France

Les six figures marquantes du terrorisme islamiste à la française

Grégoire Fleurot, mis à jour le 11.10.2012 à 11 h 25

Le point commun entre Khaled Kelkal, Lionel Dumont, Mohamed Merah, Richard Robert, Hervé-Djamel Loiseau et Zacarias Moussaoui? Ils sont Français et ont sombré dans l'islamisme radical violent.

Lionel Dumont, photo non datée, REUTERS/Handout

Lionel Dumont, photo non datée, REUTERS/Handout

Le démantèlement de ce qui est présenté par les autorités comme une «cellule» islamiste radicale samedi 6 octobre est venu rappeler aux Français l’existence sur le territoire national de citoyens français convertis à l’islam radical et qui sont prêts à commettre des actes terroristes.

«Il ne s'agit pas de réseaux terroristes qui viennent de l'extérieur, il s'agit de réseaux qui sont dans nos quartiers, s’est empressé de préciser le ministre de l’Intérieur Manuel Valls au soir de l’opération. Il ne s'agit pas d'étrangers, il s'agit de Français convertis, de Français musulmans.»

Parmi eux, Jérémy Louis-Sidney, un Français de 33 ans tué pendant la descente de police pour avoir riposté avec une arme. L’homme est décrit comme un «délinquant converti à l’islam» qui avait notamment en 2009 enregistré une vidéo de rap aux paroles agressives.

Ces profils de «homegrown terrorists», qui ne sont pas un phénomène nouveau, ont entraîné des comparaisons avec d’autres Français qui ont commis ou préparé des actes de terrorisme au nom de l’islam radical, et la réapparition de certains sujets récurrents: radicalisation en prison, entraînement à l'étranger, porosité entre délinquance et islamisme, groupuscules radicaux...

Quelle est la pertinence de ces comparaisons et quels sont les points communs (et les différences) entre ces terroristes islamistes à la française? Retour sur les grandes lignes des parcours de Khaled Kelkal, Lionel Dumont, Mohamed Merah, Richard Robert, Hervé-Djamel Loiseau et Zacarias Moussaoui, six islamistes français qui ont marqué les esprits ces 20 dernières années.

Khaled Kelkal

Il est considéré comme le principal responsable de la vague d'attentats qui a frappé la France en 1995 (notamment l'assassinat de l'imam Sahraoui, l'attentat du RER B, celui de la place de l'Etoile).

Né en Algérie et arrivé en France à l’âge de 2 ans, Khaled Kelkal est d’abord jeune délinquant, avant d’entrer en contact avec les milieux islamistes en prison, où il se radicalise au contact d’islamistes algériens. Il part mener des missions en Algérie, d’où il revient «fanatique» selon sa copine.

Hervé-Djamel Loiseau

  • Lieu de naissance: Paris
  • Radicalisation: pendant son service militaire à Colmar
  • Entraînement à l’étranger: plusieurs mois dans les camps d’al-Qaida entre le Pakistan et l’Afghanistan
  • Groupe terroriste: al-Qaida
  • Activité terroriste: mort en menant le «djihad» en Afghanistan

Né à Paris d’un père Algérien musulman non-pratiquant et d’une mère française catholique, il est le premier exemple connu de Français parti mener le djihad dans les montagnes de la région frontalière entre le Pakistan et l’Afghanistan.

Hervé-Djamel Loiseau a été retrouvé mort de faim et de froid à quelques kilomètres de Tora Bora en décembre 2001. Il s’est radicalisé lors de son service militaire à Colmar et a suivi un entraînement de plusieurs mois en Afghanistan et au Pakistan.

Zacarias Moussaoui

  • Lieu de naissance: Saint-Jean-de-Luz
  • Radicalisation: dans les mosquées radicales de Londres
  • Entraînement à l’étranger: camps d’entraînement d’al-Qaida en Afghanistan et cours de pilotage en Malaisie et aux Etats-Unis
  • Groupe terroriste: al-Qaida
  • Activité terroriste: arrêté avant les attentats du 11 septembre 2001

Le membre français d'al-Qaida le plus célèbre, Zacarias Moussaoui, enfermé aujourd'hui à vie dans une prison américaine de haute sécurité, devait prendre part aux attentats du 11-Septembre mais a été arrêté aux Etas-Unis quelques mois avant.

