemment, mis à part quelques suicidaires. On choisit plutôt celui qui a les meilleures compétences.
A part ça, c'est vrai que nos démocraties restent perfectibles et la réflexion est toujours indispensable.
Mais sommes nous sur que l'election permet de faire un choix rationnel, surtout avec le role des medias et le comportement des politiques? Beaumarchais:
"Le désespoir m’allait saisir ; on pense à moi pour une place, mais par malheur j’y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint."
En 2007, on nous proposa 2 danseurs... je reserve mon jugement sur le nouvel incombant (il ne danse pas tres bien, mais peut il faire le job?)... en tout cas, notre syteme n'a rien de democratique...
Un exercice du pouvoir par le peuple requiert un prealable: l'education afin qu'il puisse developper une opinion sur les sujets iimportants. Et un correlaire: que les hommes politiques et les medias ait une ethique visant a eduquer les citoyens plutot qu'a les emmener danser (jouer avec leurs emotions, faire de l'audience a tout prix...).
Ameliorer ou meme maintenir la democratie est un chemin de cretes pas une voie de facilite...
Un état démocrate, est-ce un oxymore ? En l'état des consciences, si l'on en croit le spectacle, les décisions du peuple seraient liées à sa compassion et à ses modes. Nous ne sommes pas si loin de brûler les sorcières. De là le succès hier des tribuns, aujourd'hui des communicants. De là les difficultés de suivre une politique de long terme, comme la construction européenne. Mais si l'aristocratie est le gouvernement des meilleurs, rien ne dit que nous y soyons. Il faut une dose de cynisme, d'arrivisme et d'hypocrisie extraordinaire pour diriger aujourd'hui, et ces qualités réalisent la société qui leur convient, en entretenant la tendance pathologique à la servitude volontaire. Français, encore un effort pour être démocrates.
Dans cette perspective et dans celle du souci de rectifier les hagiographies rocambolesques de l'histoire, il serait judicieux de faire ressortir que Napoléon a été le fossoyeur de la révolution et de l'espoir républicain en tant que restaurateur d'une "Monarchie d'Empire"...."Les souverains me doivent d'avoir arrêté le torrent de l'esprit révolutionnaire qui menacait leurs trônes!" ( dixit Napoléon selon Max Gallo).
La démarche démocratique est difficile mais si continuellement des forces conservatrices d'origine féodale viennent torpiller les balbutiements démocratiques et semer la zizanie dans les esprits, alors il est encore plus difficile d'avancer pour véritablement réaliser notre devise: Liberté, Egalité, Fraternité!
Excellent article sur un livre pour lequel je vais me précipiter à la FNAC !
J'ai découvert un autre livre, éditer chez L'harmattan : Politique de la violence (un titre qui n'engage pas non plus à l'achat impulsif mais qui devrait être mis entre toutes les mains !)
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=37423
Ecrit par un inconnu (si quelqu'un a de plus amples informations sur Cédric Cagnat, je suis tout ouïe).
Ce livre est dangereux. C'est une vaste entreprise de démolition à laquelle s'applique l'auteur, avec logique, simplicité et même avec humour.
Notre histoire est un malentendu, nos icônes des imposteurs, la politique une farce cynique. Rien ne nous est épargné dans ce monde qu'il dénonce avec précision et dans son ensemble.
C'est un sentiment de vertige, de colère et d'empressement qui m'ont assailli à chaque chapitre tant la tâche à accomplir semble aussi titanesque qu'essentielle.
Je pense que ce livre arrive à point nommé. En ces temps de vacuité politique, de remise en question de nos modes de vie, Cédric Cagnat couche sur le papier tous ces maux (je me fais poète !) qui nous restent en travers de la gorge.
Avec la plume d'un homme de lettres, acérée, incisive, insolente, pertinente et impertinente, ce livre pourrait être aussi passionnant que "1984" mais il ne prend pas la peine de déguiser la vérité derrière une fiction. c'est un coup de poing aussi violent que salvateur dont je ne suis pas ressorti indemne. Car Cédric Cagnat dénonce et dévoile un monde effroyable : Le notre !
