Monde

Qui va gagner le Nobel de médecine 2012?

Slate.com, mis à jour le 08.10.2012 à 13 h 25

Toute la semaine, nous publions les pronostics de spécialistes de chacune des six catégories du prix.

Les médailles des lauréats des prix Nobel 2010. REUTERS/Pawel Kopczynski.

Les médailles des lauréats des prix Nobel 2010. REUTERS/Pawel Kopczynski.

Le Nobel de Médecine 2012 a été attribué le 8 octobre à John B. Gurdon et Shinya Yamanaka pour leur travaux sur les cellules souches humaines. Ci-dessous, nos prévisions avant l'attribution du prix, dans lesquelles on retrouve en bonne place Shinya Yamanaka.

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Le meilleur moment de l’année se profile pour les fans de science: la semaine des prix Nobel. Il est rare que la science fasse la première page des journaux: il faut au minimum un gros plan sur la recherche contre le cancer, la naissance d'un bébé panda (puis sa mort) ou une catastrophe naturelle entraînant des milliers de victimes dans un pays du sud ou abattant quelques cheminées dans un marché médiatique porteur.

À compter du lundi 8 octobre, toutefois, la presse parlera d’incroyables révolutions dans le domaine de la biologie, de la physique ou de la chimie. Puis, suivront les Nobels de second plan, paix et littérature, puis le («faux») Nobel d’économie ou, techniquement parlant, «prix de la banque de Suède en sciences économique en mémoire d’Alfred Nobel».

Comme pour les Jeux olympiques, suivre la compétition est plus intéressant lorsqu’on connaît les concurrents. Et comme le sport au niveau olympique, le milieu scientifique au niveau du Nobel connaît son lot de rivalités, de scandales et d’injustices. Tel lauréat, pour la découverte de la streptomycine, s’en est attribué le mérite à la place de son étudiant. Margaret Burbidge, Geoffrey Burbidge, William Fowler et Fred Hoyle ont découvert que la plupart des éléments chimiques étaient synthétisés dans les étoiles en fin de vie. Seul Fowler, le physicien, a reçu le Nobel —est-ce en raison d’un biais du jury de physique contre les astronomes?

Deux équipes ont simultanément établi que notre univers est non seulement en expansion, mais connaît une expansion accélérée. Au moment de choisir celle qui serait distinguée pour cette découverte, une certaine tension est apparue au sein de nos têtes chercheuses. Elle fut en partie dissipée quand le jury du Nobel a tranché, en sélectionnant trois lauréats l’an dernier.

Ces tragicomédies s’expliquent pour la plupart par une règle quelque peu arbitraire édictée par la fondation Nobel: le nombre de lauréats pour chaque prix est limité à trois (sauf exceptions, tel le Nobel de la Paix qui peut récompenser un groupe). Comme le souligne le Scientific American, la recherche scientifique ne fonctionne plus de cette façon.

Du fait de cette règle des trois, néanmoins, il est amusant d’observer, à bonne distance toutefois, la façon dont des scientifiques opérant dans un champ d’étude embouteillé s’efforcent d’enfoncer leur voisin. Les chercheurs des deux équipes responsables du séquençage du génome humain se sont gardés de tout mot aimable les uns sur les autres depuis le jour où Bill Clinton les a invités à la Maison Blanche pour fêter l’événement.

Alors, qui sont les candidats les mieux placés? Slate a demandé à un groupe de gens intelligents et au fait de ce genre de choses à qui l’on devait faire attention cette année. Voici nos pronostics (vous pouvez encore faire vos paris), que nous publierons cette semaine dans l’ordre où les prix seront annoncés: médecine, physique, chimie, littérature. paix et économie. On commence avec le prix de médecine, remis ce lundi 8 octobre.

Darshak Sanghavi, journaliste santé pour Slate et chef de cardiologie pédiatrique à l’école de médecine de l’université du Massachusetts:

Kazutoshi Takahashi et Shinya Yamanaka, tous deux Japonais, pour leur découverte en 2007 du fait que les cellules humaines normales possèdent une série de quatre gènes permettant la création de cellules-souches pluripotentes. En dépit des défis restant à surmonter, cette découverte est la première étape vers la création par les scientifiques des cellules-souches personnalisées depuis n’importe lesquelles, puis leur reprogrammation en vue d’obtenir n’importe quel type de cellule du corps.

Ses chances sont minimes, mais en guise d’outsider, j’aimerais voir un prix récompenser Donald Berwick, pédiatre et fondateur du Institute for Healthcare Improvement. Il fut le premier à appliquer à grande échelle au champ de la santé publique les principes de qualité et d’efficacité utilisés dans l’industrie, et ce faisant, s’est concentré sur la correction des terribles défauts systémiques coûtant chaque année des milliers de vies dans le monde

Il pourrait partager son prix avec Lucian Leape, auteur pour l’Institute of Medicine du rapport «To err is human», qui souligne les coûts et les problèmes immenses des erreurs médicales et des mauvaises pratiques de santé.

Vaughan Bell, collaborateur de Slate, chercheur en psychologie et clinicien au King’s College de Londres:

Je placerai en haut de ma liste les chercheurs du domaine de l’optogénétique.

John Travis, un des éditeurs de la rubrique actualités du magazine Science, qui couvre la biologie cellulaire et moléculaire:

Je suis notoirement nul pour ce qui est de deviner le vainqueur, et il faut, du fait des délais normaux de réflexion, se replonger cinq à dix ans en arrière. Voici de pures spéculations:

Shinya Yamanaka, pour les cellules-souches pluripotentes induites, semble le choix le plus évident, mais ses travaux sont peut-être trop récents. Je me demande s’ils récompenseraient du même coup également Jamie Thomson pour ses travaux sur les cellules-souches embryonnaires, voire John Gearhart pour les cellules germinales embryonnaires, afin de constituer un trio autour des cellules-souches.

Thomas Starzl a également de bonnes chances pour ses travaux sur les transplantations d’organe et les phénomènes de rejet. Il vient de remporter le prix Lasker. Mais on a déjà décerné un Nobel dans ce champ de recherches, ce qui pourrait diminuer ses chances.

Je pense que Jeff Gordon remportera un jour un prix Nobel pour le microbiome, mais un de mes collègues de l’université me dit que c’est trop tôt —le microbiome n’a pas encore fait la preuve de son apport à la médecine.

Laura Helmuth

Traduit par David Korn

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