Né à Saint-Jean-de-Luz dans une famille d’immigrés marocains, il a découvert l’islam et le fondamentalisme à Londres au milieu des années 1990. Il a fait plusieurs séjours au Pakistan et en Afghanistan.

Lionel Dumont

  • Lieu de naissance: Roubaix
  • Radicalisation: mosquée fondamentaliste à Roubaix
  • Entraînement à l’étranger: combat en Bosnie avec les moudjahidines pendant deux ans
  • Groupe terroriste: le gang de Roubaix
  • Activité terroriste: braquages, fusillades avec des policiers et attentat manqué contre un commissariat de Lille

Né à Roubaix en 1978 dans une famille ouvrière catholique, il s’est converti à l’islam au début des années 1990. Il combat en Bosnie avec les moudjahidines contre les Serbes en 1994-1995.

De retour en France, il fonde le gang de Roubaix avec notamment Christophe Cazé, ancien étudiant en médecine également converti à l’islam et passé de l’action humanitaire au djihad en Bosnie avec Dumont. Le groupe, en contact avec l’imam de la mosquée de Finsbury Park à Londres, Abou Hamza, réalise des braquages pour financer la cause islamiste.

Lionel Dumont échappe en 1996 à un assaut du Raid sur la planque du gang où quatre membres du groupe sont tués et s’exile en Bosnie, où il sera arrêté. Il s’évade de la prison de Sarajevo en 1999. Il est arrêté en 2003 à Munich après être passé par le Japon et la Malaisie, et est actuellement incarcéré en France.

Mohamed Merah

  • Lieu de naissance: Toulouse
  • Radicalisation: radicalisation en prison
  • Entraînement à l’étranger: deux jours au Pakistan
  • Groupe terroriste: a apparemment agi seul, mais ses attaques ont été revendiquées par al-Qaida
  • Activité terroriste: tueries de Toulouse et de Montauban

Il est l’auteur des tueries de Toulouse et de Montauban qui ont fait un total de sept morts en mars 2012. Adolescent, il plonge dans la délinquance et compte 18 faits de violence à son actif, dont 15 en tant que mineur. A la suite d'une conduite sans permis, il écope de 18 mois de prison, une condamnation sévère qui déclenche sa rébellion contre les institutions. C’est en prison qu’il commence à lire le Coran et à se radicaliser.

A sa sortie, Mohamed Merah fait plusieurs voyages à l’étranger (Afghanistan,Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, Israël, Irak, Egypte) et suit une formation au maniement des armes au Pakistan. A son retour en octobre 2011, il est interrogé par la DCRI. Il passe à l’acte quelques mois plus tard.

Richard Robert

  • Lieu de naissance: Chambon-Feugerolles (Loire)
  • Radicalisation: en Turquie
  • Entraînement à l’étranger: non
  • Groupe terroriste: djihadistes marocains
  • Activité terroriste: implication dans les attentats de Casablanca

Né en 1972 dans une famille catholique de la région de Saint-Etienne, il se convertit à l'islam à l'âge de 18 ans dans une mosquée turque située à quelques kilomètres du domicile familial. Il part peu après en Turquie, où il passe quelques mois et se radicalise.

En 1996, Richard Robert déménage au Maroc. Surnommé «l’émir aux yeux bleus», il y prend la tête d'une cellule terroriste et participe à l'organisation de camps d'entraînement djihadistes. Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour son implication dans les attentats de Casablanca, qui ont fait plus de 40 morts et une centaine de blessés.

En 2006, il décide de se reconvertir au catholicisme et affirme depuis vouloir témoigner auprès des jeunes pour qu’ils ne commettent pas la même erreur que lui. Soutenu notamment par des membres du FN, il a obtenu son transfert dans une prison française en mai 2012.

Le cas Forsane Alizza

Le dernier «coup de filet dans les milieux islamistes» rendu public par les autorités avant celui qui a entraîné la mort de Jérémy Louis-Sidney s’est déroulé le 30 mars 2012, soit quelques jours après la mort de Mohamed Merah, et visait notamment les membres du groupe Forsane Alizza à Toulouse.

La plupart des membres actifs de ce groupuscule radical, qui se préparait à des actions violentes mais n’était pas passé à l’acte et avait été dissout un mois plus tôt, étaient nés en France. Treize d’entre eux, dont le leader Mohamed Achamlane, ont été mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et acquisition, détention et transport d'armes.

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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