Vous pourrez pas dire qu'on vous a pas prévenu !
Si on n'avait pas pris l'habitude de vider les mots de leur sens, tout le monde saurait que notre pays n'est pas une démocratie mais une république parlementaire, ce qui est quand même très différent !
C'est bien vrai dans le texte, merci de le rappeler.
Mais qu'attendent en fait les citoyens: de savoir que leur pays est bien géré, et qu'ils peuvent faire partir les élus du pouvoir s'ils ne font pas bien ce travail; quelque soit le système, république parlementaire en France, monarchie constitutionnelle ailleurs en Europe, ce sont les attentes de fond; question travail, il y a donc notamment, faire des économies dans toutes les structures qui coûtent cher à la collectivité, entre autres les structures représentatives; et si on peut ce faisant créer un système plus démocratique dans le sens où chacun puisse mieux participer aux prises de décision, il est sûr que le citoyen moderne se sentirait concerné et intéressé.
Alors, est-ce le chemin que prend notre république parlementaire ?
Quand on voit, par exemple, la dernière conférence de presse du Président de la République - cheveux teintés super noirs à la Chinoise, gouvernement au garde-à-vous, salle Ancien Régime, et audience partagée en deux comme à la messe -, on en est loin!
Exccceeeellent article, pardon mais je ne m'attendais pas à trouver un article de cette qualité sur Slate. Et que dire des réactions ? Mille mercis à lejournaldepersonne et MrGnoute, je vais creuser la question. Je suis sûr qu'Etienne Chouard se sent moins seul ce soir.
je vous mets en lien la page wiki sur la démocratie athénienne. vous auriez fait ce travail de recherche, cela vous aurait éviter d'avoir des propos superficiels.
http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne
Athènes la magnifique où tous les citoyens participaient à la démocratie. tous les citoyens oui, mes esclaves non! et les familles riches étaient quand même souvent aux affaires.
que dire du tirage au sort? vous imaginez que statistiquement il serait probable à chaque élection d'avoir des "élus" qui représentent encore moins l'opinion publique. ou d'avoir un mec comme moi qui n'ait aucune opinion sur des sujets aussi grave que la peine de mort ou aussi futile que le mariage pour tous. je ne suis ni pour, ni contre. un mec comme moi ferais drôlement avancer le pays.
Merci pour ce message.
Personne n'a dit que tous les habitants avaient voix au chapitre, seulement tous les citoyens qui pouvaient être tour à tour gouvernants et gouvernés, ce qui en soi est déjà remarquable.
Quant au tirage au sort, je ne vois pas en quoi il est moins représentatif de la diversité de la population, bien au contraire. La loi des grands nombres permet au contraire aux femmes, aux jeunes, aux pauvres, aux noirs... d'accéder aux magistratures. Surtout que le tirage au sort était couplé à une rotation rapide des charges. À l'inverse, notre Assemblée nationale, élue, est tout sauf représentative de la population car composée en majorité d'hommes âgés et fonctionnaires. Les ouvriers y sont par exemple totalement absents.
Pour ce qui est de la compétence, nous en avions déjà parlé ici :
http://www.slate.fr/story/57301/tirage-sort-elus-assemblee
L'idée que le peuple n'est pas assez compétent pour se gouverner était celle qui animait les théoriciens aristocrates des systèmes représentatifs. On peut très bien considérer que le peuple n'est pas en mesure de se gouverner, mais dans ce cas, il ne faut pas se revendiquer démocrate !
Je précise pour finir qu'à Athènes, les citoyens pouvaient très bien refuser d'être tirés au sort s'ils ne se considéraient pas compétents. Les repris de justice, les fous et les personnes s'occupant mal de leurs parents étaient également écartés des magistratures.
Il faut marcher avec son temps au lieu de constamment regarder en arrière.
