Mon ado mate du porno. Je fais quoi?

Ne rien faire est peut être la meilleure solution.

Dag 5 - Nørdehumor #2 (Porn-version)/PÃ¥l Berge via FlickrCC Licence By

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Imaginons que vous tombiez sur un historique de recherches pornos sur l’ordinateur de votre ado de 13 ans—pas de la pornographie bizarre ou violente, juste des obscénités banales, vaguement crados. Que devez-vous faire? À mon avis, rien, mais je me trompe peut-être.

Il y a eu beaucoup de bruit sur Internet mardi 2 octobre autour de la solution plutôt mignonne apportée par un papa à cette situation. Il a écrit un mot à son fils pour lui expliquer qu’il ne dirait rien à maman, qu’il avait fait pareil à son âge, et qu’il existait des sites plus sûrs pour son ordinateur, dont il lui donnait la liste. Il lui écrit «Je ne vais pas en faire toute une histoire, pas la moindre histoire du tout d’ailleurs» tout en exposant assez profondément et de façon plutôt inventive les dangers que la pornographie présente pour les ordinateurs.

Engager la conversation sur le sujet?

C’est un dilemme. Que faire dans cette situation plutôt banale? La réaction la plus sensée que j’aie trouvée sur le sujet vient de la spécialiste de l’Internet Danah Boyd. Elle souligne avec raison et de façon très saine que ce moment isolé doit s’inscrire dans une conversation générale plus vaste avec votre enfant. Il ne faut pas considérer cette découverte comme un événement en soi, mais plutôt comme un élément du dialogue que vous entretenez depuis des années sur le sexe, l’image du corps et tout ce qui s’ensuit.

Cette philosophie d’éducation m’a d’abord semblée à la fois sage et élégante. Mais finalement quand je me revois, vers 13 ans, en train de compulser une pile de Playboys chez une copine, je ne suis pas trop sûre que ça pourrait marcher en pratique. Je suis assez certaine que si ma mère gentiment féministe était arrivée à ce moment-là et nous avait surprises, ma copine et moi, en train de dévorer des yeux les hôtesses de l’air et autres cowgirls dénudées, elle aurait adoré placer que «les vraies femmes ne ressemblent pas à ça» et nous asséner un mini-discours sur la raison pour laquelle ces images ne reflètent pas «nos valeurs.» (Cela ne faisait pas si longtemps qu’elle avait bazardé le Palais de Beauté Barbie que mon grand-père m’avait offert et m’avait soutenu mordicus qu’il était «perdu»).

Mais en repensant à cette confrontation illicite avec ces photos, est-ce que ses mots auraient eu un sens pour moi? Ou auraient-ils simplement rebondi, réduits à une nouvelle couche de bruit parental, un peu plus de blabla venu d’en haut, et forcément à côté de la plaque?

Rester discret sur la question

Il me semble que par définition ces premiers émois sexuels sont quelque chose qu’il est hors de question d’aborder avec ses géniteurs. Est-ce que tout ce qu’ils disent n’est pas pollué, hors de propos, répugnant—simplement à cause de leur nature même de parents? Personne n’a envie de voir ses questionnements sexuels condamnés, pardonnés ou même abordés avec papa et maman. Avec d’autres gens à la rigueur—des amis, une cousine plus âgé—mais qui a envie d’entendre son père ou sa mère parler de sexe?

Nous agissons parfois comme s’il existait des «faits» que nous serions chargés de transmettre, et dont nous, les parents, serions les seuls dépositaires. Mais franchement, une fois la conversation de base derrière nous, est-il si néfaste que les enfants apprennent dans les livres, les romans, les films, à l’école, par leurs amis? (Je ne suis pas en train de suggérer que tout le monde fasse comme la mère d’Edith Wharton, qui, interrogée par la jeune Edith sur les choses de la vie avant son mariage, lui a répondu «Tu as vu suffisamment d’images et de statues dans ta vie.»)

Hormis cela, peut-on trouver des bénéfices à la discrétion, au fait de rester en retrait, à laisser les enfants comprendre les choses tout seuls, à ne proposer notre aide que lorsqu’on nous la demande, et à l’occasion à essayer maladroitement de faire passer un pathétique message au sujet de «nos valeurs»?

Ne rien faire du tout

La plupart d’entre nous avons certainement intégré l’idée reçue qu’il nous faut intervenir pour empêcher que la pornographie ne dévoie ou ne détruise nos enfants, ou ne les transforme en pervers ou en masochistes. Et si, malgré la réalité de ces dangers, rien de ce que peuvent dire les parents n’arrivait au cerveau de leur progéniture? En outre, le fantasme consistant à penser qu’il vous sera toujours possible de bloquer ces images est clairement puéril, quel que soit le nombre de filtres parentaux que vous mettrez en place, et démontre probablement d’inquiétants réflexes de flicage.

Au final, c’est sûrement en observant leurs parents que les enfants apprennent le gros de ce qu’ils savent des relations quotidiennes entre les gens. Et la plupart du temps, il se rendent sans doute bien compte que la vie adulte n’est pas un fantasme pornographique classé X où des filles aux seins hypertrophiés se font des cochonneries. L’ado de 13 ans est plus malin qu’on ne le croit et il n’a peut-être pas besoin que son gentil papa lui écrive un petit mot.

Je sais que nous brûlons souvent d’intervenir pour revendiquer à grands cris notre façon de voir le monde, pour offrir nos opinions, nos explications, des conseils, des idées sur ce qu’il faut manger à midi. Or il semble parfois qu’une grande partie de l’enfance soit consacrée à tenter de ne pas entendre ce que disent les parents. Peut-être faut-il savoir résister à cet élan qui nous pousse à tout expliquer. Se taire est plus dur, se retenir nécessite plus de confiance. Quand votre ado de 13 ans mate en douce du porno pas si gore que ça, la réaction idoine est peut-être de ne rien faire du tout.

Katie Roiphe

Traduit par Bérengère Viennot

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L'AUTEUR
Professeure à l'institut de journalisme Arthur L. Carter à l'université de New York. Elle a notamment écrit Uncommon Arrangements: Seven Marriages Ses articles
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Publié le 13/10/2012
Mis à jour le 13/10/2012 à 9h13
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