Le tirage au sort donnait la potentialité à chacun de participer à la vie publique, mais au gré du tirage, car il était impossible que tout le monde participe en même temps.
Ce qui n'est plus du tout le cas maintenant.
Les moyens techniques ont multiplié les possibilités de faire participer TOUS les citoyens en même temps aux prises de décision importantes.
Voyez le système des votations en Suisse - la France ringarde mettra combien de temps pour y arriver? -, et espérons-le très prochainement des systèmes de vote électronique généralisé - on se fie bien aux logiciels pour le beurre du beurre: l'argent! alors qu'attend-on de nouveau pour développer des logiciels de vote de même fiabilité?
Je ne parle même plus ici du système de représentation via députés et autres; il devrait être progressivement réduit en nombre et en importance.
Le démarche de participation directe étendue fortement, permettrait aussi de diminuer le rôle des partis traditionnels, trop de clivages provoqués dans la société, trop de débordements dus au copinage et autre...
Comme souvent lorsque la question du tirage au sort est traitée, je vois déjà ses pourfendeurs monter au créneau : "on ne peut pas donner le pouvoir à n'importe qui", ou comme l'énonce Stéphane Grosjean dans les commentaires : "qui choisirait le capitaine d'un bateau parmi l'équipage avec un tirage au sort ?". C'est peu ou prou ce que disait Platon dans la critique qu'il adressait à la procédure du tirage au sort, sauf que lui parlait du "joueur de flûte" et affirmait qu'on confiait une tâche à un individu en vertu d'une compétence spécifique - la compétence politique par exemple.
Problème : vous n'avez pas compris le principe du tirage au sort. Il convient de noter quelques points importants sur l'usage du tirage au sort et la manière dont il est convoqué par Bernard Manin dans son ouvrage.
Tout d'abord, le tirage au sort possède une dimension éminemment locale. Athènes était d'ailleurs une toute petite cité. Et les charges tirées au sort servaient très rarement à décider des fonctions régaliennes de la cité - pour ça il y avait l'Ecclesia, entre autres. Donc exit les arguments du type "un mec comme moi ferait drôlement avancer le pays." Il ne s'agit pas d'être tiré au sort pour "trancher" seul sur des questions de société ou déterminer le programme économique du pays dans les 5 ans à venir.
Ensuite, bien conscients du risque que pouvait posait le tirage au sort - celui de l'incompétence - il serait bien naïf penser que les Grecs, "inventeurs de la démocratie" n'avaient trouvé de moyens de s'en prémunir. Et Manin insiste bien là-dessus. Une série de procédures étaient donc mises en place - il serait inutile de les lister ici, lisez le livre - à commencer par la rotation des charges, des mécanismes de contrôle du peuple tels que la révocation des gouvernants ou la réédition de comptes, ou encore des commissions impartiales chargées de juger de la compétence des candidats au sort...etc.
Donc le tirage au sort n'a pas pour ambition de donner le pouvoir à "n'importe qui", mais que n'importe quel citoyen qui en a le désir et la motivation puisse - a priori - être tour à tour gouverné et gouvernant. Chose que l'élection rend formellement impossible : obligation de passer par un parti, de se construire une image et une légitimité, un noyau d'électeurs... Dans le cadre électif, tout citoyen n'est pas a priori égal dans l'accès à une fonction politique.
Après on peut tout à fait penser que cela n'est pas une bonne chose, et qu'il faut confier les tâches politiques à des personnes par principe plus compétentes. Mais comme l'indique l'auteur de l'article, il faut alors cesser de se proclamer amoureux inconditionnels de la démocratie (comme le font nos élites politiques) et assumer la nature aristocratique du système électif - qu'on peut d'ailleurs tout à fait légitimer pour des raisons utilitaristes et fonctionnelles. Car le tirage au sort est, dans sa définition même, l'outil le plus démocratique qui soit, et l'outil le moins discriminant. La question du tirage au sort est en tout cas une question qui mérite réflexion et qu'on ne peut juste évacuer d'un coup de "ah non, ce serait n'importe quoi".